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Fabrice Amedeo dans le bon tempo...

Fabrice Amédeo à bord de Newrest-Matmut
© Jean-Marie Liot / Newrest-Matmut

Fabrice, tout est allé très vite pour toi en 2015 !  
Fabrice Amedeo :
« Oui, car j’ai récupéré mon 60 pieds au mois de mai dernier et l’équipe technique a travaillé de manière efficace pour le fiabiliser. Pour prendre en main le bateau, j’ai notamment effectué deux navigations avec Michel Desjoyeaux qui m’a donné quelques clés. Puis nous nous sommes entraînés en double avec Eric Péron, mon équipier pour la Transat Jacques Vabre. Nous avons pris le départ de cette course sans trop de repères. Mais je me rappellerai longtemps de notre superbe départ, devant tous nos concurrents. Cela n’a pas duré très longtemps mais c’était un moment magique, et une belle façon de démarrer la course. Nous avons ensuite subi des vents jusqu’à 48 nœuds) –  un bon baptême du feu. Le bateau a résisté et j’ai beaucoup appris avec Eric. Nous avons rempli notre double objectif, à savoir raconter une belle histoire et me former pour le Vendée Globe. A la fin de toutes les manœuvres, on débriefait et on décomposait les différents gestes pour que je me projette en solitaire. »

© Jean-Marie Liot / Newrest-MatmutL’expérience a donc été instructive en vue de ta première course en solitaire à bord d’un IMOCA, la Transat Saint-Barth/Port-la-Forêt ?
FA : « Oui d’autant qu’avant cette épreuve, j’avais pour seul véritable bagage en solitaire sur mon IMOCA un convoyage entre la Trinité-sur-Mer et Lorient, soit une quinzaine de milles… En guise de découverte, je suis parti pour 3500 milles en hiver sur l’Atlantique Nord – un bon défi ! Cette course au départ de Saint-Barth est particulière car on s’élance dans des conditions estivales et on a du mal à réaliser qu’on part à la guerre. Ce n’est pas plus mal pour une première en solitaire, cela permet de rentrer progressivement dans le bain. J’ai eu des hauts et des bas au niveau moral. Du fait de mon positionnement très au Sud, j’ai subi le gros temps plus tard que les autres concurrents. Mais le vent a fini part rentrer très fort : 45 nœuds établis, 50 en rafales. Quand mon safran tribord a explosé, il n’a pas été question d’abandonner. J’ai navigué tribord amure, bateau à plat et sous-toilé. Le bateau a fait six départs à l’abattée… Aux Açores j’ai repris 50 nœuds. C’était impressionnant, je n’avais jamais vécu ça au cours de mes précédentes transatlantiques. Et en entraînement, on ne vient pas chercher de telles conditions. »

« J’ai déjà vécu des grands moments de bonheur seul sur mon IMOCA »

Tu es parvenu à boucler la transatlantique mais cette avarie aurait probablement été rédhibitoire dans le Vendée Globe ?
« Il est vrai que si un incident pareil se produit en début ou en milieu de tour du monde, on doit abandonner. C’est la magie du Vendée Globe que de partir en autonomie autour de la planète.  Concernant cette avarie de safran, je ne suis pas inquiet car nous avions identifié une fragilité avant le départ. Nous avons même inversé les deux safrans car on savait qu’on naviguerait beaucoup tribord amure. L’incident n’a donc pas été un gros imprévu et je reste optimiste. Nous allons changer les deux safrans avant le Vendée Globe. »

Les voyants sont au vert pour le tour du monde en solo  ?
« Avec l’équipe, nous avons fait du bon boulot dans cette première phase. Nous sommes dans les temps. J’ai déjà vécu des grands moments de bonheur seul sur mon IMOCA et je me sens en phase avec le rêve que je m’apprête à réaliser. J’ai vu que j’étais capable de gérer un IMOCA dans 50 nœuds. Cela valide la philosophie du projet qui est orienté vers la fiabilité. Mais il ne s’agit pas de fanfaronner. J’ai encore beaucoup à apprendre et je ne change pas d’objectif n°1 : terminer le tour du monde. »

© Fabrice AmedeoEn bouclant la Transat Saint-Barth/Port-la-Forêt, tu as aussi décroché ta qualification pour le Vendée Globe…
« C’est une bonne chose de se qualifier dès 2015, cela enlève de la pression pour les courses de 2016. Cette qualification était importante pour moi, mon équipe et mes partenaires. Ca les rassure et les conforte dans leur choix. Ils ont quand même misé sur un skipper atypique. »

« Passer de la vie de bureau à l'Everest des mers ! »

Il est vrai qu’il n’y a pas si longtemps tu travaillais à plein temps dans un bureau parisien…
« Début juin, je prenais encore le métro tous les jours pour aller au boulot (Fabrice est journaliste au Figaro, NDR) ! Ma famille est en région parisienne et mon bateau à la Trinité-sur-Mer. Comme Stéphane Le Diraison, un autre candidat au Vendée Globe, je suis un « skipper TGV » (rires). Ces déplacements me laissent du temps pour la gestion de projet. J’ai fait cinq ans d’études et douze ans en entreprise avant de me consacrer à 100 % à la voile. J’ai malgré tout bouclé sept transatlantiques depuis 2010, et neuf en tout. Pas mal pour un amateur. Mais quand je participais à une transat en double avec un skipper professionnel, à l’arrivée, lui partait en vacances et moi je retournais au bureau. Dans la perspective du Vendée Globe, il n’était plus possible de tout concilier. J’ai donc mis entre parenthèses ma carrière en prenant un congé sabbatique de deux ans. Je suis heureux de mon choix. Durant la Saint-Barth/Port-la-Forêt, même dans les moments difficiles, dans 50 nœuds, je me disais « C’est dur mais je suis vachement bien ! » C’est incroyable de passer de la vie de bureau à l’Everest des mers. »

Le 6 novembre 2016, tu prendras donc le départ du Vendée Globe. Comment vas-tu te préparer ?
« Le bateau sortira de chantier mi-mars et j’enchaînerai sur des entraînements. Si tout le budget est bouclé, je participerai à la Transat anglaise. Mais je serai plus certainement au départ de la New York-Vendée qui réunira plus de participants et constituera un test intéressant avant le Vendée Globe. Idéalement j’aimerais faire les deux transats mais si je n’en fais qu’une, ce sera celle-là. »

© Jean-Marie Liot / Newrest-MatmutEn quoi consiste le chantier actuel sur Newrest-Matmut ?
« Il est orienté vers la fiabilité. Nous changeons par exemple le vérin de quille, quelques éléments d’électronique et les safrans, donc. Nous revoyons aussi des éléments du plan de pont et nous faisons une nouvelle casquette de protection pour naviguer de manière plus « confortable » dans le Grand Sud. Mais il n’y aura pas de révolution et nous n’allons pas partir dans une chasse au poids. »

Ton plan Farr de 2007 t’a-t-il apporté entière satisfaction jusqu’à présent ?
« Oui, je me sens en sécurité à bord, c’est un bon coffre-fort mais il reste rapide. Avant l’avarie de safran, tout était nickel, sous contrôle – et ce malgré des conditions météo très difficiles. Ce 60 pieds est bien pensé, il est passé entre les mains d’illustres marins (Loïck Peyron et Jean Le Cam notamment). C’est le bateau idéal pour mon projet et mon objectif de boucler le Vendée Globe. Mais chemin faisant, j’essayerai d’être dans le match et d’accrocher un groupe pour me bagarrer avec d’autres concurrents. Cela devrait être le cas car il y aura beaucoup de bateaux de la même génération que le mien. »

Propos recueillis par Olivier Bourbon / Agence Mer & Média

 

 

 
 

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