21 Mars 2016 - 10h09 • 5259 vues

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Le monocoque Maître Coq de Jérémie Beyou sera un concurrent original lors du prochain du Vendée Globe : il sera en effet l’unique bateau d'ancienne génération (2010) équipé de foils. Maître Coq sera aussi le seul a avoir bénéficié du savoir-faire néo-zélandais. Et comme le bateau de Jérémie Beyou n'a pas le gréement standardisé des bateaux neufs, la formule pourrait s'avérer intéressante. Le nouveau Maitre Coq pourrait-il donc être plus performant que les Foilers neufs construits pour le prochain Vendée Globe ? Nous avons posé quelques questions à son skipper...

Jérémie, où en êtes-vous du chantier sur Maître Coq, notamment la greffre de foils sur votre bateau ?
"Les puits de foils, dont la construction est assurée par AMCO à St Philibert, sont en fin de greffe sur le bateau et les renforts sont en fin de pose chez CDK. On a mis aussi un renfort en fond de coque, dans la zone de vie et on attend que les puits de foils soient finis dans la soute à voile pour mettre là-aussi des renforts. En parallèle, nous travaillons sur tout le mécanisme de calage. Comme on n'a pas le droit de régler les foils en course - juste de les monter ou les descendre - il faut trouver le bon calage en amont et c'est un gros dossier. Les foils en eux-mêmes sont en cours de fabrication chez Heol Composites à Vannes et ils doivent être livrés début avril."
 
Il y a aussi beaucoup d'autres dossiers d'optimisation sur Maître Coq…
"Oui. Par exemple on a renforcé le mât sur toute sa longueur, ce qui était nécessaire puisque le fait d’ajouter des foils augmente la puissance. Nous allons aussi installer une paire de safrans neufs qui sera livrée fin mars. Il y a encore un nouveau gréement dormant, une nouvelle centrale inertielle, une nouvelle centrale hydraulique pour la quille. Quand tout le composite sera fini à bord du bateau, nous installerons une nouvelle instrumentation. J’aurai des capteurs indiquant les charges subies sur plusieurs postes du bateau, les winchs et les outriggers. Le tout est relié à une centrale et cela permet d'être alerté et de lever le pied quand estime que trop de forces s'exercent. En clair quand on tire trop sur la machine. D'autres bateaux en sont déjà équipés mais nous n'en avions pas jusqu'ici."
 
© Jean-Marie Liot / DPPILe bateau est donc un peu en pièces détachées chez CDK ?
"Pour le moment oui mais tout avance très bien. Nous sommes dans les temps de ce que nous avions prévu à tous les niveaux. C'est très satisfaisant alors qu'il y a beaucoup d'intervenants différents."
 
Sur le papier plus performant qu’un bateau neuf ?
 
Côté design des foils, vous avez fait appel au savoir-faire néo-zélandais…

"Oui, nous avons travaillé avec Nick Holroyd, l’ancien chef du Design Team d'Emirates Team New Zealand, autrement dit ce qui se fait de mieux sur la Coupe de l'America. Il nous a apporté sa grande expérience. Nous avons pu ainsi anticiper et mener à bien ce chantier dont la coordination est assurée chez nous par Pierre-François Dargnies. Pour être dans les temps sur ce sujet, c'était indispensable de faire appel à d'autres architectes que ceux qui ont travaillé sur les bateaux neufs car ces derniers avaient un contrat d'exclusivité jusqu'à fin janvier 2016. VPLP-Verdier intervient maintenant chez nous aussi, mais dans un rôle de contrôle a posteriori (Maître-Coq est un plan VPLP-Verdier, c’est l’ancien Banque Populaire, ndr). Heureusement, des foils, on peut en faire ailleurs qu'en France ! "
 
© Jean-Marie Liot / DPPI / Maitre CoQCe qui veut dire que les foils de Maître Coq seront différents des autres?
"Pas forcément. Car d'une part même si nous avions pu imaginer des foils en "L" en début de processus, la géométrie "moustache" devrait être relativement proche de ce qu’on connaît désormais… et d'autre part ceux qui ont des bateaux neufs vont aussi faire évoluer les foils avec lesquels ils ont commencé l'expérience. De notre côté, après étude des performances des nouveaux foilers, nous avons cherché à réduire le déficit de vitesse qu'on constatait aux allures serrées, au près. Clairement, on cherche à gommer ce défaut. Car le problème n'est pas de vouloir aller encore plus vite quand tu es déjà à 24 noeuds au portant… il est plutôt de réussir d'une part à décoller un peu plus tôt et d'autre part d'être à 14 noeuds au près quand tu étais auparavant à 12 noeuds. C'est là qu'il y a le plus de gains de performance potentiels. C'est ce qu'on cherche à atteindre."
 
A contrario des bateaux neufs, le fait de ne pas avoir de gréement standardisé sur Maître Coq, change-t-il quelque chose ?
"Oui. Comme notre gréement est dimensionné pour un couple de redressement dynamique supérieur, on peut imaginer des foils qui "poussent" un peu plus. En théorie, sur le papier nous pourrions donc être un peu plus performants encore que les bateaux neufs. Mais attention, ce n'est que de la théorie car pour cela il faut aussi faire de nombreux renforts… donc ajouter du poids. C'est une fois de plus une recherche de compromis. Et je le repète, les foils des bateaux neufs vont eux aussi encore progresser cette année."
 
Au final, tu disposeras d'un bateau capable de gagner le Vendée Globe ?
"C'est le cahier des charges. En tous cas, on dépense beaucoup d'énergie pour ça, oui !"
 
Quel est ton programme d’ici le départ du Vendée Globe ?
« La remise à l’eau de Maître Coq est prévue la première semaine d’avril. Tout le mois d’avril sera consacré à des tests de performance, de vitesse, à la prise en mains. Puis nous ferons une transat de convoyage en équipage vers New York qui devrait nous permettre d’encore optimiser. Ensuite, je ferai la transat retour en course entre New-York et Les Sables d’Olonne. Nous avons prévu de refaire un petit chantier de contrôle qui devrait durer deux à trois semaines début juillet. Enfin, nous remettrons à l’eau et ce sera déjà la dernière ligne droite vers le départ du Vendée Globe. »
 
BM / Agence Mer & Media