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Alan Roura : La valeur n'attend point le nombre des années

Alan Roura - Une course pour la Suisse
© Christophe Breschi

Alan, tu as décroché ta qualification au Vendée Globe en bouclant la Calero Marinas Solo Transat, entre Lanzarote (Canaries) et Newport (États-Unis). Comment s’est passée cette épreuve, ta première en IMOCA ?
« C’était long (rires) ! La saison n’était pas propice pour partir des Canaries et rejoindre Newport. Un parcours comme celui de la Transat anglaise (Plymouth-New York, NDR) est plus approprié. Mais j’ai choisi de participer à la Calero Solo plutôt qu’à The Transat car l’idée était de se qualifier au plus vite pour gagner du temps en vue du chantier qui sera prochainement effectué. The Transat coûtait aussi plus cher, et on faisait sur le papier davantage souffrir le bateau. Finalement, on a plus ramassé sur la Calero Solo ! Il y avait deux grandes options possibles sur cette course : mes deux concurrents (Sébastien Destremau et Pieter Heerema, NDR) sont partis au nord, et moi au sud. Ce n’était pas du tout le bon choix stratégique au final. J’ai d’abord fait face un long moment à de la pétole. Passé les Bermudes, la dernière semaine, je me suis pris baston, sans transition. Du vent fort, beaucoup de mer, des déferlantes et pas de portant… Si je devais résumer cette course en un verbe, ce serait ‘se surpasser’. Mais cette épreuve a été un très bon test pour moi et le bateau. J’ai pu voir ce qu’on avait dans le ventre. »

© Christophe BreschiEt alors, es-tu satisfait de ton comportement et de celui de ton IMOCA ?
« Oui. Aux Canaries, j’ai pris le départ en n’étant pas super serein physiquement et mentalement. Je me sentais fatigué par les quatre derniers mois de préparation. Or, mon bateau est très physique car je dispose d’un winch pour anguler la quille, et non pas d’un vérin hydraulique comme sur les autres IMOCA. Je n’ai pas non plus de moulin à café. Et pourtant je ne suis pas arrivé à Newport décalqué, c’est une satisfaction. Et il n’y a eu aucun souci technique, sauf au niveau du mât. Il a fallu faire une réparation en tête de mât, à 25 mètres de haut. C’était un peu sport. Mais cela a constitué un bon entraînement pour le Vendée Globe car je pourrais bien me retrouver à vivre d’autres petites histoires de ce genre… Pour le reste, le bateau est impeccable même si les voiles et le gréement étaient déjà très fatigués au départ, car nous n’avions pas le budget ni le temps pour les changer. C’est aussi pour cette raison que j’ai pris la décision de partir au sud, l’option la plus sage et la plus sécurisante. »

Tu sembles déjà très attaché à ton monocoque. On a l’impression que vous vous êtes bien trouvés…
« C’est le bateau de mes rêves pour un premier Vendée Globe. C’était celui-là et pas un autre ! Il va vite, il est sécurisant, je me sens serein à bord. Bien construit, il peut terminer le tour du monde sans souci. J’ai déjà fait un paquet de milles sur ce bateau. Il y a beaucoup d’IMOCA qui passent une bonne partie de leur vie dans les chantiers et naviguent peu. J’essaye de faire l’inverse, pour le prendre en main un maximum. »

Avec la qualification en poche, le Vendée Globe se précise…
« Pour une petite équipe comme la nôtre c’est une énorme fierté de s’aligner au départ du Vendée Globe face à des gros teams. Il n’y a pas que des projets gagnants avec des foils. Il y a également des skippers qui partent avec des petits budgets et qui racontent de belles histoires. Il y a quatre ans, les deux skippers à bord des bateaux les plus anciens (Tanguy de Lamotte et Alessandro di Benedetto, NDR) ont fait une super nav’ et ont très bien communiqué. Le Vendée Globe, ce n’est pas que de la performance pure et dure, c’est aussi une aventure. »

Tu sembles davantage avoir un profil d’aventurier que de régatier…
© Christophe Breschi« On me dit souvent ça, et ce n’est pas faux (rires). Mais je ne m’engage pas non plus sur le Vendée pour enfiler des perles. Il y a d’autres vieux bateaux menés par de bons skippers, je vais tout faire pour être dans le match avec eux. Comme d’habitude dans le Vendée Globe, il va y avoir plusieurs courses dans la course. »

Fais-tu partie des marins qui rêvent du Vendée Globe depuis l’enfance ?
« Oui, un rêve de gamin devient aujourd’hui réalité. Je garde un très fort souvenir du Vendée Globe 2000-2001, le parcours d’Ellen MacArthur m’a marqué. Dans une vidéo, on voit ce petit bout de femme monter en haut de son mât puis redescendre en pleurs. Elle a bouclé son tour du monde à la 2e place, à 24 ans. Sa magnifique performance m’a fait ouvrir les yeux : pas besoin d’attendre 30 balais pour faire un beau Vendée Globe ! »

« Une bande de potes, une entraide incroyable… »

Où en es-tu niveau budget ?
« Il n’est pas bouclé, mais on avance très bien. Grâce au collectif « Un Vendée pour la Suisse », regroupant des entreprises du pays, nous avons récolté une bonne partie du budget. Nous sommes dans le vif du sujet de la recherche de fonds. Tous les mois nous trouvons de nouveaux financements. Le budget pour le bateau est sécurisé, on sera au départ. On s’en sort vraiment bien avec ma petite équipe. J’ai la chance d’être bien entouré. Nous sommes un groupe de potes, l’entraide est incroyable. »

T’attendais-tu à une gestion de projet si complexe ?
« J’imaginais ça un peu plus facile. En fait, ça n’a rien à voir avec un projet en Class40, et encore moins en Mini 6.50. Les IMOCA sont des machines incroyables et donc exigeantes en terme de préparation. Ce bateau n’avait pas couru depuis un bon moment. Il a fallu repartir de loin pour se mettre en conformité avec la jauge. Quand j’ai vu Bernard Stamm en début d’année, j’étais tout fier de lui annoncer que je partirai sur le Vendée avec son ancien Superbigou. Il m’a un peu remis dans le droit chemin en me rappelant qu’avoir le bateau ne suffisait pas. Au final je le remercie, il n’a vraiment pas tort. Jauge, qualif’, papiers, chantiers… La route est très longue pour pouvoir prendre le départ ! Mais on a passé le plus dur. »

© Christophe BreschiQuel est ton programme maintenant ?
« Après une navigation entre les Açores et Lorient, le bateau va entrer en chantier pour minimum un mois. Nous allons remplacer le gréement mais aussi travailler sur l’aménagement intérieur, le plan de pont, l’installation des pilotes… Nous avons aussi prévu d’ajouter une casquette car mon IMOCA est le seul à ne pas disposer d’une protection de cockpit. Ce sera un truc léger, esthétique et pratique. Pour les voiles, nous sommes en discussion avec un voilier suisse. Le bateau sera comme neuf à sa remise à l’eau. Je partirai sur une bonne base. Je veux mettre toutes les chances de mon côté pour éviter la casse. »

Tu vas devenir le quatrième Suisse à participer au Vendée Globe après Bernard Gallay, Dominique Wavre et Bernard Stamm. Est-ce une fierté pour toi ?
« C’est effectivement un grand honneur de représenter la Suisse sur le prochain Vendée Globe. Des navigateurs suisses ont brillé en voile océanique. Dominique Wavre est l’homme qui a bouclé le plus de tours du monde en solitaire. Bernard Stamm a un palmarès superbe. Et on peut aussi citer Bernard Gallay, les frères Bourgnon, Stève Ravussin… En Suisse, l’épreuve est moins réputée qu’en France. Mais le Vendée Globe reste LA course mondialement connue, le Graal des coureurs au large en solitaire. Les gens sont contents de voir à chaque fois au moins un Suisse au départ d’une si grande course. Et les médias suivent. »

OB / Mer & Media

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