22 Septembre 2016 - 14h19 • 5123 vues

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Dans le Vendée Globe, porter un « petit » projet n’empêche pas de vivre de grandes émotions. La preuve avec Sébastien Destremau qui, en quelques jours, est passé par des sentiments contrastés. Son démâtage lors d’un test de jauge, à deux mois du départ, n’est plus qu’un mauvais souvenir. Grâce à un bel élan de solidarité, le Toulonnais a en effet pu récupérer un nouveau mât. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, Sébastien a récemment annoncé l’engagement d’un partenaire titre, TechnoFirst. Interview avec le skipper du bateau qui porte désormais le nom de TechnoFirst - faceOcean.

Sébastien, tu as révélé lors de la conférence de presse du Vendée Globe l’arrivée d’un nouveau sponsor titre dans ton projet. Comment s’est conclu ce partenariat ?
« De manière très simple. Il y a quelques mois, la société TechnoFirst est venue à ma rencontre pour me proposer de me prêter un casque pour la Calero Solo Transat (entre Lanzarote et Newport, NDR). Cette entreprise est le leader mondial des technologies de réduction du bruit et des vibrations par contrôle actif. En course, ce casque m’a vraiment convaincu. Il est très utile sur des bateaux aussi bruyants que les IMOCA, à bord desquels les nuisances sonores © VINCENT CURUTCHET / DPPI / Vendée Globepeuvent devenir importantes et générer de la fatigue. Avoir des vrais moments de détente se révèle très précieux. Ces sont des casques qui annulent le bruit général et permettent d’entendre les bruits particuliers. Au retour de la transat, les responsables de TechnoFirst voulaient accentuer le partenariat avec faceOcean et ainsi profiter du Vendée Globe pour augmenter leur notoriété. De fil en aiguille ils ont pris la décision d’investir pour devenir partenaire titre de faceOcean. TechnoFirst correspond bien à mon projet car il s’agit d’une petite entreprise qui peut se permettre de jouer dans la cour des grands, un peu comme je le fais en m’engageant dans le Vendée Globe. »

Ton budget pour le Vendée Globe est-il aujourd’hui bouclé ?
« Oui, nous avons réuni le budget fixé au moment du lancement du projet. Une quarantaine de sponsors me soutiennent, à différents niveaux d’investissement. TechnoFirst est donc le sponsor titre et j’ai également cinq autres grands partenaires « platinium » : TPM, 4W, Alcatraz It, VirtualRegatta, Club Ampelos et de Viris. Mon budget pour le Vendée Globe est microscopique : 350 000 euros achat du bateau compris. J’aime les grosses équipes avec des budgets ambitieux. Mais je tiens aussi à prouver que le Vendée Globe peut rester une course accessible, que cette épreuve n’est pas un sommet inatteignable. Beaucoup de gens peuvent y participer. Il suffit de le vouloir, de se retrousser les manches et de travailler dur. »

C’est important pour toi de construire un projet Sudiste ?
« Oui. TechnoFirst est basé à Aubagne (Bouches du Rhône). Je suis très fier de porter les couleurs d'une société dynamique de la région PACA. Sur les six sponsors principaux (TechnoFirst et les cinq partenaires « platinium »), quatre sont locaux. A Toulon, les gens ne connaissent pas bien le Vendée Globe. Nous ne disposons pas autour de nous des mêmes compétences qu’en Bretagne Sud. Cette délocalisation rend les choses plus difficiles. Et pourtant, même ici on peut préparer le Vendée Globe, réunir des fonds, constituer une équipe. »

« Pas question de se laisser abattre… »

© 2016-faceOceanLa moins bonne nouvelle de ces dernières semaines a été ce démâtage lors d’un test de jauge…
« Le bateau était dans sa phase finale de préparation, avec un mât en configuration Vendée Globe. Nous faisions le test de stabilité à 90° imposé par la classe IMOCA. Au moment de coucher le bateau, un des haubans a lâché, le mât s’est brisé en quatre morceaux. Le tout à deux mois du départ du Vendée Globe… Mais pas question de se laisser abattre, personne ne s’est démobilisé. Nous avons décidé que la préparation devait se poursuivre comme si de rien n’était. Charge à moi de trouver une solution de remplacement pour le mât. »

Comment as-tu trouvé un nouveau mât ?
« Suite à l’annonce du démâtage, nous avons reçu huit propositions pour remettre un mât sur ce bateau, dont certaines émanant d’équipes qui vont participer au prochain Vendée Globe. Nous avons étudié toutes ces propositions et choisi la plus adaptée en termes de budget et de plannings. La solidarité autour de l’incident a été remarquable. C’est top de voir des gens qui se mobilisent pour t’aider. »

« Nous avons retourné un scénario catastrophe en une véritable opportunité »

As-tu une visibilité sur le calendrier des semaines à venir ?
« Il s’affine de jour en jour. Nous terminons actuellement l’implantation de toutes pièces nécessaires au mâtage qui se déroulera probablement en fin de semaine prochaine. Puis il faudra refaire le test de jauge, effectuer quelques navigations avant de partir en convoyage vers les Sables d’Olonne. Je prévois un départ de Toulon dans les deux semaines qui viennent. Nous serons aux Sables largement avant le départ, sans doute pas le 15 octobre pour l’ouverture du Village mais quelques jours plus tard. Nous pourrons tout de même participer à la fête. »

Tu es donc certain d’être au départ le 6 novembre ?
« Oui, et ce avec un mât en parfait état de fonctionnement. En une dizaine de jours, nous avons retourné un scénario catastrophe, carrément éliminatoire, en une véritable opportunité. Ce retournement de situation était inespéré ! Cela remobilise beaucoup d’énergie dans notre petite équipe. »

La route vers le Vendée Globe est semée d’embûches…
« C’est rien de le dire ! La liste des problèmes à affronter pour être au départ est très longue. J’ai démâté deux fois en neuf mois mais je me suis accroché pour malgré tout participer au Vendée Globe dans de bonnes conditions. J’attends le 6 novembre avec beaucoup d’appréhension mais aussi d’impatience. En larguant les amarres, je basculerai dans un tout autre mode. Après toute la phase de préparation, ce sera une nouvelle histoire. Je ne suis pas sûr que l’une soit plus difficile que l’autre, que l’une soit plus belle que l’autre. Une fois en mer, je me concentrerai uniquement sur la bonne marche du bateau qu’il s’agira de mener des Sables d’Olonne aux Sables d’Olonne. Mais pour l’instant, j’ai toujours les dents serrées car le programme à réaliser dans les prochaines semaines est très dense. »

Propos recueillis par Olivier Bourbon / M&M