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Alan Roura perpétue la tradition suisse dans le Vendée Globe

Alan Roura - La Fabrique
© La Fabrique

Dans tout juste deux semaines, le 6 novembre, Alan Roura, 23 ans, fera honneur à d’illustres prédécesseurs en prenant le départ du huitième Vendée Globe. En sept éditions du tour du monde en solitaire et sans escale, on a vu à cinq reprises un ou plusieurs marins suisses s’élancer des Sables d’Olonne (un partant en 1992-1993, trois en 2000-2001, un en 2004-2005 et deux en 2008-2009 et 2012-2013). Bernard Gallay, Dominique Wavre et Bernard Stamm cumulent à eux trois neuf participations au Vendée Globe. Retour sur leurs participations, qui n’ont pas manqué de sel…

Bernard Gallay, le pionnier

En 1989-1990, 13 marins prennent le départ du premier Vendée Globe : dix Français et trois étrangers, mais aucun Suisse. Lors de la deuxième édition du tour du monde en solo, en 1992-1993, le navigateur franco-suisse Bernard Gallay devient le précurseur des navigateurs helvètes sur le Vendée Globe. Cet ancien joueur de rugby professionnel boucle son périple planétaire hors course après deux escales pour cause de problèmes de pilote automatique et de structure du gréement. A noter que la moitié des solitaires a terminé classée dans cette deuxième édition particulièrement intransigeante, endeuillée par la disparition du Britannique Nigel Burgess…

© Jean-Marie Liot / DPPI

2000-2001 : Trois Suisses au départ

Il faut attendre huit ans pour revoir non pas un Suisse mais bien trois au départ des Sables d’Olonne – un record. Bernard Gallay est de retour, accompagné de deux autres skippers qui vont marquer l’histoire du Vendée Globe : Bernard Stamm et Dominique Wavre. Dans la perspective de cette édition 2000-2001, Stamm est venu à bout d’un chantier titanesque dans le village finistérien de Lesconil. Il a en effet construit un monocoque de 60 pieds de ses propres mains, avec le soutien de la population locale. Ainsi nait Superbigou, un voilier devenu emblématique et qui, nous le verrons, est resté dans le giron suisse… L’histoire est belle puisque Bernard Stamm prend bien le départ du tour du monde en solitaire et sans escale. Mais il n’y a malheureusement pas de happy end car il abandonne après une semaine de course suite à des problèmes de safran et de pilote. Les deux autres Suisses sont plus en réussite. Après 105 jours de mer, Dominique Wavre devient le premier skipper helvète à terminer une course autour du monde en solitaire et sans escale. Il décroche une belle 5e place derrière des marins prestigieux : Michel Desjoyeaux, Ellen MacArthur, Roland Jourdain et Marc Thiercelin. Six jours plus tard, Bernard Gallay boucle lui aussi le parcours, à la 8e place. Deux sur trois à l’arrivée : le bilan des Suisses est positif.


2004-2005 : Stamm renonce, Wavre brille

Après son abandon lors de sa première tentative, Bernard Stamm se prépare pour un nouveau Vendée Globe. Entre temps, il gagne haut la main la course autour du monde avec escales (Around Alone 2002-2003), remportant quatre des cinq étapes. De quoi aborder dans les meilleures dispositions le Vendée. Mais quelques mois avant le départ, son fidèle Superbigou lui joue un mauvais tour en perdant sa quille lors de la Transat anglaise. Le timing serré n’aidant pas, Bernard Stamm ne peut prendre le départ du Vendée Globe… Dominique Wavre, lui, est bien là à bord d’un 60 pieds IMOCA optimisé qu’il connaît désormais sur le bout des doigts. Le résultat est à la hauteur de ses espérances puisqu’il gagne 13 jours sur son temps réalisé quatre ans plus tôt. Il termine au pied du podium après 92 jours de mer, à 5 jours du vainqueur Vincent Riou.

© Olivier Blanchet / DPPI

2008-2009 et 2012-2013 : Fortunes diverses pour Bernard Stamm et Dominique Wavre

Trente skippers prennent part à l’édition 2008-2009 du Vendée Globe. Le contingent étranger est fourni avec pas moins de 13 concurrents au départ, dont Bernard Stamm et Dominique Wavre, encore eux. A nouveau vainqueur du tour du monde avec escales (la Velux 5 Oceans 2006-2007), Bernard Stamm a toutes les cartes en main pour obtenir un beau résultat à bord d’un plan Farr de 2003. Mais dès la première nuit, il heurte un cargo et retourne aux Sables d’Olonne pour réparer mât et bout-dehors. Il repart mais n’est pas au bout de ses aventures, loin s’en faut.Dans les mers du Sud, et plus particulièrement dans l’océan Indien, les deux skippers suisses souffrent. Dominique Wavre est victime d’un problème de tête de quille et décide de se dérouter vers l’archipel des Kerguelen pour effectuer une réparation de fortune. Son escale technique est troublée par un autre événement impliquant… Bernard Stamm ! Lui aussi se détourne vers les Kerguelen pour un souci de palier de safrans. Son bateau, pris par de violentes rafales, s’échoue sur la côte, malgré l’aide de Dominique Wavre. L’aventure s’arrête là pour Stamm. Après une réparation sommaire, Wavre reprend la mer mais la tête de quille casse à nouveau. Il poursuit sa route jusqu’en Australie malgré une quille qui menace de se briser à tout instant. Mais il n’a d’autre choix que d’abandonner.

On prend les mêmes et on recommence en 2012-2013. Bernard Stamm revient avec un IMOCA 60’ de dernière génération taillé pour lui. Rapidement en proie à des soucis d’hydro-générateurs, il effectue diverses réparations de fortune mais finit par faire escale dans l'archipel d'Auckland pour mouiller et tenter de fiabiliser le système. L’escale ne se passe pas vraiment comme prévu. L’ancre de Cheminées Poujoulat chasse et Bernard doit s’amarrer à un bateau scientifique russe. Sans prévenir, un membre de l’équipage saute à bord de l’IMOCA de Stamm pour aider à la manœuvre. Le skipper suisse sera disqualifié, le Jury estimant qu'il y a eu assistance. Comme Bernard Gallay vingt ans plus tôt, c’est donc hors course que Bernard Stamm termine le Vendée Globe.
Dominique Wavre, lui, ne déplore aucun souci technique majeur. Il s’accroche longtemps au groupe de tête avant de logiquement céder du terrain face aux machines plus récentes. Il réalise une très belle course et boucle à la 7e place son troisième Vendée Globe et son huitième tour du monde en régate, ce qui constitue un record ! Le public des Sables ne s’y trompe pas, réservant à Dominique une arrivée dont il a le secret.

Alan Roura reprend le flambeau

Pour cette huitième édition, la Suisse est représentée par Alan Roura qui, à 23 ans, deviendra le 6 novembre le plus jeune concurrent de l’histoire à s’élancer. Et il naviguera à bord… de l’ex Superbigou d’un certain Bernard Stamm ! Alan n’est pas peu fier de devenir le quatrième Suisse à participer à l’Everest des mers, qui plus est à bord d’un IMOCA60 chargé d’histoire. « C’est un grand honneur. En Suisse, l’épreuve est moins réputée qu’en France. Mais le Vendée Globe reste LA course mondialement connue, le Graal des coureurs au large en solitaire. Les gens sont contents de voir à chaque fois au moins un Suisse au départ d’une si grande course. Et les médias suivent », explique-t-il.


Les participations suisses en chiffres

- 3 marins ont pris le départ : Bernard Gallay (2 participations), Dominique Wavre (4 participations) et Bernard Stamm (3 participations)

- 2 ont terminé la course : Dominique Wavre (5e en 2000-2001, 4e en 2004-2005, 7e en 2012-2013) et Bernard Gallay (8e en 2000-2001)

- 2 ont terminé hors course : Bernard Gallay (en 1992-1993) et Bernard Stamm (en 2012-2013)

- Meilleur temps : Dominique Wavre en 90 jours, 3 heures et 14 minutes (en 2012-2013)
 

Olivier Bourbon / M&M

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