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Le Vendée Globe : course en solitaire, esprit d’équipe

SAFRAN, skipper Morgan Lagraviere (FRA), Teamworks before the Vendee Globe, in Les Sables d'Olonne, France, on October 28th, 2016 - Photo Vincent Curutchet / DPPI / Vendee GlobePréparateurs de SAFRAN, skipper Morgan Lagraviere (FRA), pour le  Vendée Glo

Par bien des similitudes, le Vendée Globe est un (lointain) cousin du sport automobile. Que ce soit pour l'aspect technologique ou parce que l'athlète prend place dans un cockpit. Il est ensuite seul à briller une fois lancé dans son épreuve. Dans ces deux disciplines, celui qui est mis en lumière ne serait rien sans être bien entouré. Les ingénieurs, les mécaniciens et les préparateurs sont des acteurs incontournables du monde de la course. On parle d'ailleurs  "d'écuries" de course au large.
Tous les teams du Vendée Globe ne disposent pas des mêmes ressources. C'est d'ailleurs ce qui fait la beauté de cette épreuve. Les outsiders ont le même objectif que les favoris : que le skipper parte confiant et que son bateau soit prêt à affronter les assauts des océans.
Si certains teams, comme Banque Populaire ou Hugo Boss disposent de moyens leur permettant d'avoir une personne spécialisée par tâche, ce n'est pas le cas de tous. Rencontre aux Sables d'Olonne avec ces hommes et femmes de l'ombre qui partagent leur emploi du temps entre les sombres conteneurs de la zone technique, les travaux sur le bateau et les validations avec les skippers.

Dans les grandes écuries, à chacun sa spécialité
Safran fait partie des grosses équipes avec sa machine de course équipée de foils. Stan Delbarre, responsable technique sur le bateau de Morgan Lagravière, dirige une équipe de cinq techniciens. "Clairement, chacun a sa définition à bord. La mécanique hydraulique, le gréement, le textile, le composite, la visserie. Nous avons plusieurs corps de métiers. Certains sont plus polyvalents. On n'est pas un si gros team, je ne pense pas qu'on fasse partie des plus grosses écuries. Ça reste humainement gérable", explique le boat captain, qui depuis quelques semaines reçoit le renfort de "pigistes". Il assure que le bateau, à un peu plus d'une semaine du départ, est prêt à quitter Port-Olona. "On sait que quand on arrive aux Sables d'Olonne, c'est 50 % d'efficacité en moins donc on travaille en amont. Les plus petites équipes sont encore plus touchées. Elles doivent parfois emprunter du matériel à d'autres teams. On s'échange pas mal les produits. C'est l'avantage de l'esprit marin. Je ne pense pas qu'en F1 ils s'échangent leurs pneus." L'équipe de Morgan Lagravière règle les derniers détails avant d'entièrement désinfecter le bateau quatre jours avant le départ et de le mettre en quarantaine. "A 72 heures du départ, le bateau sera fermé. Plus de visites. On fait un gros nettoyage pour que Morgan ne parte pas avec des maladies de terrien. Hygiène maximum à partir de mercredi prochain", précise Stan Delbarre. 

L’importance de la polyvalence 
Certaines équipes sont plus réduites. Chacun compose avec ses ressources. Sur un projet de moyenne envergure comme Le Souffle du Nord pour le Projet Imagine, les préparateurs sont plus polyvalents. Laurent Bourguès est directeur technique sur l'IMOCA de Thomas Ruyant. En charge du gréement, des voiles, du mât et de la partie hydraulique, il se doit d'être touche-à-tout dans cette équipe restreinte. "Nous sommes en bas des budgets moyens je pense. Nous faisons en sorte de rester dans les limites définies avec les partenaires. Nous arrivons au bout des deux semaines de travail que l'on s'était fixées. Tout est prêt. Nous avons même du matériel de rechange », analyse Laurent Bourguès. "Ça fait un an et demi qu'on travaille sur ce projet. C'est Thomas qui va partir mais nous allons tous partager son aventure. Nous sommes tous marins, nous savons comment ça se passe en mer. Thomas va faire ça bien."
Si toute l'équipe technique de Thomas Ruyant navigue, tous ont pleine conscience de la difficulté extrême du tour du monde en solitaire et sans escale. Un point commun avec les préparateurs de Kilcullen Voyager-Team Ireland, Figaristes lorsqu'ils ne bricolent pas l'IMOCA de l'Irlandais. "Le stress c'est de se demander ce qu'on aurait pu oublier même si tout est prêt. C'est une grosse pression. Un Vendée Globe ça s'arrête souvent pour des détails", confie Gildas Mahé, technicien d'Enda O'Coineen, avant que son collègue Simon Troel n'enchaîne : "C'est génial d'être dans une équipe technique d'un IMOCA. Il n'y a pas plus compliqué. Techniquement, tout est pointu."

Chaque homme compte

Petit budget ne rime pas avec projet tronqué. Famille Mary – Etamine du Lys symbolise parfaitement l'esprit du Vendée Globe, où l'aventure se mêle à la compétition. Le projet de Romain Attanasio est à taille humaine. Seulement trois préparateurs se partagent les tâches à bord de l'IMOCA mis à l'eau en 1998. Philippe Cairo, alias « Pipo », est arrivé en premier sur le projet. Ce responsable technique s'assure que Romain n'ait plus qu'à se concentrer sur sa course. "On est autonomes mais si Romain veut quelque chose, on lui fait. Le bateau est prêt à partir. On s'est juste laissé le temps de régler quelques détails pour la période aux Sables."

Concurrents durant la course, les boat captains et les préparateurs forment une grande famille. Ils se connaissent tous. Il arrive même qu'ils s'invitent entre eux à visiter l'embarcation de leur poulain. A une semaine du départ, personne ne craint l'espionnage industriel. Les bijoux de technologie n'ont plus rien à cacher.
Au moment de s'engager dans le chenal des Sables d'Olonne, les navigateurs seront seuls en scène, mais dans leur ombre, les équipes techniques vivront le Vendée avec intensité.
 

Guillaume Daumail / M&M

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