02 Novembre 2016 - 16h36 • 16647 vues

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Ils seront 14 dimanche prochain à vivre pour la première fois la grande émotion d’un départ du Vendée Globe. 14 bizuths de la plus folle des chevauchées autour du monde en solitaire, 14 marins parés à se lancer vers l’inconnu. Tous ont en commun cette formidable attirance pour la navigation au large en solitaire, mais leurs objectifs diffèrent. Certains comme Morgan Lagravière ou Paul Meilhat viennent pour la compétition, d’autres à l’image de Sébastien Destremau ou l’Irlandais Enda O’Coineen (absent sur la photo ci-dessus) veulent d’abord vivre une aventure avec eux-mêmes. De l’éclectisme et de la fraîcheur pour ce plateau de « rookies » du Vendée Globe 2016 !

Morgan Lagravière, Safran : 29 ans
« J’appréhende forcément certaines conditions météo notamment dans le vent fort avec ces bateaux à foils. J’ai vécu des situations un peu catastrophiques sur ce bateau et sur un autre avec des voies d’eau, des courses qui s’arrêtent, des cas de figure de vents vraiment violents. Des moments douloureux mais qui renforcent. J’ai beaucoup souffert sur le moment, mais je suis content de l’avoir vécu. Je sais que je suis capable de faire face à ces situations. Je n’ai pas l’impression de partir tout seul. Je m’imagine, une fois en course, en train  de parler avec mon bateau même si lui ne me répondra jamais. On va vivre quelque chose de fort ensemble.»

Eric Bellion, CommeUnSeulHomme : 40 ans
« Michel Desjoyeaux m’a bien entouré sur mon projet Vendée Globe et j’ai demandé des conseils à tout le monde, comme à Jean-Pierre Dick sur la gestion du  sommeil par exemple.  Je me dis que je vais revenir différent. Je me lance dans cette aventure pour moi pas pour plaire aux autres. C’est mon cadeau pour mes 40 ans. Je sais que je vais avoir peur, que je vais en baver, mais en tirer du plaisir quand même. Le déclic, c’est quand j’ai accompagné Antoine Cayrol, grand alpiniste français en Antarctique. Il m’a inspiré. Je me suis dit que la vie est faite pour vivre des aventures. Et que pourquoi pas moi sur le Vendée Globe ? »

Didac Costa, One Planet One Ocean : 35 ans
« J’ai vécu des moments très forts lors de la dernière Barcelona World Race (tour du monde en double). Participer au tour du monde en solitaire est pour moi une suite logique. Et quand on a navigué dans les mers du Sud, on ne pense qu’à une chose : y retourner ! Car on y retrouve conditions uniques. On ressent la vraie solitude, on observe des oiseaux qu’on ne voit nulle part ailleurs… C’est magique. Bateau et marin sont à la limite. Et on navigue aux allures portantes et les IMOCA sont conçus pour ça. C’est dans les mers du Sud que ces superbes machines expriment tout leur potentiel. »

Kojiro Shiraishi, Spirit of Yukoh : 49 ans
« J’ai deux grands objectifs pour ce Vendée Globe : devenir le premier Japonais et même le premier Asiatique à participer et à terminer le Vendée Globe. Le deuxième objectif est de développer cette culture de la course au large au Japon et en Asie pour avoir plus navigateurs. Je vise le Top 10 ! Il y a beaucoup de bateaux de la même génération que le mien. Ca va être une course dans la course. »

Romain Attanasio, Famille Mary – Etamine du Lys : 39 ans
« II y a un peu d’inquiétude parce je ne sais pas trop ou je vais. J’ai l’habitude des départs, mais le Vendée Globe ce n’est pas une course comme les autres. Je m’occupe beaucoup pour ne pas trop cogiter. Je me pose la question en permanence de ce que j’aurai pu oublier. Mais je sais qu’on est tous dans le même cas, même si il en a qui ne le disent pas. On connaît tous les skippers, mais le matin du départ on ne les reconnait pas, tellement l’émotion se lit sur les visages. »

Thomas Ruyant, Le Souffle du Nord pour le Projet Imagine : 35 ans
« Le stress monte doucement. Je suis encore très détendu et bien reposé. J’essaie de rester dans ce sentiment un peu décalé, afin de ne pas perdre trop d’énergie. Je n’ai jamais eu recours à la sophrologie, mais j’ai mes propres techniques pour prendre le recul qui repousse le stress… La boule au ventre viendra dimanche. Mes souvenirs de ma première Mini Transat me reviennent. J’étais novice, ici je suis bizuth… Comme dans toute compétition sportive, mes matchs de hockey ou les courses de fond, on a la boule au ventre jusqu’au coup de canon libérateur… »

Stéphane Le Diraison, Compagnie du Lit – Boulogne Billancourt : 40 ans
« C’est exceptionnel. Je pense que les opportunités dans une vie, de réaliser des rêves d’enfant sont assez rares. Etre au départ du Vendée Globe, c’est un objectif de réalisé. Ça met un peu de pression parce que maintenant il faut que je sois à la hauteur de mes ambitions. Pour être sincère, il y a une forme d’appréhension. Il y a des inconnues dans cette course, la difficulté du parcours, sa longueur et sa durée. Il y a des paramètres que j’essaie d’imaginer, comme comment je vais me sentir trois mois sur un bateau, mais je ne peux que l’imaginer. »

Fabrice Amedeo, Newrest-Matmut : 38 ans
« Ma seule appréhension, c’est de casser et arrêter. La solitude ne me fait plus peur. J’ai apprivoisé ce truc, j’aime être seul, ce qui me faisait peur c’était la durée. Mais, j’ai fait mon chemin. Je sais que ce ne sera pas facile, mais cela ne m’inquiète pas. Réussir un Vendée Globe, ce n’est pas seulement un parcours sportif mais un parcours entrepreneurial. J’ai bossé comme un fou ! Je me dis que la fête sera belle si j’arrive au Sables d’Olonne après un tour du monde. » 

© Guillaume Daumail / M&MConrad Colman, 100% Natural Energy : 32 ans
« J’ai déjà vécu la peur en mer, mon appréhension serait plutôt de ne pas réaliser mon rêve. Pour moi, c’est plus important d’être rentré dans ce chenal que d’en sortir pour le départ. Juste être ici, avec un bateau qui fonctionne, un bonhomme qui est prêt à se confronter à l’épreuve, c’est vraiment incroyable. J’ai déjà fait deux tours du monde en tant que skipper. Je vis bien en mer. Je me sens à l’aise avec le bateau. Je vais certainement buter contre le mur de mes capacités. »

Sébastien Destremau, TechnoFirst-faceOcean : 52 ans 
« Je ne parle que pour moi, mais quand tu sais que tu vas faire quelque chose qui est à haut risque, c’est important de faire attention à comment tu laisses tes affaires quand tu pars. On doit  avoir dit au revoir aux gens qu’on aime. Ça ne veut pas dire qu’on ne les reverra pas, mais au moins on leur a dit au revoir. J’ai donc filé trois jours en Australie pour voir mes enfants. Ce n’est pas morbide, c’est simplement que ça fait partie des choses que je veux faire avant de partir. »

Paul Meilhat, SMA : 34 ans
« Pour le moment ma plus longue navigation en solitaire a duré deux semaines et j’ai fait deux fois 23 jours en double. Partir en solo deux mois et demi n’est pas quelque chose qui m’angoisse. Au final, la mer se ressemble un peu partout et la notion de temps est relative. Quand je regarderai la carte et que je serai au milieu de l’océan Indien, avec aucune terre à moins de dix jours, ça sera énorme ! On peut très bien boucler un Vendée Globe sans voir la moindre terre. Il suffit de passer un peu loin des îles et qu’il y ait du brouillard au cap Horn… Mais cela ne m'angoisse pas trop. Ce qui va être compliqué c’est de tenir le rythme et l’engagement sur toute la durée

Alan Roura, La Fabrique : 23 ans
« Je vais vivre normalement jusqu’au départ, préparer le bateau, boire des coups avec mes amis, c’est important de rester soi-même. J’aurai le temps de stresser le matin du départ. Passer de la foule ici à la solitude va être une bonne baffe. En même temps, on y va pour ça. La sortie du chenal va être un grand moment. Je suis quelqu’un d’émotif, je sais que je vais craquer. C’est la magie du Vendée Globe... »

Pieter Heerema, No Way Back : 65 ans
« Ma position finale ne compte pas vraiment pour moi. J’essayerai d’être rapide, mais pas trop rapide. Septième ou 17ème, peu importe. C’est une opportunité unique pour moi. Je ne vise pas la victoire et je ne vais pas m’énerver en voyant des bateaux autour de moi. Seulement 50% des bateaux bouclent ce voyage, voire même 30% lors de l'avant-dernière édition (2008-2009). Je n’ai pas d’expérience, je suis plus vieux. Mes chances de subir une casse sont d’autant plus importantes. Ce serait dommage, car j’ai dépensé beaucoup de temps et d’énergie sur ce projet. Je veux boucler le tour du monde. C’est cela mon objectif. »

Olivia Maincent et Olivier Bourbon / M&M