14 Novembre 2016 - 10h38 • 18688 vues

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Les skippers préparent leur entrée dans le Pot-au-Noir et se rapprochent de l'équateur. Les marins profitent de ces zones de beau temps pour s'adonner à quelques toilettes. Les concurrents régatent par petits groupes et même les aventuriers se prennent au jeu de la compétition. Tout va bien pour le jeune suisse Alan Roura, qui nous a fait parvenir quelques nouvelles ce matin. Armel le Cléac'h et Stéphane le Diraison se sont exprimés en vidéo pour expliquer leur quotidien. Rich Wilson mène Great American IV vers les îles du Cap-Vert. 
Sébastien Josse et Arnaud Boissières subissent les aléas du Pot-au-Noir. Ils ont livré leurs impressions du moment dans le Vendée Live. Alex Thomson, Paul Meilhat et Louis Burton apportent aussi leurs commentaires. 

Message du bord d'Alan Roura, La Fabrique
"C'est lundi à bord de La Fabrique, fini le week-end, les vacances à la mer...
J'avoue ne pas avoir été au maximum cette nuit, j’étais prêt à perdre quelques milles pour être en forme au passage du Cap vert en début de soirée. Je ne sais plus combien de fois j'ai passé ces îles, mais je n’ai pas un seul souvenir de navigation tranquille dans ce coin. 
Le vent est d'environ 15 à 18 nœuds et la Bigoudène file toutes voiles dans le vent. J'essaye d'avoir une route qui me permet de passer un minimum au large dans l’Ouest, pour ne pas être trop dérangé par le dévent. J'ai quand même  l'impression de prendre plus ou moins cette route chaque année...
À bord, toujours rien à signaler, La Fabrique navigue à merveille, toujours aussi physique au niveau des manœuvres mais je ne m'en sors pas trop mal. Je m'habitue aussi aux « petites vitesses »... Quand je suis en dessous de 13 nœuds je pète un plomb, mais ça en devient dangereux de toujours vouloir aller plus vite. Je n'ai pas trop perdu cette nuit au final. J'attendais avec impatience le pointage de ce matin et j'étais presque étonné. J'ai fait une route approchante de Romain Attanasio en latéral, ce qui m'a fait perdre en route direct. Et il ne fallait pas l'oublier car il est là, et même bien là : le père Eric Bellion ! Quelle route, chapeau bas ! Je suis vert ma poule, j'étais si fier de t'avoir mis 100 milles ! Et voilà…. Mais ce n'est pas fini, la route est longue. Et bon, un Finot de 2007 contre ma belle Bigoudène... Je dois arrêter de rêver ! Ce n'est pas que je m’ennuie avec vous, mais j'ai le café sur le gaz et la météo à étudier pour la suite : trouver un passage pour le Pot au noir. Ça semble ne pas être pire pour le moment. Mais comme toujours, la météo reste des prévisions, alors je vais me fier à mon instinct et espérer que ça passe bien. C'est vraiment un coin compliqué, entre le Cap vert et l'équateur, il faut être vigilant.
Un bon lundi à tous. C'était le petit Suisse au large, sous 26° grand soleil et petite musique afin de bien commencer la journée à bord de La Fabrique !"

 

Rich Wilson, Great American IV
"Le bateau va bien et je vais bien. Nous avons plusieurs petits problèmes avec le pilote et l’hydrogénérateur. Beaucoup de travaux de réparation. Mais je dors bien depuis deux nuits.
Je travaille deux heures par jour sur le programme éducatif. J’écris des sujets pour les enseignants et des réponses aux questions des jeunes autour du monde. Je suis très satisfait du programme. J’ai la chance d’être ici. J’ai beaucoup de bonne nourriture ici. C’est correct. Mais je pense qu’après la course je ferai mon premier dîner au buffalo grill. Actuellement nous avons 13 nœuds de vent. Le bateau avance à 11 nœuds. J’ai le gennaker. Le pot au noir est une bonne occasion pour moi de reprendre quelques milles aux leaders."

 

 

 

 

Sébastien Josse, Edmond de Rotschild
"Je viens de rentrer dans le Pot-au-Noir. C’est pas très poussif. On est rentrés dans un grain avec Vincent Riou. Le vent a fait un tour à 360 degrés et il y a 2 nœuds de vent. On est un peu collés à la piste. C’est calme, glacis, il pleuviote, un petit mètre de houle résiduel. Le ciel est sans couleur. On n’arrive pas à distinguer d’où va venir le vent, si il y a un grain ou pas. Ça nous tombe dessus quand ça a envie. Ça peut être plus favorable d’aller à l’Ouest mais ce matin ce n’était pas vraiment un choix. Le vent est passé au Sud donc on a fait un bord. C’est juste un nuage qui nous a emmenés à l’Ouest. Au début de la matinée on avait 6 milles d’écart avec Armel le Cléac’h et là j’en ai 45. C’est juste la magie du Pot-au-Noir. Et là ce n’était pas un choix de prendre 45 milles de latéral.
Je regarde la météo, mais les dés sont jetés. Vu la largeur du Pot-au-Noir, je dois juste subir, j’avance à la vitesse d’un escargot. On choisit une porte d’entrée et après il y a une forme de réussite. Il y a des grains qui se forment et qui se déforment. On verra demain ou après-demain. Un grain se crée et se défait en 6 heures, pas de prévisions fiables là-dessus. J’ai fait plus de changements de voiles que depuis le début de la course, et ce n’est pas fini ! Même si on ne sort pas bien du Pot-au-Noir, la course est longue, tout peut arriver. Je sais qu’Alex Thomson est un client. Personne ne s’en occupe mais il a montré sur la NYC-les Sables qu’il pouvait nous coller 80 milles en une nuit. Il a un bateau hyper rapide. Il s’en sert de mieux en mieux. Il faut faire très attention à lui."

Arnaud Boissières, La Mie Câline.
"Ça va. J’ai eu une nuit agitée. Je suis passé près du Cap-Vert et j’ai pas mal été perturbé. Je n’ai pas été très vite. J’ai fait beaucoup de changements de voile mais ça n’a pas été très bénéfique. Depuis une heure j’ai l’impression d’avoir une vitesse plus normale. J’ai eu des poches plastiques dans le safran, dans l’hydro-générateur. Avant-hier je disais que je n’avais pas de poissons-volant mais j’aurais mieux fait de la fermer parce que je viens de passer une heure à nettoyer le pont et le cockpit. Par rapport à Bertrand de Broc et Louis Burton, je suis un peu vert mais j’ai joué trop près du Cap-Vert. C’est à la fois des concurrent sympas et des bateaux de même génération que le mien. Autant Kito (de Pavant) je le tenais, mais je voyais qu’il accélérait plus facilement que moi. Autant les deux de devant, on a le même potentiel. Ils vont jouer les éclaireurs pour le Pot-au-Noir.
J’ai fait le compte ce matin, mon premier passage d’équateur c’était en 2001, sur la Mini. Et là ça fera le 10ème. En 2001 j’étais bien placé et  j’ai un mauvais souvenir d’il y a quatre ans, j’avais fait un Pot-au-Noir catastrophique.  
Depuis deux jours je regarde les cartes satellites. Un coup c’est bien, un coup c’est moins bien."

La motivation d’un troisième Vendée Globe
"Il y a de la compétition, chacun fait un peu sa course avec un ou deux bateaux à côté. Le goût de la solitude. On fait trois mois en mer et la première semaine est passée super vite. Les bateaux sont formidables. C’est un mélange de tout ça. La compétition, l’aventure, la joie ou les peines. Cette nuit quand j’étais à 6 nœuds, je rageais un peu.  C’est le bonheur et le malheur de la course en solitaire qui fait que j’y retourne à chaque fois. Mais je ne suis pas non plus vieux de la vieille."  

Alex Thomson, Hugo Boss 
“Jusqu’ici tout va bien, car j’ai gardé du vent. Mais là, il commence à faiblir. Au lieu de gros nuages habituels, j’ai de la pluie depuis de nombreuses heures. Il reste beaucoup de route à faire pour sortir du Pot au Noir. J’espère passer le moins de temps possible dans cette zone et c’est pour cela que je suis allé vers le sud, voire un peu vers l’est. J’espère être le premier à trouver un vent soutenu de l’autre côté. On peut regarder les fichiers GRIB, mais cela ne te donne pas grand’chose. On peut également regarder les photos satellite, qui montre l’angle du vent à un moment donné. Mais il faut compter sur un peu de réussite aussi. Ce n’est pas une science exacte. Je regarde plutôt les nuages qui arrivent car je veux en sortir rapidement. On peut être arrêté à tout moment et y être englué pendant des heures. Je n’ai pas encore regardé l’Atlantique Sud. Je me concentre sur la sortie du Pot au Noir.”

 

 

Louis Burton, Bureau Vallée.
"J’me régale. Je n’ai jamais vu ça. Je ne m’attendais pas forcément à un tel rythme. Il y a quatre il y a eu plein de casse dès le début et en 2008 aussi. Là on sent qu’il y a un super niveau de préparation sur les bateaux. Que les conditions ont été vraiment tops. Du coup ça envoie, c’est bien.  On ne pouvait pas faire mieux pour rentrer dans la course. Ça s’est super bien passé sur la préparation pendant l’année, les trois semaines aux Sables et le week-end du départ. Il y avait tous les gens que j’aime. Tout le monde était vachement serein. Je n’avais pas de pression. Au départ, la première nuit, le vent n’était pas stable. On a pu aller assez vite. Ça aide à se mettre dedans. Je suis arrivé au Cap Finisterre plutôt pas mal. Ça s’est bien passé pour tout le monde. Et après, l’autoroute depuis 3 jours. C’est assez dingue. Je suis en train de finir de passer le Cap-Vert. Même si je suis passé, il y a toujours un peu de dévent. C’est un peu merdique. La mer s’est calmée, il y a 13 nœuds de vent. Je fais cap au Sud. Ça me permet de bricoler un peu ce qui a souffert. Je suis en t-shirt, torse nu, tout va bien à bord. Il y a un peu de travail mais c’est cool. Depuis trois jours on était entre 15 et 22  nœuds donc ça tapait. Je range aussi la soute à voile car les 4 voiles de portant ont servi. Franchement c’est bien, on a le Pot-au-Noir qui approche. C’est cool. Avec Bertrand de Broc on s’est retrouvés après nos différents décalages dans l’Ouest. On s’est recroisés dans les alizés. On a navigué pendant une dizaine d’heures à vue, on s’est parlé à la VHF deux ou trois fois, on s’est raconté des conneries. C’était plutôt sympa. Avec Bertrand on s’en fout un peu de se jauger. On ne se cache pas. Forcément on veut savoir quelles voiles l’autre a. Il n’y a pas d’intox entre nous. On est suffisamment potes."

Paul Meilhat, SMA
"J’ai eu les premiers grains en fin de nuit. Ça se passe plutôt bien puisque j’ai bénéficié de vents assez forts pendant 5 heures. Ça m’a permis d’avancer. Je commence à sentir le vent qui retombe à nouveau. Je me prépare pour une nouvelle zone d’instabilité. Je regarderai sur les images satellites si un chemin se dessine. J’ai réussi à me reposer un peu cette nuit. Ce matin c’était très physique car il y avait de grosses rafales dans les grains. C’est un peu plus calme maintenant. J’en ai profité pour faire pas mal de météo et manger. Si j’arrive à me reposer quelques petites tranches avant ce soir ça serait bien car la nuit risque d’être difficile. Je pense m’extraire du Pot-au-Noir demain matin voire en fin de nuit pour la zone d’instabilité. Je m’attendais un peu à ce rythme de course. Les conditions étaient bonnes et quand c’est le cas, il y a beaucoup de bateaux qui sont dans le match. Tout le monde peut attaquer un peu. A partir de demain on va se retrouver en quasiment une semaine sur le même bord.
C’est sympa de se croiser avec Morgan (Lagravière). En distance on est loin mais au classement on est proches. Il faut voir ce que ça va donner pendant ce Pot-au-Noir. On a pu échanger à la VHF assez souvent. Ça fait du bien d’avoir les copains à côté. Moi c’est mon premier Pot-au-Noir donc je suis en découverte. Je me suis replongé dans les documents de Jean-Yves Bernot (météorologue). C’est toujours difficile, il y a une grosse part d’aléatoire. Il faut un peu de feeling, ressentir les choses. La première s’est bien passée, on va pour la deuxième."