28 Novembre 2016 - 20h35 • 16467 vues

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Ce Vendée Globe, ils en ont rêvé. Ils sont venus chercher le graal de la compétition et de l’aventure humaine. Ils savent qu’ils sont chanceux d’être en course alors que leurs « potes » ont abandonné (Bertrand de Broc, Vincent Riou, Morgan Lagravière et Tanguy de Lamotte) et de poursuivre leur but ultime : revenir aux Sables d’Olonne, forts d’un bon résultat, fiers d’être arrivés au bout. Ces marins, nos héros, se lâchent parfois, peu pour certains, beaucoup pour d’autres. Du bout des lèvres, entre vacations et vidéos, voici leurs mots… perso.

Le soleil est couché à l’Est du cap de Bonne Espérance, et finit de poindre dans l’Atlantique sud. Voilà trois semaines que les skippers ont quitté la terre, quitté leurs familles, leurs amis. Les compétiteurs en tête de flotte ont depuis le départ mis leur cerveau sur « on », en mode régate à tout prix. En queue de flotte, notamment pour les bizuths (Romain Attanasio, Eric Bellion, Fabrice Amedeo, Pieter Heerema, Enda O’Coineen…), c’est la découverte chaque jour de rester seul en mer longtemps, avec en point de mire ces mers du Sud, aux lumières magiques racontées par ceux qui y sont passés, mais aussi aux vagues géantes et au ciel plombé. Que leur manque t’il ? Comment vivent-ils dans leur maison de carbone ? Quelques réponses glanées entre hier et aujourd’hui…

Yann Eliès, Queguiner-Leucémie Espoir : « Ça fait déjà 22 jours de mer. Des fois, le réveil est difficile. On se demande ce qu’on fout là. On rêve même qu’on est dans un lit bien douillet et qu’on va aller chercher se préparer un café et des croissants. Finalement au réveil, on a le cul trempé, on est à bord du bateau. On a un peu de déception au réveil et puis les yeux qui collent et le cerveau embrumé. Il y a deux trucs qui me manquent, la douche et les fruits. Je me suis forcé il y a deux jours à prendre une douche à l’eau de mer. Bien que ce soit froid, ça fait quand même du bien. Hier, ma femme m’a envoyé un message en me disant qu’elle s’était levée tôt. Ça me manque aussi le dimanche matin, d'aller chercher le pain et le journal avant de s’installer en famille."

Stéphane Le Diraison : « La seule chose qui me manque, c’est ma famille. C’est un vrai paramètre à gérer. J’aimerais être plus égoïste, mais ma femme et mes filles me manquent. Là tout va bien, j’arrive à bien manger. Pas de frustration ou de manque. Comme on est en dette de sommeil, quand on fait des phases assez courtes on rentre vite dans le sommeil dans lequel on rêve. On rêve de trucs complétement incroyables. Au réveil on est un peu en manque de lucidité. Je m’astreins à ne pas manœuvrer dans les 10 minutes après mon réveil. » 

Eric Bellion, CommeUnSeulHomme : « C’est une aventure à tout niveau que je découvre là. Je ne sais vraiment pas jusqu’où je vais aller. Je vais aller voir le Sud, voir ce que ça donne, voir si je suis capable de le faire. Le plus difficile c’est de développer cette confiance en soi. L’IMOCA et le Vendée Globe c’est une bonne école pour ça. Depuis 3 semaines, je découvre un nouveau truc tous les jours. C’est une aventure sans concession. Ça m’a pris une heure pour virer. C’est une dépense d’énergie colossale. Le fait que le bateau accepte d’aller dans la bonne direction, c’est une putain de victoire. Je lève les bras à chaque fois. Marcus Hutchinson me disait : « Une manœuvre réussie, c’est une catastrophe évitée de justesse. » Il faut imaginer qu’un virement raté, ça fait un vrac : le bateau penché de l’autre côté avec la quille du mauvais côté, tout le matériel du mauvais côté, avec les ballasts du mauvais côté. C’est l’enfer à rattraper. J’ai toujours cette hantise de rater cette manœuvre. Tu ne peux pas avoir peur sinon t’arrêtes. D’où l’intérêt d’être reposé. "

OM / M&M