Actualité

Ô temps ! Suspends ton vol

Photo sent from the boat Spirit of Yukoh, on December 3rd, 2016 - Photo Kojiro ShiraishiPhoto envoyée depuis le bateau Spirit of Yukoh le 3 Décembre 2016 - Photo Kojiro ShiraishiC'est la tempête dehors. On a 40 à 50 noeud, avec des vagues de 6 mètres

« Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages, / Dans la nuit éternelle emportés sans retour, / Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges / Jeter l’ancre un seul jour ? » Ainsi Lamartine au bord du lac du Bourget, exprimait-il sa détresse de l’intense souvenir d’un amour perdu. Mais pour les deux duellistes enferrés dans les tourments d’un autre type de dépression, il est temps aussi de suspendre le vol… L’océan dit pacifique est ombrageux, tout comme Poséidon lorsqu’il vit Amphitrite fuir son désir : l’ébranleur des sols et des mers tournerait-il son courroux vers les antipodes ? Il faut croire que son trident zèbre d’un lancé rageur les ondes zélandaises quand son frère fustige les cieux de ses dards foudroyants. La tempête rage et les hommes, pauvres marins isolés au sein de ces humeurs célestes, n’ont plus qu’à préparer offrandes et ex-voto pour contenter les Dieux.

Les calmes après la tempête

Car si leurs poursuivants ont déjà connu les affres de coups de chien à répétition dans l’océan Indien, il aura fallu patienter jusqu’au Pacifique pour que la première grosse tempête vienne ballotter les deux leaders. Plus de 40 nœuds fichier ! Cela signifie que ce flux puissant de Sud-Sud Ouest génère des rafales à plus de 55 nœuds et une mer escarpée, déferlante, chaotique parce que les lames venues de l’Antarctique percutent les vagues initiées par le front tasmanien qui vient décoiffer les moutons néo-zélandais… Il ne fait pas bon traîner dans les parages tumultueux des antipodes. Et la situation va durer, au moins jusqu’à samedi soir. Mais une brise qui mollit ne signifie pas que les conditions de navigation vont réellement s’améliorer du côté de l’île Campbell !

Car une fois les dernières terres néo-zélandaises parées, il va falloir s’engager dans ce long, très long périple au travers du Pacifique, aux abords du « mur des glaces » parce qu’il faudra rester accrocher à ce reliquat de dépression qui virevolte vers l’Antarctique en laissant dans sa traîne un bien maigre filet de vent. Une fois les montagnes russes passées, c’est le train fantôme des zéphyrs inconstants qui devrait calmer ce cirque nautique qui va aussi désespérer leurs poursuivants. L’objectif sera alors de se raccorder à l’anticyclone qui gonfle comme un crapaud en rut et qui va s’étendre au milieu de nulle part, au cœur de ce Pacifique Sud qui méritera alors bien son nom…

Trois en un !

Les deux leaders devront alors réinitialiser leurs repères car d’ici deux jours dans le Sud-Ouest de l’île Chatham, Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII) et Alex Thomson (Hugo Boss) franchiront l’antiméridien, la ligne virtuelle qui définit le passage d’un jour… au même jour ! Ainsi ce week-end va durer trois jours pour les duettistes. Deux dimanches pour le prix d’un. Et quand il sera midi à Paris, il sera minuit au large de la Nouvelle-Zélande, 19h au cap Leeuwin, 16h aux Kerguelen et 14h à Bonne-Espérance… Non seulement les solitaires ont la tête en bas, mais dorénavant les premiers auront l’heure à l’envers !

Et cette tempête qui va imposer de faire le dos rond toute la journée, est poursuivie par une dépression moins violente qui propulse aussi le couple suivant en avant d’un front efficace : Paul Meilhat (SMA) et Jérémie Beyou (Maître CoQ) peuvent allonger la foulée et grappiller des latitudes plus Sud vu que le « mur des glaces » glisse progressivement du 45°30S au 51°30S pour passer sous la Tasmanie. Or naviguer au plus Sud, c’est aussi raccourcir la route vers le Pacifique. Les deux hommes vont ainsi voir défiler les longitudes dans un flux d’Ouest modéré, échappant ainsi à une cellule anticyclonique qui se propage dans leur sillage : Yann Éliès (Quéguiner-Leucémie Espoir) et Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac) risquent fort d’en payer le prix en voyant que Jean Le Cam (Finistère Mer Vent) et Thomas Ruyant (Le Souffle du Nord pour le projet Imagine) reviennent avec un nouveau front plutôt maniable et propulsif…

Très au large des Kerguelen

Quid alors du pack suivant qui concède 1 200 milles à leurs devanciers ? Si ce n’est pas une tempête, c’est tout de même un bon coup de tabac qui sévit au large de l’archipel de Crozet ! Un noyau dur descend rapidement du Nord-Ouest et va couvrir le « club des cinq » : Stéphane Le Diraison (Compagnie du Lit-Boulogne Billancourt), Nándor Fa (Spirit of Hungary), Conrad Colman (Foresight Natural Energy), Arnaud Boissières (La Mie Câline) et Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut) devraient encaisser un bon coup de pied aux fesses cet après-midi avant que ce front ne les croque à la nuit tombée. 300 milles devant, Louis Burton (Bureau Vallée) en profitera aussi mais avec une journée de décalage et sa position plus méridionale devrait lui permettre d’en bénéficier plus longtemps, le temps justement de déborder largement l’archipel des Kerguelen et peut-être d’éviter la grosse molle qui se profile dans la traîne de cette perturbation.

Enfin si le Hollandais Pieter Heerema (No Way Back) a judicieusement choisi de rester sur le 40°S pour éviter les mauvais coups, ce n’est pas le cas pour le quatuor international qui s’est regroupé à l’occasion de sa rentrée dans l’Indien : l’Irlandais Enda O’Coineen (Kilcullen Voyager-Team Ireland), le Suisse Alan Roura (La Fabrique), le Français Éric Bellion (Commeunseulhomme) et l’Américain Rich Wilson (Great America IV) vont devoir enchaîner les empannages dans une brise relativement modérée de secteur Ouest pour tout le week-end. Pas de stress, mais du boulot sur le pont.

Et du travail, Romain Attanasio (Famille Mary-Étamine du Lys) en a ! Il est toujours au mouillage au pied du cap de Bonne-Espérance pour stratifier ses safrans : déjà 36 heures qu’il marne en Afrique du Sud… Une contrée que l’Espagnol Didac Costa (One Planet-One Ocean) ne verra pas puisqu’il devrait passer à plus de 400 milles dans son Sud la nuit prochaine… Et ce week-end pour Sébastien Destremau (TechnoFirst-faceOcean) qui sera ainsi le dernier des vingt-deux solitaires encore en course à pénétrer dans ce « pays des ténèbres » où il fait « jour » vingt heures quotidiennes !

Temps de passage à la longitude du cap Leeuwin depuis Les Sables d’Olonne

1-Armel Le Cléac’h : 28j 20h 12’

2-Alex Thomson : 29j 01h 28’ à 5h 16’ du premier

3-Paul Meilhat : 31j 21h 38’ à 3j 01h 26’

4-Jérémie Beyou : 32j 05h 45’ à 3j 09h 33’

Dominic Bourgeois

Snap code

Retrouvez-nous sur Snapchat
vendeeglobe2016