24 Décembre 2016 - 14h36 • 17116 vues

Partager

Article

En queue de flotte, Sébastien Destremau (TechnoFirst-faceOcean) file vers le Nord pour éviter le gros de la dépression qui arrive derrière lui. Sébastien indique également qu'il va s'arrêter 24h au mouillage pour faire le tour du bateau avant l'entrée dans le Pacifique. Un Pacifique qui s'apprête à accueillir Alan Roura (La Fabrique) et Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut) plutôt froidement : une tempête va faire rage dès lundi au sud de la Nouvelle-Zélande, beaucoup de prudence s'impose... Yann Eliès (Queguiner-Leucémie Espoir) navigue en mode figariste depuis 24h pour sortir d'une nasse sans vent. Du boulot en ce jour de Noël !

Sébastien Destremau, TechnoFirst-faceOcean
« J’ai 25 nœuds de vent, un grand soleil, une mer un peu chaotique mais ce sont des conditions exceptionnelles. Ce n’est un presque démâtage suivi d’un quasi chavirage et des côtes cassées qui vont nous arrêter. On va finir le Vendée Globe avec les dents… Je me suis très abîmé les côtes car j'ai valdingué à l’intérieur du bateau. Mais ce qui compte, c’est que le bateau soit en bon état. On va faire du Nord-Est, car il y a un gros coup de vent qui arrive demain. Je vais donc aller me cacher au Nord. J’étudie sérieusement un arrêt, avec les meilleures options possibles. Je veux m’arrêter 24 heures dans une baie en Australie occidentale ou en Tasmanie. Avant le Pacifique, je veux m’arrêter. Je ne peux pas aller en haut du mât, il y a trop de mer. On a peu navigué sur le bateau avant le départ du Vendée Globe, et j’ai fait un demi tour du monde depuis. Je ne sais pas si c’est comme neuf ou à la limite de la rupture. Il y a le gréement et d’autres choses à vérifier avant l’entrée dans le Pacifique. Ca rague, il suffit qu’un petit truc ait trop frotté et en deux minutes le mât peut tomber… Je n’ai rien pour Noël ! Même en général, je n’ai pas de bouquin, pas de musique… Je laisse tout ça aux terriens, Noël y compris. Mon Noël est chaque jour. Etre encore en course et passer un jour de plus me suffit ! »

Fabrice Amedeo, Newrest-Matmut
« Je suis sous gennaker, la mer est plate, je suis dans l’anticyclone, ça va être un  Noël tranquille. Je suis au foie gras et la nuit tombe.  Je me fais un Noël en solo dans les mers du Sud. Un Noël au calme, c’est agréable. Mon équipe m’a envoyé un message pour m’expliquer où était le sac à cadeaux. Il est caché quelque part, je vais ouvrir mes paquets. Ca va âtre sympa ! L’anticyclone arrive à point nommé. Je range le bateau et je me prépare à la grosse dépression qui nous attend au niveau de la Nouvelle-Zélande. Cette grosse dépression sera devant nous, j’ai un bon timing pour arriver dans sa traîne tandis que mes petits copains devant vont devoir ralentir, donc je vais essayer de reprendre quelques milles sur eux. La seule chose qui compte c’est d’arriver aux Sables bien sûr, mais quand j’étais sous-toilé avec ma grand-voile à trois ris, c’était pénible. Lundi, on va toucher des vents forts. Plus tu es Nord, moins tu as de vent, au Sud, ça sera 60 nœuds fichiers. Il va falloir mettre le curseur au bon endroit. Je vais éviter d’aller dans plus de 45 nœuds, les bateaux sont fatigués, je pense qu’on sera tous raisonnables. On se fera un Skype avec mes filles demain pour qu’elles me débrief leur Noël… Elles me manquent terriblement, mais c’est mon choix d’être là. »

Alan Roura, La Fabrique
« Nous ne sommes pas loin avec Eric (Bellion), donc on s’est dit que c’était vraiment dommage de ne pas se voir. Chacun a mis le cap en direction de l’autre, on est encore côte à côte, on discute à la VHF, c’est le rayon de soleil de cette journée grise. J’aime beaucoup Eric, ça me fait plaisir de passer cette journée de Noël avec lui. Je me fais un petit plat sympa ce soir, mais finalement, c’est une journée comme une autre car je suis tout seul à l’autre bout de la terre. Le passage dans le Pacifique, c’est quand même un grand moment. L’Indien est derrière, je suis très heureux d’avoir passé cette étape. Enda fait route vers nous, on est en attente de lui car il n’a plus de cartes, il a des gros soucis informatiques, on va donc lever le pied jusqu’au 26 décembre pour laisser passer la dépression. On reste groupé et on repartira en course le 26 au soir. Personne n’a envie de se prendre 50 nœuds dans le Pacifique. Je lève le pied, je n’ai pas envie d’emmener mon bateau dans la tempête. On est très proche avec mon bateau, je commence à bien l’avoir en main. Je sais ou placer le curseur. Comme Eric, on a passé 49 jours non stop avec nos bateaux, on prend confiance en nous et en notre bateau. Le Pacifique me fait tout de même moins peur que l’Indien. »

Yann Eliès, Queguiner-Leucémie Espoir
« C’est fatiguant parce qu’il n’y a pas de vent, je suis en mode figariste depuis 24h. J’essaie d’exploiter au mieux chaque risée pour sortir de cette nasse. Ce n’est pas si simple. Il faut manœuvrer pour grappiller des milles qui nous emmènerons vers la sortie de ce pot de pus. J’ai eu ma famille hier, je suis allé chercher mes cadeaux qui baignaient dans la flotte. J’ai eu une petite  vidéo de 30 mn de toute la famille et la belle famille, les copains, j’ai pris du temps pour regarder ça, ça m’a bien regonflé à bloc… Je me donne à fond, dès que j’aurais touché du vent, j’irais me reposer. Etonnamment, il y un peu de courant… Je trouvais que je n’avançais pas, et j’ai remarqué que parfois il y a un nœud de courant. Et puis j’ai la zone interdite à négocier, je suis à 12 milles… Il faut donc sans cesse jouer avec le vent, le courant, la houle, il faut progresser vers l’Est. J’espère que dans deux-trois heures ce sera plus stable. Jean pierre va ressortir de là avec 300 milles d’avance, il est déjà reparti. Avec Jean (Le Cam), on aura une dépression vers le 26 ou 27 décembre. Elle ne sera pas si creuse que ça… Jean va peut être revenir. L’objectif, c’est d’arriver au Horn avec le bateau en bon état, ça va se jouer dans la remontée de l’Atlantique, c’est la plus compliquée stratégiquement parlant, tout le monde est en plus fatigué et usé. Je suis très à l’écoute du bateau. Il est nickel. On est quand même marqué physiquement. On ne sort pas beaucoup dehors, on est un peu palôts… Vivement les latitudes raisonnables, mais ce ne sera pas avant dix jours… »