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Remise au Pot !

Pot au Noir le 7 Janvier 2017 à 8h00
© Great Circle

Décidément, on ne s’y fera pas ! On a beau le passer des dizaines de fois, il n’est jamais pareil, jamais à la même place, jamais tranquille, jamais stable, jamais prévisible, jamais fini… Parce qu’on croit à un moment apercevoir une éclaircie qui indiquerait la porte de sortie, mais voilà un nuage qui arrive par derrière et qui fout tout en l’air. Déjà qu’il fait une chaleur si torride qu’on pourrait faire cuire un œuf (s’il y en avait encore à bord !) sur une plaque de carbone. On a beau s’emmitoufler dans un turban, se mettre des couches de crème solaire, changer de t-shirt après chaque manœuvre, boire des litres d’eau dessalinisée, ouvrir tous les panneaux pour aérer l’intérieur, ça suinte de partout…

Et là bas, ce truc tout noir qui cache cette belle lune et darde ses piques lumineuses en grondant ses tonnerres assourdissants, ce monstre anthracite qui largue un rideau de gouttes aussi grosses que des noisettes, ce démon informe qui virevolte sur lui-même comme un derviche tourneur avant de fondre sur l’horizon, ce grain de folie qui déferle sur le bateau en rugissant ses souffles nauséabonds, que va-t-il réserver à l’être qui erre à la recherche d’une petite brise vaporeuse et établie ? Une douche d’abord, un déluge plutôt, une lance à incendie, une trombe d’eau telle que l’étrave disparaît sous ce voile épais, dense, violent, rageur. La température chute de près de 10°, la mer est aussi sombre qu’un trou noir, le vent s’envole vers d’autres cieux… Avant de revenir comme une gifle de l’autre bord, histoire de mettre tout en vrac. Et à peine la situation remise en ordre, que le chaos resurgit de nulle part pour une nouvelle série interminable.

Plein pot dans le Pot...

Voilà ce Pot, aussi noir qu’un tunnel, aussi glauque qu’un marais, aussi inconsistant qu’un sable mouvant, aussi infernal qu’un marteau piqueur. Mais habituellement, il se colle à l’Afrique, du côté de la Sierra Léone en envoyant un tentacule de plus en plus étroit vers le Brésil. Habituellement, le passage autour du 32°W pour remonter vers l’Europe est peu marqué et le ralentissement passager. Cette fois, l’Atlantique Nord est bouleversé par une dépression au large de Madère et elle ne se comble que très lentement. Il en résulte une cassure des alizés entre les Canaries et le Cap-Vert, alizés qui sont rejetés vers la Guyane. Or non seulement cette configuration météorologique perdure plusieurs jours (toute la semaine prochaine), mais en sus elle se dégrade ! Le petit Pot devient une marmite…

Et comme ces alizés asthmatiques ont une composante Nord-Est voire Nord au milieu de l’Atlantique, les leaders vont devoir longer pendant des jours, ce Pot au Noir qui se transforme en large entonnoir du Cap-Vert à Fernando de Noronha. Or les premiers solitaires n’ont pas d’autre choix que de gagner dans l’Est pour passer les Canaries : il n’y a pas d’ouverture du côté des Açores. Il faut donc s’attendre à une remontée très laborieuse et très pénible pour les deux leaders avec des écarts qui vont osciller au gré des effluves de ce Pot très noir. Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII) va devoir être très fort dans sa tête et très présent sur le pont pour contrer le retour d’Alex Thomson (Hugo Boss) qui, en position de chasseur, aura l’avantage de presque toujours naviguer avec son foil valide et qui aura semble-t-il quelques opportunités pour se démarquer tactiquement. La remontée de Jérémie Beyou (Maître CoQ) s’annonce un peu moins délicate, mais il lui faudra aussi passer par le Cap-Vert et les Canaries…

Les rois mages

La problématique est bien différente pour le triumvirat, mais les trois « rois mages » auront quelques offrandes à apporter… à Sainte-Hélène ! L’anticyclone est bien là, devant leurs étraves et il va se renforcer la nuit prochaine en s’étendant comme une limace du large du cap Frio jusqu’à Bonne-Espérance. La seule solution est donc de le traverser pour passer d’un régime de Nord-Nord Ouest à un flux d’Est : entre les deux, ce sont forcément des vents changeants, des brises évanescentes, des souffles erratiques. La position plus Ouest de Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac) apparaissait plus favorable ces jours derniers, surtout que le Niçois est 80 milles plus au Nord que ces deux concurrents. Mais Jean Le Cam (Finistère Mer Vent) et Yann Éliès (Quéguiner-Leucémie Espoir) vont avoir l’avantage de perforer ce centre mou plus franchement, plus rapidement, plus incisivement. Les trois compères devraient donc se retrouver au coude à coude, sur la même route, à quelques milles les uns des autres dès dimanche…

C’est tout bonus pour le septième puisque Louis Burton (Bureau Vallée) va pouvoir rapidement tirer sa révérence aux Quarantièmes Rugissants grâce à une belle dépression qui longe l’Argentine avant de se perdre vers les îles australes. Ce coup de fouet devrait lui permettre de rattraper près de 500 milles en 48 heures sur le triumvirat et de creuser un peu plus l’écart avec le Hongrois, Nándor Fa (Spirit of Hungary) étant alors en approche du cap Horn dans deux jours. Quant aux autres Pacifiques, seuls Conrad Colman (Foresigh Natural Energy) et Éric Bellion (Commeunseulhomme) vont profiter d’une perturbation antarctique tandis que Arnaud Boissières (La Mie Câline), Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut), Alan Roura (La Fabrique) et même Rich Wilson (Great America IV), ne pourront pas échapper au piège d’un anticyclone très collant. Pas de pot…

 

Dominic Bourgeois

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