Un jour, un livre...

La découverte de l’Amérique

« Mercredi 13 février 1493. Du coucher du soleil jusqu’au jour, il eut durement à lutter contre le vent et la mer gonflée et tempétueuse. Du nord-nord est, des éclairs jaillirent par trois fois dont il dit qu’ils étaient annonciateurs d’une grande tempête qui viendrait de ce côté ou du côté opposé.

Il alla toutes voiles carguées la plus grande partie de la nuit, puis il rendit un peu de toile et fit environ cinquante-deux milles qui font treize lieues.

Ce jour-là, le vent mollit d’abord un peu, mais bientôt il fraîchit et la mer se fit terrible. Les vagues se heurtaient et secouaient les navires. Il fit environ cinquante-cinq milles qui font treize lieues et demie.

Jeudi 14 février 1493. Cette nuit, le vent augmenta encore et les vagues étaient épouvantables. Allant l’une contre l’autre, elles se heurtaient, embarrassaient en se brisant sur lui la marche du navire qui ne pouvait avancer ni se sortir d’entre elles. L’Amiral avait fait hisser la basse voile du grand mât afin de dégager seulement un peu son navire d’entre les flots. Il alla ainsi trois heures et courut vingt milles. La mer devenait toujours plus grosse et le vent plus violent. Voyant le péril grandir, il s’abandonna à courir en poupe où le vent le portait, parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire. Alors la caravelle Pinta où allait Martin Alfonso Pinzon commença à courir aussi, puis disparut, quoique toute la nuit l’Amiral lui fit des signaux auxquels l’autre répondait, et cela jusqu’à ce que la violence de la tempête ne le lui permît plus et parce qu’elle se trouva fortement écartée du chemin de l’Amiral. Celui-ci alla cette nuit au nord-est quart est et parcourut cinquante-quatre milles qui font treize lieues.

Après le lever du soleil, le vent devint encore plus violent et la mer démontée plus terrible. L’Amiral ne gardait que la basse voile du grand mât, et très basse pour que le navire ne s’enfonçât pas mais pût sortir d’entre les vagues qui se croisaient. Il courut en direction est-nord est, puis au quart nord-est. Il alla environ six heures ainsi, faisant sept lieues et demie.

Il ordonna que l’on tirât au sort celui qui se rendrait en pèlerinage à Santa Maria de Guadalupe, lui portant un cierge de pure cire de cinq livres, et que tous fissent vœu que celui que désignerait le sort accomplirait le pèlerinage. Il commanda d’apporter à cette effet autant de pois chiches qu’il y avait de personnes sur le navire, d’en marquer un d’une croix au couteau et de les mettre tous, bien remués, dans un bonnet. Le premier qui y mit la main fut l’Amiral et il en tira le pois chiche à la croix. Ce fut ainsi que le sort tomba sur lui et, dès ce moment, il se considéra comme pèlerin, tenu d’accomplir le vœu. »

 

Extrait par DBo. du livre de :

Christophe Colomb - La découverte de l’Amérique (journal de bord et autres écrits, 1492-1493 - Éditions La Découverte (poche)

 

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