Chronique médicale

Authentiques

Photo sent from the boat Foresight Natural Energy, on January 13th, 2017 - Photo Conrad ColmanPhoto envoyée depuis le bateau Foresight Natural Energy le 13 Janvier 2017 - Photo Conrad ColmanMoonlight South Atlantic

Il y aura l’euphorie des surfs sans fin, la beauté sauvage des mers du Sud, le vol captivant des albatros, le passage du Horn, bien sûr, mais aussi et surtout la fierté des choix de route avisés, des manœuvres héroïques, la capacité à résoudre les aléas techniques ou physiques, les coups de blues et les douleurs, autant d’évènements qui s’impriment pour toujours dans la mémoire. Sur la carte, la trace du bateau en est le témoin visible. Une ligne rouge dont les méandres savent dire, là c’était le coup de vent, là l’option Nord, là la casse et là la réparation.
Grâce aux photos et aux vidéos, les images se fixent dans un temps qui se fige. Ce matin, les premières lueurs de l’aube annoncent déjà la couleur de la journée. Dans le noir d’une nuit sans lune, une imperceptible clarté est apparue là-bas à l’est. Elle a d’abord dessiné la ligne d’horizon puis s’est élevée lentement, dévoilant peu à peu les nuages. Le fond bleu marine s’est éclairci pour devenir turquoise, avant que le soleil naissant ne le colore de ses rayons orangés. Pour compléter le tableau, un groupe de dauphins s’est approché pour sauter autour de l’étrave, comme pour dire bonjour.
En bon reporter, vous avez filmé ce moment magique. Difficile sans doute de faire passer votre ressenti et la plénitude de l’instant, mais les images sont belles, comme une carte postale d’un endroit que peu de gens auront le bonheur de voir. Au-delà des difficultés, cette vie en symbiose avec l’océan est un aboutissement, un privilège dont vous avez pleinement conscience et dont vous voulez profiter, encore et à fond.
Regards en arrière sur ce parcours pour en arriver là. Le chemin est long, semé d’embuches et de renoncements. Beaucoup de candidats et peu d’élus. Paris, le métro, le dossier sous le bras. De rendez-vous reportés en convictions ébranlées, le temps passe et l’espoir s’amenuise. Les meilleurs bateaux sont déjà loués ou vendus. Mais l’équation est simple : pas de partenaires, pas de budget suffisant, pas de course.
Et puis l’obstination finit par payer. Ce jour-là vous sentez que votre projet suscite curiosité et intérêt. C’est maintenant ou jamais. Alors, devant le staff réuni, vous vous lâchez pour raconter avec vos tripes, la mer, le vent, les ciels d’Alizés, le bateau, les surfs dans les quarantièmes. Brutalement, dans ce sous-sol sans fenêtres, vous faites entrer le soleil, les embruns et les rêves d’aventures qui vont avec. Après, quand le contrat sera signé, les équipes de l’entreprise viendront à leur tour se fédérer autour de vous et du challenge. Pour l’instant, il faut répondre aux questions et à l’incontournable :
- Avez-vous des chances de gagner ?
- Très difficile. Mais le plus important est de faire partager cette aventure de l’extrême.  On a près de 3 mois pour le faire et il y a tellement à dire !
Le coup de fil du chargé de communication quelques jours plus tard. « C’est d’accord, on y va avec vous ». L’embellie enfin, la satisfaction d’avoir convaincu et le poids de cette confiance qui pèse maintenant sur vos épaules. Tout reste à faire, mais le plus dur est fait.
Vous avez emporté la décision, question de personnalité, de compétences, d’authenticité et l’enthousiasme. Au-delà de la rentabilité espérée, rien ne peut se faire sans ce déclic, cette sympathie entre le skipper et ses futurs partenaires. L’humain est bien au cœur de l’aventure sportive. Ici, dans cette épreuve de plus de 80 jours, ni stade, ni piste, ni caméras pour vous filmer. Pas de match, ni d’équipe victorieuse. Chaque skipper est, jour après jour, l’unique reporter de ses propres exploits.
Il y a les raconteurs d’histoires avec leur franc parler qui étonnent et amusent, les réservés qui savent susciter l’imaginaire, les performeurs précis et directs concentrés sur la course, les bons-vivants spontanés et simples, les communicants qui détaillent et expliquent, les sereins qui gèrent leurs soucis sans état d’âme, les éprouvés avec qui on partage l’injustice d’une mer cruelle.
Il existe peu de sports où les êtres s’exposent ainsi et pendant si longtemps, mais c’est sans doute la raison pour laquelle chacun d’entre-nous peut se sentir plus proche de l’un ou de l’autre. Pas besoin d’être spécialiste du Velocity Made Good, du Carbon Fiber ou des thalwegs.
Ce sont des personnalités véridiques que l’on découvre, que l’on admire et que l’on estime. Car ce sport n’est pas la performance d’une machine à muscles que l’on pousse pendant quelques secondes ou plusieurs minutes. En mer, sur une aussi longue période, l’exploit exige de l’endurance mais aussi du savoir-faire. A vous de gérer, seul, le sommeil, la nutrition, l’accident ou les maladies. A vous d’être mécanicien, électricien, électronicien, informaticien, météorologue, routeur, voilier, gréeur, spécialiste du carbone. A vous d’être scénariste, acteur, caméraman et monteur. Ici, l’exploit sportif ne prend tout son sens que dans une aventure humaine.
Certains se questionnent sur la capacité de chacun à mener ces machines extrêmes pendant si longtemps. N’y aurait-il pas un peu de chimie là-dessous ? La réponse est claire : impossible. Impossible par exemple d’utiliser un produit pour améliorer sa gestion du sommeil, même sur une durée limitée. A l’arrêt des pilules,  la fatigue masquée resurgirait exacerbée avec des pertes de vigilance et une désynchronisation du sommeil excessivement dangereuses. De même, impossible d’utiliser des produits pour améliorer sa résistance physique sans contrôles réguliers. Le danger serait de devoir en augmenter régulièrement les doses pour conserver leur effet, avant un effondrement général une fois l’organisme saturé.
Alors des muscles dopés et un éveil shooté ? Aucun n’y croit ni n’a le désir de jouer les apprentis-sorciers dans cette vie de solitaire autour du monde. La mer est un milieu trop hostile pour pouvoir tricher.
Au-delà, tous ont conscience du privilège de pouvoir naviguer dans une nature encore vraie, à défaut d'être intacte. Comment pourrait-on la respecter et y vivre sans être soi-même authentique ?
Dr Jean-Yves CHAUVE

 

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