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Du Golden Globe au Vendée Globe

Lamazou Vendée Globe 1989

En janvier 1988, quand il présente au salon nautique de Paris ce que sera le Vendée Globe Challenge (nom d’origine de la course), Philippe Jeantot a pris soin de s’entourer de deux parrains prestigieux : Robin Knox-Johnston et Bernard Moitessier. Pour le futur organisateur du tour du monde, la filiation entre les deux courses relève de l’évidence. Jeantot s’est bercé des récits de Moitessier, il sait l’admiration que vouent au navigateur au long cours des candidats potentiels à l’aventure aussi solides que Philippe Poupon ou Titouan Lamazou. Les deux ont eu l’occasion, alors qu’ils naviguaient sur Pen Duick VI avec Eric Tabarly, d’aller rencontrer Moitessier en Polynésie. Ils ont été marqués par l’homme, par son histoire… Petit retour en arrière.

Un tour du monde dans l’inconnu

C’est le journal britannique Sunday Times qui mit sur pied le défi, en 1968, sur les conseils de Sir Francis Chichester. L’idée était de lancer une course à la voile autour du monde, sans assistance et sans escale. Chaque marin pouvait décider de partir entre le 1er juin et le 31 octobre du port de son choix pour peu qu’il soit situé au-delà de 40°N (légèrement au sud de Porto). Ils furent, au final, neuf marins à s’engager dans l’aventure : seul Robin Knox-Johnston parvint à boucler le tour du monde en 313 jours.

Entretemps, Bernard Moitessier, qui fut son rival le plus déterminé, avait décidé à l’heure d’entamer sa remontée de l’Atlantique de continuer sa route vers le cap de Bonne-Espérance et le Pacifique. Aux abords du cap Horn, il avait joint un cargo en lançant un message à l’aide d’un lance-pierre : « Je continue sans escale vers les îles du Pacifique parce que je suis heureux en mer et peut-être aussi pour ne pas perdre mon âme. »

Un autre concurrent aurait pu damer le pion au navigateur britannique Robin Knox-Johnston, futur vainqueur : le Sud-Africain Nigel Tetley. Parti sur un trimaran en contreplaqué, il avait fait le plus dur et remontait vers l’Europe largement en tête quand il apprit qu’un autre concurrent, Donald Crowhurst, le talonnait. Ce que tout le monde ignorait, c’est que Crowhurst n’avait jamais quitté l’Atlantique et errait depuis des mois en diffusant de faux messages sur sa position. Tetley décida alors de reprendre la main et de pousser les feux de son voilier, qui finit par se disloquer et coula à 1200 milles de l’arrivée.

Quelques mois plus tard, on découvrit le bateau de Donald Crowhurst, vide, à la dérive avec, sur la table à carte, deux carnets de bord. Le premier décrivait un parcours inventé de toutes pièces autour du monde, quand l’autre relatait la folle dérive de son skipper avant sa disparition. Nigel Tetley avait tout perdu sur la foi d’un mensonge. Il ne s’en remettra jamais complètement et se suicidera trois ans plus tard.

Le mythe perdure

Neuf concurrents au départ, un seul à l’arrivée, le Golden Globe est alors apparu comme trop extrême. Il faudra attendre dix ans avant qu’un nouveau projet de course autour du monde ne voit le jour, le BOC Challenge. Il s’agit à nouveau d’une course en solitaire, mais ponctuée de trois escales : Le Cap, Sydney et Rio de Janeiro. Cette fois-ci, un certain nombre de règles encadrent l’événement : les bateaux seront des monocoques soit de 50 soit de 60 pieds et devront répondre à un minimum de règles de sécurité.

On retrouve au départ du BOC Challenge quelques-uns de ceux qui feront la renommée du Vendée Globe : Philippe Jeantot, qui remportera les deux premières éditions, Titouan Lamazou, entre autres… C’est à l’escale sud-africaine de Capetown que renaît l’idée d’un tour du monde en solitaire, sans assistance et sans escale. Mais les temps ont changé : en dix ans, l’architecture navale a fait des bonds de géant, les moyens de communication ont considérablement évolué.

Le BOC Challenge a montré la voie. Philippe Jeantot qui a noué des contacts privilégiés en Vendée avec le maire des Sables d’Olonne, Louis Guédon, et le président du Conseil général de Vendée, Philippe de Villiers, est bientôt en mesure de proposer la première version du Vendée Globe Challenge. Le départ est donné en novembre 1989 pour une flotte de treize bateaux entre 50 et 60 pieds. Sept d’entre eux parviennent à boucler le tour du monde. Titouan Lamazou, vainqueur en 109 jours, aura mis trois fois moins de temps que Robin Knox-Johnston, dix ans plus tôt.

Depuis le Vendée Globe n’a cessé d’évoluer : au fil des éditions, la sécurité des marins s’est améliorée en capitalisant sur les retours d’expérience des coureurs : crash-box et compartiments étanches en cas de voie d’eau, tests de retournement, trappes d’évacuation du bateau ont largement contribué à minimiser les conséquences des accidents de mer. Dans le même temps, les progrès de l’architecture, les nouveaux matériaux et la préparation sportive des skippers de plus en plus affutés ont aussi permis d’exploser les records. A chaque arrivée, ce sont en moyenne trois à quatre jours qui sont gagnés sur le temps de référence de l’édition précédente.

Résolument dans son temps, le Vendée Globe marche ainsi sur ses deux jambes : fidèle aux principes du mythe fondateur, mais tourné sans équivoque vers l’avenir.

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