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Damien Seguin : « J’arrive dans la cour des grands »

Damien Seguin
© Jean-Marie Liot

Le signe particulier de Damien Seguin : il est né sans main gauche. Un handicap qui ne l’a jamais empêché de courir au plus haut niveau, en catégorie handi et valide. Ces jours-ci, il était à Hyères pour disputer la World Cup en 2.4 mR (monocoque de 2,4 mètres), par amour de l’olympisme, mais aussi pour défendre les disciplines handivoile, disparues des J.O. de Tokyo, et que Damien souhaite voir revenir pour Paris 2024.
Accompagner et intégrer les personnes souffrant d’un handicap est aussi la cause qu’il défendra au large sous les couleurs de son nouveau partenaire, l’assureur Groupe APICIL et sa Mutuelle Intégrance. Sur la 40e édition de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe en novembre prochain, mais aussi, espère-t-il, autour du globe en 2020. Entretien.

Quelle a été votre démarche, le processus qui vous a conduit à vous engager dans ce projet en 60 pieds ?

Damien Seguin :
« L’idée de passer en Imoca n’est pas nouvelle pour moi. J’avais déjà ce projet quand j’ai commencé le Class 40 en 2009. Sportivement, j’avais envie d’évoluer, de passer sur des bateaux plus grands. Et là, c’était le bon timing : lancer les choses après les J.O. de Rio, surfer sur ma médaille d’or. Tout cela prend du temps. Depuis fin 2016, j’ai démarché pas mal d’entreprises pour présenter et expliquer le projet. Et ça a fini par porter ses fruits. Les discussions avec le Groupe APICIL ont commencé en octobre 2017 - quelques mois après un Tour de France à la Voile victorieux sous les couleurs de FDJ. Cela s’est officialisé début avril.

© Jean-Marie Liot
Quel est votre budget ?

D. S. :
Ce partenariat m’a permis d’acheter un bateau dont je suis armateur (l’ex-Comme Un Seul Homme, plan Finot-Conq de 2008) et j’ai un budget de fonctionnement correct qui me permet de faire la saison et de disputer la Route du Rhum. Mon partenaire principal apporte 70% du budget total. J’ai aussi un club de partenaires dont font aujourd’hui partie Axapa – éditeur de logiciel spécialisé dans le médico-social –  et Enidis (ex-ERDF), et nous sommes en discussion avec d’autres sponsors pour boucler l’année. J’ai récupéré le bateau il y a trois semaines, il est actuellement en chantier chez Jean Le Cam. Il sera mis à l’eau début mai.

Quelles sont les personnes qui vous entourent aujourd’hui ?

D. S. : Pour l’instant, je fonctionne avec les personnes qui ont travaillé avec Eric Bellion et qui connaissent bien le bateau, le tout sous la houlette de Jean Le Cam et son équipe. Le choix de Jean s’est fait pour plusieurs raisons. En termes de connaissance technique des bateaux, il n’y a pas mieux. Son chantier était disponible aux dates où nous souhaitions travailler. Lui et son équipe ont le temps de s’y consacrer. Il m’accompagne non seulement sur la phase de chantier et sur la mise au point, mais aussi sur l’eau puisque nous allons naviguer en double, en entraînement et en course, à commencer par la Douarnenez-Cascais… La discussion avec lui s’est bien passée : la spécificité de mon projet lui parlait, lui plaisait. Jean est dans la transmission. Et puis il est expert en optimisation avec un budget maîtrisé !

VG : Quels sont les travaux réalisés sur le bateau ? Vous avez évoqué des adaptations à votre handicap…

D. S. : En fait, le bateau est déjà en super état. Il a été très bien « refité » avant et après le Vendée Globe. Notre gros chantier, c’est la nouvelle décoration ! Les points d’amélioration et le travail sur la performance se feront au fur et à mesure. Quant aux adaptations, je n’en avais pas fait en Class40. Mais c’était un petit bateau. La particularité du 60 pieds, c’est qu’il y a une colonne de winch. Il faut adapter la manivelle à mon bras gauche pour que je puisse utiliser toute la puissance du haut du corps. On a réalisé un prototype en collaboration avec le Centre de Kerpape (centre spécialisé dans la rééducation, situé à Ploemeur) : un système qui ressemble à un manchon, qui me permet de pousser et tirer sur la manivelle. Nous allons l’essayer dès les premières navigations.

Ce projet, c’est un premier pas vers le Vendée Globe 2020 ?

D. S. : Oui, forcément. Pour moi, il était important de partir le plus tôt possible pour manger des milles, naviguer. C’est ma priorité. Je vais participer à un maximum de courses en Imoca pour gagner des points de qualification. Je n’ai pas l’ambition de gagner le Vendée Globe. Si j’ai misé sur ce bateau-là, c’est pour avoir un maximum de chances d’être au départ et à l’arrivée du tour du monde. C’est sûr que si l’opportunité d’acheter un bateau plus performant se présentait, j’étudierais l’option. Mais pour l’instant, je veux pouvoir naviguer. Partir sur un bateau fiable que l’on connaît bien est une des clefs de la réussite. Le Vendée Globe est une course par élimination.

Pour votre nouveau partenaire, le Vendée Globe est-il aussi en ligne de mire ?

D. S. : Le Groupe APICIL est un nouvel acteur dans le sponsoring voile, ce qui est super. Ils sont relativement novices dans le sponsoring sportif, en dehors d’une expérience dans le foot avec l’Olympique Lyonnais. Les équipes ont en tête l’objectif Vendée Globe mais, contractuellement, nous avons signé pour une année renouvelable. Nous ferons un point quelques jours après l’arrivée de la Route du Rhum. Aujourd’hui, je regarde toutes opportunités qui peuvent s’offrir à moi pour aller jusqu’en 2020. La spécificité de mon projet, avec des valeurs autour de la santé, du handicap, c’est une histoire qui ne peut que s’écrire dans la durée… Il faut que ce soit une belle histoire que l’on commence à raconter. Le fait de véhiculer ces valeurs, de parler à des publics différents, ça me motive vraiment.

© Jean-Marie LiotComment appréhendez-vous ce nouveau challenge et vos premières navigations en 60 pieds ?

D. S. :
Avec beaucoup d’humilité. Même si j’ai pas mal bourlingué en Class 40,  20 pieds en plus, ce n’est pas rien ! C’est un sacré défi physique. Il faut que je prenne la mesure de la bête. J’ai beaucoup de choses à apprendre. Et je vais prendre le temps de bien faire les choses. Je n’ai pas d’objectif sportif cette année : je veux être au départ et à l’arrivée des courses Imoca. Ne pas brûler les étapes. Cela me correspond. J’ai toujours essayé de franchir les étapes les unes après les autres. Aujourd’hui, mon arrivée dans cette classe n’est pas illogique. Je me suis attaché à ne pas passer pour un fou ! Avoir ce cheminement linéaire et cohérent, c’est important pour moi, pour l’entourage, pour tout le monde…. Je fais les choses dans le bon sens pour lever les freins sur les questions qui peuvent se poser quant à mon handicap. Je veux légitimer ma place au départ du Vendée Globe aux yeux de tout le monde.

Vous êtes donc un homme heureux ?

D. S. : Je suis super content d’arriver sur ce circuit. J’ai l’impression d’être dans la cour des grands. C’était un objectif que j’avais dans la tête depuis longtemps. Il se réalise et je suis comme un gosse. Mon histoire avec la course au large date depuis que je suis gamin.  Je suis né dans les montagnes, à Briançon. Mon père était guide de haute montagne. Mais j’ai grandi à Guadeloupe. Je me souviendrai toujours de l’arrivée de la Route du Rhum quand j’avais 10 ans… »

Programme prévisionnel

  • Début mai : mise à l’eau du bateau
  • Grand Prix Guyader à confirmer
  • 9 mai : Bermudes 1000 Race Douarnenez-Cascais en double avec Jean Le Cam. Possible navigation jusqu’aux Açores en double puis retour en solitaire
  • 23 juillet : Drheam Cup en solitaire
  • 4 novembre : Route Du Rhum - Destination Guadeloupe

 

Extraits du palmarès de Damien Seguin

  • Trois médailles aux Jeux Paralympiques en 2.4 mR : Or à Rio et Athènes, Argent à Pékin.
  • Quatre titres de champion du monde en 2.4 mR
  • Cinq saisons en Class 40 (2009-2014). 2e de la Transat Jacques-Vabre 2011.
  • Vainqueur du Tour de France à la Voile 2017

 

 

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