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Thomas Ruyant : le souffle du fort

Skipper's studio with Thomas Ruyant (FRA), skipper Le Souffle du Nord, during official launch of the Vendee Globe 2016 at Palais Brongniart in Paris, France, on september 14, 2016 - Photo Vincent Curutchet / DPPI
© VINCENT CURUTCHET / DPPI / Vendée Globe

Le temps passe. Parfois trop vite et trop lentement en même temps. C’est souvent le cas lorsque qu’on attend quelque chose et qu’une échéance approche ; l’écueil s’annonce à l’horizon et l’on ne peut que se laisser balloter par ces heures d’attente et leur cortège d’impatiences. Depuis qu’il a touché terre en Nouvelle-Zélande le 21 décembre 2016, après avoir héroïquement ramené son IMOCA coupé en deux dans une rencontre avec un Ofni, Thomas Ruyant court après le Vendée Globe 2020.

C’est qu’elle n’est pas finie l’affaire, pas plus que ne l’a été sa grande boucle autour des trois caps. Le Nordiste s’était pourtant pratiquement joué de l’Indien et il s’apprêtait à aborder le Pacifique dans une huitième position des plus méritoires. Et puis le choc, décrit comme aussi violent psychiquement qu’un accident de voiture, qui brise sa trajectoire.

Depuis, l’enfant de Malo-les-Bains n’a pas chômé. Une barre dans la main gauche pour naviguer le plus possible – « C’est mon métier, quand même » –, et la main droite tendue pour des franches poignées de main, raconter son histoire, évoquer l’avenir, convaincre et décrocher des budgets pour repartir autour du monde, Thomas avance.

Une victoire dans le soleil couchant

Côté navigation, ça se passe plutôt bien, merci pour lui. A l’automne 2017, il termine 4e de la Transat Jacques-Vabre en compagnie de Boris Herrmann à bord de Malizia II. Au printemps, avec son complice de presque toujours, Adrien Hardy, il remporte la Transat AG2R - La Mondiale après une lutte épique et une trajectoire empreinte d’astuce, d’audace et d’opiniâtreté. Une nouvelle victoire qui compte après la Transat 6.50 en 2009 et la Route du Rhum en Class40 en 2010 et qui vient conforter l’évolution de son statut dans le petit monde de la course au large.

Equipier prisé – et performant –, il émarge facilement parmi les skippers capables de gagner le Vendée Globe s’il trouvait un bateau à sa mesure. Il joue de modestie : « Je suis flatté que des super marins comme Boris ou Adrien, qui est un pilier de la classe Figaro et qui serait un énorme challenger s’il venait à courir en IMOCA, fassent appel à moi ».

Cette victoire dans une transat en double est forcément une bonne nouvelle quand on court après des sous. « Une victoire de ce calibre, cela permet d’enfoncer le clou auprès des gens avec qui je suis en contact, évidemment, mais c’est aussi un événement en soi. Et, cette arrivée à Saint-Barth, un jour férié, à l’heure de l’apéro et dans une lumière fabuleuse, c’était… beau ! »

Au printemps, Thomas était à Monaco pour les Monaco Globe Series, première étape de ce circuit jalonnant la route vers 2020 d’épreuves de renom qui seront autant d’occasions de compiler des milles pour se qualifier pour le prochain Vendée Globe. « Ces Imoca Globe Series sont une bonne chose, cela va dans le bon sens », disait-il. « Cela va dans le sens de la professionnalisation du programme, et de l’internationalisation. Ce n’est pas une mauvaise chose que les règles de qualification aient été durcies : ce n’est pas anodin d’aller faire un tour du monde ».

Retrouvailles avec Le Souffle du Nord

A Monaco, Thomas Ruyant a joué au co-skipper de Joan Mulloy, jeune navigatrice irlandaise au cœur du projet Kilcullen Team Ireland porté par Enda O’Coineen et piloté par Marcus Hutchison. La Irish Connection est venue faire ses armes en Méditerranée, et elle a trouvé assez astucieux – ça l’était – de faire appel à l’ancien skipper du bateau pour ce premier galop. Enda O’Coineen a en effet racheté l’ancien Souffle du Nord, qu’il a ramené lui-même de Nouvelle-Zélande au printemps, façon de boucler en deux fois ce tour du monde qui s’était refusé à lui en 2016.

« Ça m’a fait un petit quelque chose de retrouver mon bateau », raconte Thomas Ruyant. « C’était de l’ordre du clin d’œil très agréable, un peu comme si j’avais bouclé la boucle avec ce bateau, qui n’a pas changé et qui avance toujours aussi bien ».

Marcus Hutchinson, longtemps ange gardien de Paul Meilhat, pourrait faire partie du team que se constituerait Thomas s’il venait à décrocher un budget pour le prochain Vendée Globe. Tout comme Laurent Bourguès, directeur technique du Souffle du Nord lors de la précédente épopée. Pour cela, il faut que les contacts se concrétisent.

Le Dunkerquois fait le point sur sa situation : « Le projet Le Souffle du Nord était constitué de 180 entreprises et, forcément, je suis resté en contact avec un certain nombre d’entre elles, mais mon projet ne sera pas forcément nordiste. Je souhaite vraiment faire construire un bateau : il y a tellement de pistes à explorer, tellement de nouveautés à exploiter, que la conception en elle-même est un épisode extrêmement intéressant à partager. Et j’ai envie d’un bateau pour aller chercher un résultat. Ça, c’est mon plan A. Je n’ai pas encore vraiment envisagé le plan B (racheter un bateau existant), parce que je tiens à mener à bien ce plan A. J’ai évidemment des échanges avec des architectes et des chantiers, je fais avancer mon aventure en parallèle, afin d’être prêt à tout lancer le plus vite possible quand j’aurai signé avec mes partenaires. J’ai des contacts très avancés, j’espère que cela aboutira à des engagements dans les prochaines semaines, les prochains mois. Mais il ne faut pas trop traîner non plus : outre leur conception, ces bateaux nécessitent beaucoup d’heures de navigation… Et le temps passe ».

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