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Le droit de rêver

Fleet at start of the Vendee Globe, in Les Sables d'Olonne, France, on November 6th, 2016 - Photo Jean-Marie Liot / DPPI / Vendee GlobeFlotte au départ du Vendée Globe, aux Sables d'Olonne le 6 Novembre 2016 - Photo Jean-Marie Liot / DPPI / Vendee Globe

« Le Vendée Globe, c’est une course qui me donne le vertige. Naviguer dans les mers du Sud, mais aussi durer tout ce temps en solitaire, c’est une autre dimension par rapport à tout ce que j’ai connu. Je ne sais pas très bien comment j’arriverais à canaliser mes émotions le jour du départ, moi qui n’ai jamais passé plus de deux semaines en solitaire en course… »

Et pourtant la solitude, Ian Lipinski connaît. Double vainqueur de la Mini-Transat en bateau de série en 2015, en prototype en 2017, il s’est imposé sur la seule course au large qui oblige ses concurrents à n’avoir aucun contact avec la terre.

Fais ta route et ne compte que sur toi, pourrait être la devise de la Mini, pourvoyeuse de nombreux talents comme Ellen MacArthur, Sam Davies, plus récemment Thomas Ruyant ou bien encore Alan Roura. Et pourtant Ian Lipinski se dit qu’il risque fort d’être un jour de la partie.

« Parce que c’est la course ultime, celle que tout marin rêve de faire. Et peut-être qu’une journée en Mini sans aucun contact avec l’extérieur vaut une semaine en IMOCA, où on peut se connecter avec ses proches et son équipe tous les jours… Enfin, cela me permettra de savoir quelle sensation est la plus riche entre traverser l’Atlantique à dix nœuds de moyenne sur un bateau de 6,50m, les fesses au ras de l’eau, ou débouler dans le Pacifique à plus de vingt nœuds sur un IMOCA. »

Tanguy Le Turquais est, quant à lui, déterminé : « J’ai commencé à faire de la course au large dans cet objectif, d’être un jour au départ du tour du monde. Maintenant, il est hors de question de mettre la charrue avant les bœufs. Je veux partir dans de bonnes conditions et être un candidat crédible à l’aventure du Vendée Globe. » Après plusieurs années sur le circuit Mini, Tanguy a choisi de s’investir sur le circuit Figaro, deux écoles complémentaires qui devraient lui permettre de disposer des meilleurs arguments pour 2024. « Je m’inspire du parcours de marins qui ont pris soin de ne pas bruler les étapes, comme Xavier Macaire ou bien Isabelle Joschke… »

Y croire encore

Xavier Macaire, s’il a lui aussi commencé par le circuit Mini, s’est petit à petit pris au jeu de la recherche de performance et, logiquement, s’est orienté sur le circuit Figaro. Régulièrement sur le podium, à deux doigts de remporter la Solitaire, il estime avoir bientôt fait le tour de la question. « Bien sûr, il me manque encore une victoire significative sur le circuit, mais je sens le besoin de changer de dimension. M’engager sur un projet Vendée Globe semble le plus logique : la dimension technologique, la complexité des préparations, tout ceci m’attire autant que de retrouver le goût de la grande aventure qui est plutôt secondaire sur le circuit Figaro. »

A deux ans du prochain Vendée Globe, Xavier ne désespère pas d’être au départ en novembre 2020, même si le temps lui est compté. « Les règles de qualification ne nous aident pas beaucoup. Il devient évident qu’un projet enclenché tardivement avec un bateau d’occasion peut se trouver retoqué sur la ligne de départ. Ça ne facilite pas la prise de décision d’éventuels partenaires. » Aussi Xavier s’est fixé le mois de septembre comme échéance, quitte à reporter ses ambitions pour 2024.

D’autres ont mis provisoirement entre parenthèses leur rêve de tour du monde, à l’instar de Yoann Richomme ou de Nicolas Troussel. L’essentiel étant de courir et de continuer d’enrichir son armoire à trophée, l’un et l’autre se sont investis dans la Class40 avec pour premier objectif de viser un podium dans la prochaine Route du Rhum. Et qui sait si une victoire ne pourrait pas provoquer un déclic chez un éventuel partenaire ?

Nicolas Troussel sait à quel point la chance ou le fait d’être là au bon moment, peut décider de l’évolution d’une carrière. Nicolas qui a fait ses premières armes aux côtés de son pote Armel le Cléac’h, dispose d’un palmarès équivalent sur le circuit Figaro, avec deux victoires à la clé sur la Solitaire. Mais il n’a pas eu jusqu’ici l’opportunité de passer à la vitesse supérieure.

« Pour autant, je n’ai pas abdiqué dans ma recherche de partenaires pour 2020. Pour l’heure, j’ai un partenaire fiable qui me permet de monter un projet performant pour la Route du Rhum en Class40. Maintenant, il faut être lucide. Si, à la fin de l’année 2018, rien ne s’est décidé, ça deviendra vraiment très compliqué. Les règles de qualification vont favoriser les projets lancés de longue haleine. »

Pragmatisme helvétique

C’est sensiblement le même cas de figure pour Justine Mettraux. La navigatrice suisse est toujours en attente d’un partenaire complémentaire de TeamWork, son fidèle sponsor qui la suit depuis six ans. Elle aussi s’est illustrée sur le circuit Mini (deuxième de la Mini Transat 2013) avant de se lancer en Figaro et de s’illustrer sur la Volvo Ocean Race comme équipière de Sam Davies puis de Charles Caudrelier sur la dernière édition.

« Au final, cette obsession du Vendée Globe a plutôt desservi mes projets sportifs qu’autre chose. Je n’ai pas voulu m’engager pleinement sur la Volvo car j’avais peur de mettre entre parenthèse ma démarche de recherche de partenaires. Du coup, j’en sors un peu frustrée, avec le sentiment de ne pas m’être donné les moyens de vivre à fond ce qui m’était proposé. »

Pragmatique, Justine en a déjà tiré les conclusions qui s’imposent : « Même si faire le Vendée Globe reste un rêve, je ne me focaliserai pas dessus. Il existe plein de moyens passionnants de faire de la course au large et je préfère m’investir pleinement sur un projet plutôt que de courir plusieurs lièvres à la fois. »

Savoir concilier ses rêves et le principe de réalité n’est-il pas le meilleur moyen de continuer à prendre du plaisir ?

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