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Le jour où… le Vendée Globe a chaviré

Thierry Dubois attend les secours
© West Australian / Alea


Pour cette édition 1996-1997, ils sont quinze concurrents à prendre le départ, plus Raphaël Dinelli qui a été « autorisé » à participer en pirate… Non classé, car n’ayant pas effectué les indispensables parcours de qualification nécessaires, le navigateur vendéen a néanmoins reçu de Philippe Jeantot, une balise de positionnement. Cette année-là, alors que Christophe Auguin caracole en tête de la course, plusieurs concurrents ont déjà dû faire escale pour réparer des avaries. Thierry Dubois fait partie du lot : à bord de son Pour Amnesty International il a été contraint de s’arrêter au Cap pour réparer un de ses safrans endommagés. Derrière lui, le Britannique Tony Bullimore, mène son monocoque à sa main : avant de faire un classement, il faut déjà arriver. Alors que tout ce petit monde entre dans l’océan Indien, une profonde dépression s’apprête à balayer les Quarantièmes.

 

Pete Goss, le sauveteur de l’impossible

La première victime du mauvais temps sera Raphaël Dinelli, le plus à l’ouest de la flotte. Dans la journée du 25 décembre, le vent monte à 60 nœuds avec des rafales à plus de 70 nœuds. Raphaël Dinelli faxe au PC Course du Vendée Globe le portrait de la situation. Par deux fois, il a chaviré, mât dans l’eau… A sec de toile, son monocoque entame des surfs à près de vingt nœuds. Soudain, une vague plus forte que les autres entraîne son voilier dans une accélération démente et finit par l’envoyer cul par-dessus tête. Dans le choc, le mât perfore le pont et l’eau commence à envahir la cabine. Raphaël Dinelli n’a pas d’autre choix que d’enfiler sa combinaison de survie et d’actionner ses balises de détresse. A mi-chemin entre l’Afrique du Sud et l’Australie, personne ne peut venir à son secours si ce n’est un autre concurrent de la course. C’est le Britannique Pete Goss qui va faire demi-tour et batailler plus de deux jours durant contre les vents dominants pour revenir sur la position du naufragé. Entretemps, un avion de la marine australienne a pu larguer à Raphaël Dinelli un radeau de sauvetage. Il faudra encore plus de dix jours aux deux hommes avant d’accoster à Hobart en Tasmanie. Le marin britannique reprendra sa course malgré une blessure au coude particulièrement douloureuse qu’il soignera en mer. Il finira cinquième après avoir été crédité du temps perdu pour le sauvetage de Raphaël.

 

Thierry Dubois et Tony Bullimore, à quelques milles près

Alors qu’à terre, tout le monde se réjouit de l’issue heureuse du naufrage de Dinelli, le 5 janvier, deux nouveaux concurrents déclenchent leurs balises de détresse. Thierry Dubois et Tony Bullimore sont à leur tour confrontés à une météo dantesque. Le Français qui s’est fait connaître en remportant la Mini-Transat en 1993 dans des conditions particulièrement difficiles, est un dur au mal. Alors que le vent monte régulièrement à 70 nœuds et que les vagues dépassent allègrement les dix mètres de hauteur, le skipper s’est sagement réfugié à l’intérieur de son bateau, laissant le travail à son pilote automatique. Soudain une vague embarque son monocoque qui fait un tour complet. Le mât est brisé en trois, mais Thierry décide immédiatement de faire le ménage puis d’établir un gréement de fortune, dès le lendemain, quand il aura récupéré. Jusqu’ici, il n’a pas demandé d’assistance. Le lendemain matin, une déferlante roule de nouveau son bateau … mais cette fois-ci, son monocoque reste à l’envers, quille en l’air. Petit à petit, la mer entre par les hublots qui ont été endommagés dans les chavirages. Thierry décide alors d’évacuer son bateau et de rejoindre son radeau de survie. Mais l’amarre du radeau se casse net et le navigateur se retrouve accroché au safran de son bateau retourné, balayé par les vagues.

Tony Bullimore, quant à lui, aura été le premier des deux à déclencher ses balises Sa goélette s’est retournée d’un coup dans le mauvais temps. C’est la quille qui s’est rompue. Dans un premier temps, l’homme ne s’affole pas. Le marin en a vu d’autres. Il est pour l’instant en sécurité à l’intérieur de sa coque retournée. Mais soudain, la bulle de plexiglas à plat pont explose et l’eau envahit brusquement la cabine. En quelques instants la situation devient critique. Après avoir déclenché sa balise, le navigateur britannique enfile sa combinaison de survie et trouve refuge dans un des rares endroits du bateau encore hors d’eau. Entretemps, il a perdu un doigt après que son capot de descente se soit brutalement refermé sur sa main alors qu’il essayait d’atteindre son radeau de survie.

Les secours australiens, alertés par le Cross Étel, ont compris la nécessité d’une intervention rapide. Mais les deux naufragés, s’ils ne sont distants entre eux que d’une dizaine de milles, sont à plus de trois jours de mer des secours. C’est tout d’abord un avion de la Marine australienne qui parvient à repérer les deux navigateurs et largue un radeau de sauvetage à Thierry Dubois. La coque de Tony Bullimore est, elle aussi, identifiée mais les sauveteurs ne savent pas encore que le skipper est toujours vivant, prisonnier de son bateau. Ils n’en n’auront la certitude que le 9 janvier quand un pneumatique de la frégate Adelaïde pourra accoster. Quelques heures plus tôt, Thierry Dubois aura été hélitreuillé à bord d’un hélicoptère qui aura décollé du pont de la même frégate.

Les deux hommes sont sains et saufs… A terre, pourtant, ce n’est pas la fin des inquiétudes. Depuis le 7 janvier, la balise de positionnement de Gerry Roufs, le skipper canadien ne répond plus. On ne retrouvera l’épave de son bateau que quelques longues semaines plus tard le long des côtes du Chili.

 

Et après ?

La disparition de Gerry Roufs, les sauvetages miraculeux de Raphaël Dinelli, Thierry Dubois et Tony Bullimore ont sonné l’alarme. Pour les coureurs, il est évident que des décisions drastiques doivent être prises. La jauge des bateaux est modifiée, des tests de retournement sont imposés, la largeur des monocoques est limitée… la classe IMOCA était née.

Aujourd’hui, Thierry Dubois navigue sur la Louise, une goélette de 19 mètres qu’il a construit lui-même. A son bord, il emmène des aventuriers en herbe, alpinistes ou marins à la découverte des régions arctiques.

Raphaël Dinelli, quant à lui, après avoir enfin bouclé le Vendée Globe en 2008-2009 s’est engagé dans une toute autre aventure puisqu’il a lancé la production d’un avion électrique entièrement autonome. Le premier exemplaire vole déjà et pourrait donner naissance à la fabrication d’une petite série.

Tony Bullimore nous a quitté tout récemment, terrassé par le cancer. Après son Vendée Globe, le navigateur était retourné dans son fief de Bristol pour gérer son Bamboo Club, un des haut-lieux de la culture pop en Grande-Bretagne.

 

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