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Que sont-ils devenus ? Isabelle Autissier, la mer pour toujours

Isabelle Autissier
© DR

Lorsqu’Isabelle Autissier parle de la mer, écoutez-la poser son débit, laissez-vous bercer par cette voix puissante qu’elle a su poser et dont on s’étonnerait qu’elle soit, encore et toujours, étonnée. Elle raconte l’océan, ses fureurs et ses calmes, le bruit parfois violent du vent, de la tension ou du claquement des voiles, du hurlement ou du chuchotement de l’eau sur la coque. « C’est la seule priorité que j’ai gardée, la seule chose qui n’est pas négociable. Je veux bien arrêter tout le reste, mais je n’arrêterai pas de naviguer. »

La grande dame de la mer a rangé, depuis une quinzaine d’années, les vêtements professionnels de la coureuse du large. Mais deux à trois mois par an, Isabelle Autissier s’en va sur son fidèle bateau en aluminium de plus de 30 ans, par les mers de glace du Grand Sud ou du Grand Nord. « Être en mer est toujours une surprise, ce n’est jamais deux fois la même chose...  Alors je disparais. Je pars dans des endroits où je ne suis pas joignable et c’est très bien comme cela. »

Sur différents fronts

S’accorder du temps, Isabelle Autissier y tient. Dans un monde qui prône la Très Grande Vitesse où viennent se greffer les ravages causés par les activités humaines, la présidente de WWF-France prône inlassablement des idées qui lui sont chères.  « On est en train de nous rendre malade à tous les niveaux, émotionnellement et intellectuellement. Aller trop vite ne permet plus de penser, ni de réfléchir. Nous sommes uniquement dans l’émotion, et par là même, on ne prend plus de bonnes décisions. Au nom de l’extrême vitesse, on saccage également beaucoup la planète parce que mettre des TGV, des autoroutes et des avions partout, ne nous rend pas finalement plus heureux, mais nous prépare à des lendemains difficiles, très difficiles. »

L’Isabelle Autissier d’aujourd’hui monte ainsi sur différents fronts avec un leitmotiv, qui résonne comme une évidence : la sauvegarde des océans, générateurs d’intérêts colossaux que nous dilapidons avec une frénésie inquiétante. Femme concernée, elle regarde ce monde qui l’a façonnée avec les mêmes yeux que l’enfant qu’elle a été, mais avec les enseignements que la vie lui a appris. Ingénieure spécialisée en halieutique depuis 1979, elle a pris le temps nécessaire avant de transmettre ses choix éclairés.

Ce que petite fille rêve

« J’avais autre chose à faire que de penser à ce que je ferais après. Il me fallait beaucoup de concentration et de travail pour penser à la course. » Isabelle Autissier reste la grande navigatrice de course au large, la première à avoir accompli un tour du monde en solitaire avec escales, le Boc Challenge. C’était lors de l’édition 1990-1991, à bord de l’ancien bateau de Jean-Luc Van den Heede. « Je m’en souviens encore. Je me suis dit que je venais de réaliser ce que, petite fille, j’avais toujours eu envie de faire et que le reste de ma vie ne serait que du bonus. » Pourtant, si elle ne devait garder qu’une course dans sa vie, c’est la Mini Transat en 1987, dont elle remporte la première manche avant de boucler l'épreuve à la troisième place au classement général, à bord d’Écureuil Poitou-Charentes. « C’est là que je me suis décidée à faire de la course au large. L’idée ne m’était pas vraiment venue avant. »

Au total, Isabelle Autissier a sillonné le monde des océans à quatre reprises dont un Vendée Globe. C’était lors de la terrible édition 1996-1997 où, des quinze bateaux au départ, ils ne se comptèrent que six à l’arrivée. Ce fut celle aussi de la disparition de Gerry Roufs, cherché longtemps par la navigatrice dans des conditions dantesques au cœur du Pacifique. Hors course après une escale au Cap pour réparer un safran endommagé, elle est revenue aux Sables d’Olonne après 105 jours de mer et des souvenirs entremêlés. « Je savais que je ne ferais cette course qu’une seule fois. Le Vendée Globe se mérite. »

De navigatrice à exploratrice, Isabelle Autissier garde l’âme d’une aventurière pour qui la mer reste un éternel objet de fascination. « Elle reste magnifiquement belle, toujours différente, toujours intrigante. On ne connaît pas le quart de la moitié des organismes vivants dans la mer. C’est toujours à la fois un plaisir intellectuel, un jeu, une émotion et une forme de travail et d’implication que d’essayer d’aller en mer. Parfois, c’est pour y aller vite, parfois pour y aller très lentement ! Mais partir en bateau à voile reste quelque chose qui m’excite et me passionne plus que tout. »

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