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Route du Rhum : à chacun son chemin

Village Route du Rhum 2018
© Alexis Courcoux

Le 4 novembre, ils resteront dans l’ombre des géants des mers, à l’heure de larguer leurs voiles direction la Guadeloupe. Jamais, la course transatlantique n’a connu une telle frénésie dans cette catégorie où plusieurs marins sont attendus, tel Jérémie Beyou et son Charal, seul IMOCA neuf à s’engager, Vincent Riou et son PRB muni de foils dernière génération, Yann Eliès (UCAR-St Michel) qui vise « la gagne » ou bien encore quelques « rookies » très affutés, les Britanniques Alex Thomson (Hugo Boss) et Samantha Davies (Initiatives Cœur) qui s’y frotteront pour la première fois.

« Le défi est particulièrement excitant », glisse Vincent Riou qui s’élancera pour sa quatrième Route du Rhum. Si l’épreuve ne lui a pas particulièrement réussi (deux abandons et une 5e place en 2010, « mais je suis têtu », s’amuse-t-il), l’homme de 46 ans entend se nourrir de cette transatlantique pour jauger son désir de faire un tour du monde en solitaire et son envie sportive. « Il n’est pas question d’aller faire un Vendée Globe pour aller me promener », souligne le vainqueur du Défi Azimut, en septembre dernier. « J’ai donc envie de voir ce que va donner notre joli navire, une vieille dame, avant de me prononcer. PRB est un bateau de troisième génération, de 2009. Et ce n’est pas mon souhait premier que de retourner sur un Vendée Globe qui implique un engagement total sur deux ans. »

En recherche de fiabilité

Pour son unique plaisir. A ce petit jeu, Vincent Riou ferait figure d’exception. Car tous peaufinent leurs armes à deux ans de l’événement majuscule que constitue un Vendée Globe. Et non des moindres. Jérémie Beyou en serait le matador. Tout lui sourit enfin après une victoire sur la transatlantique New York-Vendée, une troisième place sur le dernier Vendée Globe sans oublier cette victoire en équipage dans la Volvo Ocean Race aux côtés de Charles Caudrelier et de Pascal Bidégorry notamment. Et la Route du Rhum ne lui évoque que de joyeux souvenirs (2e en 2014).

Cette année, son Charal, premier foiler sorti des cartons et dessiné par Vincent Lauriot-Prévost, fera figure d’épouvantail. « Je suis encore en mode découverte de mon engin et de ses subtilités », glisse Jérémie Beyou préférant jouer modestement sa partition. « Mon objectif est de me familiariser avec ce nouveau bateau en configuration solitaire, d’engranger des milles. Je n’ai aucune envie de faire le malin ! Ce ne sera pas simple. »

© Yvan Zedda / UCAR-St MichelEn quête d’un co-partenaire

Pour Yann Eliès (UCAR-St Michel), derrière la Route du Rhum, se cache l’envie profonde de repartir sur le prochain Vendée Globe. S’il dispose encore d'un IMOCA doté de foils, il le laissera au navigateur italien Giancarlo Pedote après la transatlantique.  « J’ai l’objectif d’y briller ! », annonce Yann Eliès qui cherche un co-partenaire aux côtés d’UCAR.  « La Route du Rhum est un peu notre dernière chance, si je veux jouer la gagne sur le prochain Vendée Globe », glisse-t-il.

S’il l’a déjà empruntée mais à bord d’un Mod70, en revanche, ce sera sa première Route du Rhum à bord d'un IMOCA. « Elle est un objectif en soi, et elle ne figurait pas dans mes projets Vendée Globe. Si tu arrives à avoir un projet idéalement ficelé, comme celui de Jérémie (Beyou) qui court sur quatre ans, tu peux éventuellement prétendre au deux, Vendée Globe et Route du Rhum. Mais personnellement, je n’ai pu disposer d'un bateau qu’après la transatlantique. Et je n’ai pas non plus réussi à faire vivre mes projets après le Vendée Globe. Tu peux ainsi mener à bout deux, trois, quatre Vendée Globe sans parvenir à réaliser une Route du Rhum», glisse encore Yann Eliès.

Pour une première

A contrario, Samantha Davies (Initiatives Cœur, l’ancien Maître CoQ)va, pour la première fois, courir la Route du Rhum sur le monocoque qui devrait l’emmener autour du monde. « Je n’ai jamais eu de bateau à ce moment-là, c’est différent ! C’est une course énorme que j’ai toujours rêvé de disputer une fois dans ma vie », rigole-t-elle.

La Britannique vivant en France reprend le mode solitaire après six années d’absence, mais avec une Volvo Ocean Race à son actif durant laquelle, skipper d’un équipage 100% féminin, elle a beaucoup appris. « Cette course s’est tenue en 2014-2015 mais cette dernière a débuté deux ans auparavant pour l’ensemble des filles choisies, toutes des spécialistes en leurs domaines. Avec elles, je ne pouvais que progresser. Quand tu es toute seule à bord d’un IMOCA, tu n’as pas l’opportunité d’être aussi pointue sur tous les aspects du bateau. »

Pour Sam Davis, qui a remporté la Drheam Cup en août dernier, l’objectif premier reste de se qualifier pour le Vendée Globe en finissant cette transatlantique qui fête sa 40e édition. « Ça ne me libère pas vraiment, mais j’ai vraiment envie de bien faire », glisse-t-elle.

© Stéphane MaillardDes bateaux qui t’obligent

Et elle n’est pas la seule à quérir cette qualification. Louis Burton, également même si pour lui, partir de Saint-Malo revêt une signification particulière. « Cette course fait partie de mon imaginaire de gamin. En 1990, 1994, 1998… j’y étais déjà ! Grâce à son ouverture à tous types de bateaux et de profils, j’ai pu m’engager en 2010 (20e). C’est là que pour la première fois, j’ai croisé Servane (Escoffier) et voilà, je suis resté. »

Pour le Malouin d’adoption, 5e de la Route du Rhum 2014 (son meilleur résultat en solitaire sur un IMOCA), cette édition à bord de l’ancien bateau vainqueur du Vendée Globe 2016-2017 « consistera en un observatoire des évolutions technologiques, et notamment des foils. Cet hiver, nous remettrons le bateau en chantier et l’année d’après, un an avant le Vendée Globe, nous y installerons probablement de nouveaux foils. Notre bateau est formidable, mais mon budget de fonctionnement n’est pas délirant », explique-t-il encore. Les plans porteurs, tous différents les uns des autres, constituent l’axe de développement principal des monocoques mais ont un coût de l’ordre de 500 000 euros environ.

« Désormais, tous les gens s’impliquent énormément dans leur projet. Les bateaux très sophistiqués t’y obligent. Tu ne peux mener ton projet IMOCA si tu n’es pas à fond», glisse encore Louis Burton.

Axe de communication

Stéphane Le Diraison (Time for Oceans) ne vend pas de la poudre de perlimpinpin. Son bateau n’est pas équipé de foils (ancien Hugo Boss 2007-2008). Même s’il est doté d’un nouveau mât qui lui a permis d’alléger sa monture de 700 kg, il sait qu’il ne joue pas dans la cour des grands. Consciencieux mais déterminé, il regarde plus loin, son objectif étant de se qualifier pour le prochain Vendée Globe où le Breton d’origine espère s’aligner sur un monocoque plus récent. « Je suis un vrai combattant sur l’eau », explique-t-il. « Comme je suis un combattant à terre pour porter ce message qui m’est cher, de l’urgence à faire quelque chose. »

A Saint-Malo, l’ancien responsable de l’activité Énergies marines renouvelables chez Bureau Veritas portera son nouveau costume, pour celui qui fait le lien entre engagement dans le développement durable et passion de la mer. « Ce n’est pas un message moralisateur mais fédérateur ; on a prévu avec mes partenaires engagés dans cette lutte (Suez, Bouygues Construction et la Ville de Boulogne-Billancourt) de lancer de nombreux défis sympathiques pour sensibiliser les gens, les pousser à s’interroger dans leur quotidien, dans des petits gestes concrets, gratuits. Il s’agit de dire aux gens : retroussez-vous les manches, venez et agissez ! », souligne encore Stéphane Le Diraison qui entend communiquer autour de son projet.

 

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