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Roland Jourdain : « J’ai gagné où on ne m’attendait pas »

Roland Jourdain, vainqueur de la Route du Rhum en 2006
© Benoît Stichelbaut / Alea

 

 

 

Route du Rhum, Vendée Globe, ce sont les deux courses majeures du calendrier des solitaires… Les aborde-t-on de la même manière ?

"C’est toute la différence entre un sprint et un marathon même si, sur l’eau, il s’agit toujours d’aller le plus vite possible. La vraie différence entre le Rhum et le Vendée Globe, c’est que pour la première, on part avec un sac à dos le plus léger possible quand, sur le second, on raisonne sur la durée. Pour une Route du Rhum, on va faire une chasse au poids impitoyable, prendre moins de matériel de secours, choisir des voiles moins lourdes. Et puis sur une traversée de l’Atlantique, on peut s’autoriser à se mettre dans le rouge assez vite sans se dire qu’on va le payer cher un mois plus tard."

 

Vous avez gagné la Route du Rhum par deux fois, en 2006 et 2010. Laquelle vous a le plus marqué ?

"En 2006, je sortais d’un Vendée Globe qui avait été particulièrement frustrant, après mon abandon suite à un problème de structure sur ma quille. J’avais vraiment eu le sentiment de ne pas avoir pu disputer mes chances comme je le souhaitais. Cette victoire-là m’a fait un bien fou, d’autant que l’aventure avait été au rendez-vous. J’avais cassé ma bôme à mi-parcours et il avait fallu trouver des routes originales pour compenser le temps perdu. A l’époque, on avait encore droit au routage et j’avais eu une vraie complicité avec mon pote Jean-Luc Nélias qui me suivait depuis la terre. Donc, oui, c’était une belle victoire arrachée de haute lutte devant un autre pote, Jean Le Cam.

 

En 2010, l’histoire est différente. J’avais pu constater, pendant le Vendée Globe 2008-2009 que mon plan Lombard commençait à peiner face aux voiliers de dernière génération. On avait pu, pour cette Route du Rhum, louer le plan Farr qu’avait mené Sébastien Josse pendant le Vendée Globe. Et cette fois-ci, tout s’est déroulé comme dans un rêve. C’est une des rares fois où j’ai ressenti cette sorte d’état de grâce où toutes les décisions que tu prends tombent à propos."

 

On a entendu plusieurs voix pour s’élever contre le fait que, le 4 novembre dernier, le départ a été donné alors que du mauvais temps était annoncé…

"Il faut savoir rester humble par rapport à ce genre de décision. Ce n’est jamais facile de prendre la décision de reporter ou d’avancer un départ, spécialement sur une course qui rassemble autant de bateaux et qui demande une logistique impressionnante."

 

Pourtant en 2000, le départ du Vendée Globe avait été retardé ?

"La situation n’a rien à voir. Tout d’abord, ce n’est pas la même chose de bloquer une flotte de 30 bateaux homogènes que de sortir plus de 100 unités très différentes. Et en 2000, personne n’aurait pu sortir du chenal des Sables d’Olonne, tellement la mer était mauvaise. Si on analyse l’édition qui se déroule actuellement, je trouve que dans l’ensemble, la flotte des IMOCA s’en sort plutôt bien. Il y aura toujours un peu de casse et des abandons dès lors qu’on a des vents de face à affronter. Mais on a aussi pu voir que des marins comme Alex Thomson ou Boris Herrmann ont pu aller affronter le plus fort du vent et de la mer sans gros dommage apparent. On n’est pas dans les conditions dantesques de 2002. Ensuite, il y a une part de chance, de temps de préparation, de moyens… Tout ceci joue. Ce n’est sûrement pas un hasard si on retrouve à l’avant de la flotte les plus expérimentés de la classe IMOCA."

 

Et peut-être le fait que les marins tirent plus sur les bateaux ?

"C’est fini cette histoire qui voulait qu’au départ d’un Vendée Globe, on allait tout doucement pour ensuite monter en puissance. Maintenant, tout le monde a compris qu’il était impératif de ne pas se laisser décrocher. Le rythme au départ d’un Vendée Globe est quasiment le même qu’au départ d’une Route du Rhum. D’autant qu’on sait qu’en course au large, ce sont bien souvent ceux qui sont devant qui s’enrichissent le plus vite."

 

Finalement, gagner une Route du Rhum ou bien un Vendée Globe, c’est faire appel aux mêmes ressorts…

"J’en suis la preuve vivante ! Moi qui avais la réputation d’un diesel, d’être fait pour le grand large, bref ! d’être le candidat idéal pour le Vendée Globe, il s’est toujours refusé à moi. En revanche, je suis double vainqueur de la Route du Rhum. Comme quoi…"

 

 Un petit mot sur la nouvelle génération d’IMOCA qui arrive ?

"J’aurais bien aimé voir le potentiel de Jérémie sur son Charal. Ce qui est évident, c’est qu’à certaines allures, il va déposer tout le monde. J’émets toutefois une petite réserve : un Vendée Globe, c’est long et je crois que c’est nécessaire de pouvoir disposer d’un plan B. Ma seule inquiétude, c’est que ces nouveaux bateaux deviennent incroyablement dépendants des foils. Si jamais, le foil n’est plus en état de fonctionner, on se retrouve avec une carène qui manque singulièrement de puissance. C’est pourquoi je continuerai de mettre une petite pièce sur les foilers de première génération qui peuvent compenser si besoin".

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