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Jack Bouttell, entre modestie et détermination

Jack Boutell
© Martin Keruzoré / Volvo Ocean Race

Jack Bouttell, fort de son expérience sur le circuit Figaro et d’une victoire à bord de Dongfeng sur la Volvo Ocean Race, a choisi une voie différente : en tenant compte du budget dont il disposait, il a décidé d’acheter le plan Owen Clarke de la génération 2008-2009 qui a couru sous les couleurs de Spirit of Canada. Après l’avoir convoyé depuis le Canada, il projette maintenant d’être prêt pour la saison à venir en IMOCA avec comme objectif de se qualifier pour le Vendée Globe.

Mais avant de se lancer dans un projet Vendée Globe, le navigateur australien voulait parfaire son expérience du large. C’est ce qui l’a motivé à participer à toutes les étapes de la Volvo Ocean Race jusqu’à devenir un des hommes de base de Charles Caudrelier, de même qu’il a souhaité embarquer sur le trimaran géant Spindrift Racing de Yann Guichard et Dona Bertarelli sur le trophée Jules Verne. Parti le 16 janvier, deux jours avant de fêter ses 28 ans, Jack Bouttell va donc mettre son projet Vendée Globe entre parenthèses pendant près de 40 jours, si tout va bien. Une belle ascension pour le navigateur qui, à l’âge de 18 ans, a choisi de rester en Grande-Bretagne plutôt que de retourner en Australie avec ses parents. En dix ans, le jeune navigateur a eu l’occasion de faire montre de son talent : meilleur bizuth lors de la Solitaire du Figaro 2013, équipier modèle lors de la première campagne de Dongfeng autour du monde, puis boat captain et n°1 en 2017-2018. Interview…

 

VG : Comment la campagne Jules Verne de Spindrift s’intègre-t-elle dans votre programme Vendée Globe ?

Plutôt bien… Je veux vraiment naviguer le plus possible. Cette campagne est une bonne opportunité en attendant que l’IMOCA soit prêt à naviguer.

VG : Comment en êtes-vous venu à acheter Spirit of Canada ?

C’est un concours de circonstances. Son propriétaire avait pris contact avec l’équipe de Dongfeng pour racheter des voiles d’occasion. Il est venu à Alicante et c’est comme ça que nous nous sommes rencontrés. Je lui ai dit que je cherchais un bateau pour le prochain Vendée Globe et il m’a fait une proposition très raisonnable.

VG : Quel va être votre programme pour les semaines à venir ?

Deux mois plus tôt, tout allait bien. J’avais des contacts avancés avec un partenaire, mais ils ont fait machine arrière. C’est un coup dur, mais on ne va pas s’arrêter là. Le schéma idéal, c’est d’avoir le bateau prêt à naviguer au printemps prochain pour aller s’entraîner au plus vite et participer aux courses de l’été prochain. L’objectif principal reste de faire la Transat Jacques Vabre puis les deux transatlantiques de 2020 et avant le Vendée Globe. Entre les courses, il faudra naviguer le plus possible.

VG : Vous avez pu bénéficier d’un soutien des gars de Dongfeng ?

Bruno Dubois (le manager général du team Dongfeng) est vraiment impliqué dans la réussite du projet. Le Canadien Jean-Sébastien Chénier Proteau qui était en charge de la logistique du projet Dongfeng sera mon chef de projet. J’ai recruté deux gars d’expérience pour le suivi technique et je sais que Charles Caudrelier et tous les navigants seront ravis de venir filer un coup de main et naviguer à bord. Il y a vraiment une équipe solide derrière ce projet. Il nous manque juste les fonds.

Vous avez tenu à participer à la totalité des étapes de la Volvo Ocean Race…

Et je l’ai regretté par moments… A l’origine, l’idée que nous avions avec Charles (Caudrelier) était que je manque deux étapes, entre Hong Kong et la Nouvelle-Zélande et une autre. Mais au fur et à mesure que le projet avançait, il s’est avéré que je n’avais pas vraiment de remplaçant comme boat captain. Charles a finalement accepté que je navigue sur toutes les étapes. Je ne cache pas que c’était parfois difficile, mentalement et physiquement. J’ai eu plusieurs fois envie de quitter le bord pour une étape, mais grâce au soutien de ma compagne ainsi que de ma famille, j’ai tenu le coup. Avec le recul, je pense que c’était la bonne décision. Cela m’a préparé aux difficultés que je pourrais rencontrer dans un Vendée Globe. Je sais maintenant que je serai capable de me dépasser même dans les moments les plus difficiles.

Votre envie de Vendée Globe est si forte que vous êtes prêt à y aller juste pour participer ?

Je ne cache pas que j’aimerais bien être dans les souliers de Sébastien Simon, disposer d’un budget de 8 à 10 millions d’€ avec un nouveau bateau à construire. Ce serait le rêve… Mais il faut savoir se montrer réaliste. Le point de départ, c’est de pouvoir trouver de l’argent pour prendre part à la course. J’en suis au point de me dire que je n’ai pas envie de passer ma vie à attendre d’avoir enfin un budget de 10 millions d’€ pour être présent au départ du Vendée Globe. Bien sûr, quand vous êtes Français, il y a de meilleurs moyens pour ouvrir des portes. Charlie Dalin et Sébastien Simon se sont distingués sur la Solitaire du Figaro et ils ont pu bénéficier du soutien de leurs partenaires pour changer d’échelle. Cela n’enlève rien à leur mérite, mais pour moi qui suis moitié Britannique, moitié Australien vivant en France, c’est plus compliqué. Je me suis donc posé la question de savoir jusqu’où pouvait aller mon envie de faire le Vendée Globe. Je me suis dit qu’il fallait que je fasse du mieux que je pouvais et je me suis jeté à l’eau.

Et le bateau subira des modifications ?

C’est lié avant tout aux moyens dont on disposera. On pourrait adjoindre des foils au bateau. C’est peut-être le moyen le plus économique pour le rendre plus compétitif. On pourrait aussi changer les ballasts pour se mettre en accord avec les nouvelles règles de jauge et alléger le bateau. Mais on va travailler prioritairement sur le jeu de voiles. Et surtout, il va falloir naviguer énormément pour disposer d’un bateau le plus fiable possible. Rappelez-vous les premiers jours de la Route du Rhum. Le Vendée Globe et toutes ces courses qui doivent traverser le golfe de Gascogne en novembre imposent le plus souvent des mers particulièrement difficiles. Dans le cas du Vendée Globe, c’est encore pire car elles ne sont que le prélude à quarante jours dans les mers australes. C’est ce que j’ai appris à bord de Dongfeng : plus tu passes de temps à naviguer en amont de la course, plus tu disposes d’un bateau éprouvé et fiable.

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