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Kevin Escoffier a fait sa mue

Kevin Escoffier
© Pauline Bellalin/EffetsMer

Avant que Kevin Escoffier ne soit désigné successeur de Vincent Riou à la barre de PRB, sa vie, c’était « bureau-bateau-dodo ». Depuis juillet, le skipper a changé de mode : vive le « bateau-bureau-dodo » ! Entre l’annonce de son projet Vendée Globe, fin décembre, et les premiers entraînements en juillet pour courir la Rolex Fasnet Race en double avec Nicolas Lunven, quelques mois se seront écoulés, le temps que les parties soient fin prêtes pour cette nouvelle aventure.

D’un côté, le skipper devait changer de cadre, quitter ses fonctions de directeur du bureau d’études du Team Banque Populaire et renoncer à ses extras comme équipier au long cours, puis consacrer le printemps à préparer sa nouvelle vie de skipper et chef de projet. De l’autre côté, il fallait que l’IMOCA PRB sur lequel Sébastien Simon a fait ses premières armes, en attendant son bateau flambant neuf, soit disponible. Finalement, le passage d’une vie à l’autre s'est opéré, sans heurts ni rupture, finalement. « Bizarrement, la transition n’a pas créé de changements énormes, entame Kevin Escoffier. Je vais un peu plus à Port-la-Forêt qu’avant, parce que l’IMOCA PRB y est, mais je continue à exploiter les compétences que j’ai acquises sur ma route ».

Et quelle route ! Ingénieur en mécanique et structures, Kevin a cumulé les expertises au bureau d’études du Team Banque Populaire, où il a accompagné la construction et l’optimisation de deux Imoca et d’autant des maxi-trimarans qui ont jalonné la vie du Team de 2006 à début 2019. Et, l’air de rien, cela constitue un bagage assez exceptionnel… « Des années Banque Pop, commente Kevin, j’ai acquis un patrimoine assez rare, même parmi les concurrents du Vendée Globe. Par exemple, là, c’est moi qui ai dessiné le vérin qu’on devait changer à bord de PRB. Non seulement parce que je sais faire et parce que ça permet de faire des économies, mais aussi parce que j’aime bien ça. Prendre des décisions techniques dans certaines limites financières, j’ai aussi appris à le faire au bureau d'études. Ce sont des décisions qui engagent du monde, mais j’ai eu la chance de bosser avec des skippers avec qui la confiance était réciproque ».

Décider pour soi, ça change tout 

La direction d’un bureau d’études, c’est aussi la planification. En réalité, la voile, c’est de la planification. « Tout part d’un planning. La seule liberté qu’on ne peut pas s’offrir dans la course au large, c’est la date de départ. Il faut être prêt le jour J, à l’heure H. Il faut définir les phases de navigation, de travail technique, les phases de modification du bateau et celles de validation. J’ai eu la chance d’avoir accompagné deux campagnes Vendée Globe chez Banque Populaire, c’est une expérience précieuse ».

Finalement, à terre, rien ne change, alors ? « Oh si ! Ce qui change, prolonge le Malouin, c’est que tu prends les décisions pour toi. Ce que je vais choisir aura un impact sur ce que je vivrai pendant le Vendée Globe. Cela fait entrer en tête des critères de plus. Mais c’est pour ça aussi que j’avais envie de vivre une aventure Vendée Globe : pour faire face à mes choix, décider par moi-même du projet qu’on veut faire et de comment le faire, c’est passionnant ».

Naviguer, il ne fait aucun doute que Kevin Escoffier sait faire. Sa brillante deuxième place sur la Rolex Fastnet Race en binôme avec Nicolas Lunven l’atteste – dans l’enchaînement des transitions météo, le très léger PRB a excellé –, mais aussi son Trophée Jules-Verne conquis en 2011 sous les ordres de Loïck Peyron, et ses deux Volvo Ocean Races, dont la dernière gagnée par Charles Caudrelier avec Dongfeng l’attestent : quand Kevin n’est pas un équipier très prisé, il est aussi performant en tandem. Reste désormais à faire ses preuves en solitaire.

Copier, coller, cavaler 

« Des milles, j’en ai énormément au compteur, et j’ai eu la chance incroyable d’avoir accompagné des skippers de top niveau : Armel Le Cléac’h, Charles Caudrelier, Loïck Peyron, Pascal Bidégorry... Si tu n’es pas trop "neuneu" et que tu as des oreilles et des yeux, tu apprends à naviguer rien qu'en regardant ces marins ! Sans rien inventer, juste en reproduisant ce que tu as enregistré de leur façon de faire, tu dois savoir faire avancer un bateau. Mais ce que j’ai encore à apprendre, parce que c’est un point faible qui compte, c’est la prise de décision en solitaire. Il me reste un peu plus d’un an avant le Vendée Globe pour ça ».

En jeu, la partition qu’il a envie de réciter avec PRB sur le Vendée Globe 2020, avec un bateau qui date de 2010 mais qui, depuis toujours ou presque, a fait preuve d’une vitesse épatante. Année après année, la patte de Vincent Riou a permis au bateau de rester compétitif. C’est d’ailleurs à la structure du vainqueur du Vendée Globe 2004-2005 que Kevin Escoffier a confié le soin de veiller sur PRB, encore et toujours. La mission essentielle confiée aux équipes de Vincent Riou ? Que le bateau soit fiable. « PRB a une vitesse inférieure à celle des bateaux neufs, c’est une chose actée depuis le début, mais il reste des possibilités d’optimisation, avec les foils. On peut jouer sur les autres appendices, la voilure et le pilote automatique. Avec ça, on devrait combler une partie de notre déficit de vitesse. Mais l’essentiel est d’arriver au bout du Vendée Globe. Avec un bateau rapide, si tu termines, il y a de grandes chances que tu aboutisses aux alentours de la 6e place. Franchement, ça stimule l’envie d’être en mesure d’arriver au bout… ».


En bref
- La famille des skippers PRB sur le Vendée Globe : Jean-Yves Hasselin (1992) ; Isabelle Autissier (1996) ; Michel Desjoyeaux (2000, victoire) ; Vincent Riou (victoire) ; Kevin Escoffier.
- Les bonnes fées : Damien Guillou est le boat-captain de PRB – La structure de Vincent Riou gère le projet technique de Kevin Escoffier et PRB ; Kevin Escoffier n’est pas perdu chez PRB : il a travaillé pour le team emmené par Jean-Marc Failler au moment de la construction de PRB 4, mis à l’eau en 2006 et au départ du Vendée Globe 2008.

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