Actualité

Clarisse sur le physique

Clarisse Crémer
© Clément Duraffourg /BPCE

Brutalement, l’harmonie de la boucle blonde et de l’œil rieur est perturbée par quelques perles de sueur et le souffle qui raccourcit. Franchement, il y a de quoi se tourner les sangs : imaginez donc vous retrouver en (faux) solo, agrippé au winch d’un monocoque de 18,28 m, avec une grand-voile de 180 m2, un solent de 140 m2 et une trinquette de 100 m2, des kilomètres de bouts, des sacs de voiles – mouillés ! –  à matosser, des réglages à affiner et la lucidité à préserver - autant que possible. Tout ça, à toute heure du jour et de la nuit ; tout ça, avec la fatigue qui s’accumule et le sommeil qui disparaît…

En ce début d’automne, Clarisse Crémer en bave encore à bord de Banque Populaire X, où tout est plus grand qu’avant. Ces dernières années, elle a cumulé les navigations en Mini et en Figaro et elle les a fait tourner, tourner et encore tourner, ses bras. Mais pas sur des winches rendus si lourds par les masses à déplacer, et pas aussi longtemps. Logiquement, l’apprentissage de la dimension physique d’un Imoca est une histoire à part entière. « Le bateau, dit-elle, est un peu compliqué parce qu’il y a moyen de faire des bêtises, mais la vraie question, c’est le physique. L’Imoca est hyper exigeant, il faut savoir gérer trois-quarts d’heure d’efforts sans se mettre dans le rouge, parce que c’est une question de sécurité ».

Prévenir la blessure

Depuis ses premiers bords sur Banque Populaire X, la Francilienne a passé des caps. « Je me suis améliorée à la colonne et je fais aussi de la préparation physique. Un peu pour faire du muscle, beaucoup parce qu’il faut prévenir les blessures. En pleine mer, avec la vitesse, matosser une voile de 40 kilos qui a pris de la masse parce qu’elle est mouillée, c’est une excellente « occasion » de se faire mal ».

Rodée à la navigation en solitaire, Clarisse découvre un nouveau rapport à la souffrance : « En Mini ou en Figaro, plus tu te fais du mal, plus tu as de chances de performer. En Imoca, quand tu te fais mal, il y a des chances que tu performes surtout dans la bêtise. C’est en tout cas mon ressenti du moment ».

« Je n’ai pas le physique d’Armel ou de Paul »

© Clément Duraffourg /BPCE Il reste à la navigatrice un an pour être prête à s’envoyer sur un tour du monde en solitaire. Alors, pas à pas, elle adjoint les briques les unes aux autres. « J’ai la certitude que je vais beaucoup m’améliorer d’ici le Vendée Globe. Je vais acquérir des réflexes sur le bateau qui me permettront d’anticiper les choses, et donc de moins les subir. Le physique est ce qui me donne encore le plus de difficultés, mais je vais apprendre à gérer. On va améliorer les systèmes, changer le sens de la colonne pour ne plus être désaxé, mettre en place des palans pour me faciliter la vie, définir les voiles qui peuvent rester à tel endroit du pont. L’ex-SMA a la réputation de ne pas être le bateau le plus dur, mais je n’ai pas le physique de Paul Meilhat (son ancien skipper) ni d’Armel (Le Cléac’h). Il n’y a pas de solution magique. Quand il faut matosser… il faut matosser ».

Le physique, c’est aussi la perception qu’on peut avoir d’un bateau dans des conditions données. Clarisse et Armel Le Cléac’h se sont entraînés dans l’optique de la Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre. Elle s’est aussi astreinte à réaliser des navigations en faux solo, mais la skipper de Banque-Populaire X ne s’est encore jamais retrouvée seule sur son bateau. « Et j’ai hâte de vivre ça ! J’ai encore du mal à me dire que c’est mon bateau. Faire une manœuvre en faux solo, donc avec quatre personnes à bord et n’avoir « qu’à appuyer sur un bouton » pour avoir un coup de main, ce n’est pas pareil qu’être vraiment seule ». Il lui faudra patienter encore quelques mois, jusqu'à The Transat Bakerly, pour se retrouver seule, enfin seule.

Surtout ne pas comparer…

Pour l’heure, se présente la Transat Jacques Vabre qu’elle s’apprête à courir en mode Master Class avec Armel Le Cléac’h, vainqueur du Vendée Globe 2016-2017… et qui en impose, bien qu’il s’en défende. « Je suis hyper bluffée par le marin. C’est de l’inconscient, il faut que je chasse le complexe qui peut exister au moment de changer un de ses réglages alors qu’il dort. C’est un travail de fond que de se dire : ‘Fais, Clarisse, et tant pis si ce n’est pas aussi bien que ce qu’aurait fait Armel’. Armel m'épate quand, là où j’en bave comme pas possible, lui fait la manœuvre sans lever un sourcil dans l’effort. C’est dû à son physique, à sa nature, mais aussi à son expérience : il a trois Vendée Globe dans les jambes. Et il faut surtout ne pas se laisser aller à se comparer à lui : je n’arriverai à rien si je me risque à ce jeu ».

Snap code

Retrouvez-nous sur Snapchat
vendeeglobe2016