12 février 2020 - 12h:00 • 4133 vues

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On l’avait quitté remontant le chenal des Sables d’Olonne sur son bateau blessé après avoir parcouru près de 600 milles sous gréement de fortune. Près de quatre ans plus tard, Conrad Colman, le Crazy Kiwi, n’a qu’une envie : remettre le couvert… S’il arrive à boucler son budget.

 

C’est à Hennebont, dans le chantier nautique de Davy Beaudart que le navigateur néo-zélandais prépare son monocoque en vue de la New York – Vendée (Les Sables d’Olonne). Sur les bords du Blavet, sa petite équipe composée avant tout de copains fidèles, travaille en vue de mettre en configuration course son nouveau monocoque. Entre objectifs de résultats et volonté éthique, Conrad Colman a des idées et de l’énergie à revendre.

 

Vendée Globe : Conrad, où en est votre projet de participer au prochain Vendée Globe ?

Conrad Colman : commençons par les points positifs. Je dispose d’un bateau qui peut tirer son épingle du jeu au sein de la flotte des monocoques à dérives classiques et j’ai une petite équipe autour de moi qui travaille d’arrache-pied pour que nous soyons prêts dans les délais.

En revanche, il me manque encore une grosse part du budget pour pouvoir être présent au départ le 8 novembre prochain.

 

VG : Pourtant, votre dernier tour du monde s’était soldé par un succès d’estime important auprès du grand public.

CC : oui, je crois que la décision que j’avais prise, suite à mon démâtage au large du Portugal, de vouloir en terminer coûte que coûte avait touché les gens. Bien involontairement, cet accident m’a permis d’écrire une belle histoire. Je n’en ai pris conscience que lorsque je suis arrivé aux Sables d’Olonne et que j’ai vu cette foule qui m’attendait dans le chenal. C’était particulièrement émouvant…

 

VG : Pour ce tour du monde, vous disposez d’un nouveau bateau…

CC : oui et c’est plutôt une belle histoire. En 2008, pour ma première venue en France, je suis allé aux Sables d’Olonne quelques semaines avant le départ. Un seul bateau était déjà à quai, le Sill et Veolia de Roland Jourdain, un plan Lombard qui sortait tout juste du chantier. Je me suis dit qu’un jour, je naviguerai sur ce bateau et c’est lui qui est là dans le hangar.

 

VG : Comme en 2016, vous avez prévu de vous affranchir des énergies fossiles…

CC :  je ne peux pas imaginer faire autrement. Cela m’avait plutôt réussi en 2016 et c’est conforme à ce que j’ai envie de défendre. Nous serons deux marins, en 2020, à faire le pari d’un tour du monde sans énergie fossile puisqu’Alex Thomson a prévu de configurer son nouvel IMOCA pour être totalement autonome. Qu’un marin qui vise la victoire choisisse de faire confiance aux énergies renouvelables est un signe. Imaginons que l’un comme l’autre, nous finissions notre prochain tour du monde, cela donnerait à réfléchir.

 

VG : Quels objectifs sportifs, vous êtes-vous donné ?

CC : D’être à la lutte avec les meilleurs bateaux à dérives. Il y a, dans ce groupe, de bons marins qui constituent des références. Damien Seguin et Romain Attanasio vont être de redoutables concurrents sans compter Jean Le Cam qui possède une expérience incomparable. Clarisse Crémer, dispose d’un très bon bateau et progresse à belle vitesse : elle sera dans le coup, elle aussi. Ce sera une course dans la course, mais qui risque d’être tout aussi passionnante que la bagarre pour la tête de flotte.

 

VG : Reste à trouver le budget. Vous êtes-vous fixé des échéances ?

CC Disons que d’ici deux mois, il faut que des choses se soient débloquées. Nous nous sommes donné un objectif : être au départ de la New York – Vendée. J’ai d’ores et déjà des partenaires techniques qui me suivent, autour d’un projet écologiquement responsable comme les cordages Marlowe, One Sails ou Sicomin qui produit des résines biosourcées. Je me dis que compte tenu de mon expérience (trois tours du monde en course), de l’engouement pour les énergies vertes et du capital de sympathie qui m’a suivi lors du dernier Vendée Globe, ce n’est pas un gros risque pour un partenaire. Quand on sait que l’investissement sur un projet Vendée Globe est quasiment rentabilisé avant le départ de la course, je me dis qu’il faut y croire. Avis aux amateurs !