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Jean Le Cam : Le Vendée Globe 2020 sera l’édition charnière

Mise à l'eau du bateau de Jean Le Cam
© Kris Askoll

À Port-la-Forêt, Hubert,  le monocoque baptisé ainsi en hommage à Hubert Desjoyeaux, grand frère de Michel trop tôt disparu, attend sagement son heure, au sec. Bientôt, il entrera en chantier à la place de Groupe Apicil, le bateau de Damien Seguin. Pour Jean Le Cam, les échéances se précisent…

 

Vendée Globe : l’inscription est validée, on devrait donc voir Jean Le Cam au départ du prochain Vendée Globe ?

Jean Le Cam : c’est tout le mal que je me souhaite. Il nous reste encore à convaincre quelques partenaires pour avoir la garantie d’être au départ. Mais on va s’y atteler sérieusement. En revanche, on va procéder de manière différente par rapport à l’édition 2016. Le projet participatif, tel qu’on a pu le monter était passionnant, d’une richesse humaine phénoménale… Mais c’est franchement épuisant.

 

VG : comment comptez-vous faire pour réunir les fonds nécessaires, du coup ?

JLC : on est parti sur l’idée de trouver quatre partenaires à parts égales qui investiront sur le projet « Yes We Cam ». Ce sera le nom du bateau. Ensuite, chacun peut communiquer comme il le souhaite autour de ce nom. L’avantage de cette formule est qu’on ne fait d’ombre à personne. Chaque partenaire tablera sur 280 000 € par an, soit l’équivalent d’un budget Figaro. Maintenant, si un gros sponsor voulait investir sur la totalité, j’aurais mauvaise grâce à refuser.

 

VG : vous avez déclaré que de tous vos Vendée Globe, c’est celui de 2016-2017 qui était le plus beau…

JLC : parce que ce n’est pas que le résultat qui entre en ligne de compte. Là, c’était toute une communauté qui s’était mobilisée autour de mon projet, des centaines de personnes qui ont embarqué dans l’aventure. C’est forcément très motivant de se dire qu’on est en train de partager cette histoire avec tous ces gens qui ont cru dans l’idée. Au final, je boucle le tour en une semaine de moins que lors de l’édition précédente. J’étais comblé…

 

VG : transmettre vos émotions, c’est indispensable ?

JLC : sinon, nos projets n’auraient pas de sens. Depuis que je navigue en course, j’ai toujours voulu partager avec ceux qui nous suivent, faire connaître ce que l’on vit. Le Vendée Globe, par sa dimension exceptionnelle, par son audience, m’a permis de venir à la rencontre du grand public. Ça a marché parce que je n’ai jamais cherché à tricher. Les gens savent reconnaître ce qui est de l’ordre du vécu. Le seul message que j’ai voulu transmettre, c’est que le Vendée Globe n’est pas qu’une course, c’est une aventure au quotidien.

 

VG : ensuite, il y a eu les fameuses vidéos de Jean Le Cam…

JLC : c’est mon truc. Il y a tout ce que j’aime : l’image (je suis plutôt BD que livres), un peu de technique, le mélange entre spontanéité et travail du clip, oui c’est vraiment quelque chose que j’aime. Je me suis bien pris au jeu.

 

VG : on peut encore améliorer Hubert pour le prochain Vendée Globe ?

JLC : toujours… On va essayer d’optimiser la jauge, gagner encore 200 kilos. Plus un bateau est léger, plus il est facile à mener. Après on travaille à limiter les consommations d’énergie fossile : en plus des hydrogénérateurs, j’aurai des panneaux solaires. Si tout se passe bien, je risque de ne plus avoir besoin du moteur. Il faudra juste ne pas oublier de le faire tourner de temps en temps.

Je n’ai qu’un objectif : finir en tête des bateaux à dérives droites. Les écarts avec les foilers sont devenus tellement énormes : c’est clair que l’on aura maintenant deux courses dans la course. Pendant la Transat Jacques Vabre, les foilers les plus aboutis nous rendaient près de six nœuds. On ne peut pas lutter.

 

VG : Quel regard portez-vous sur la foison de projets neufs ?

JLC : qu’il y ait quatre cabinets d’architectes différents qui s’investissent, c’est génial. On va avoir de véritables éléments de comparaison. Ça nous change des années où toute la flotte suivait les mêmes modes : on a eu les années VPLP-Verdier, les années Bruce Farr, les années Finot. Là, on a des vraies différences. J’aime bien le projet de Samuel Manuard et d’Armel Tripon. C’est une démarche osée, donc très intéressante. Et bravo au sponsor qui a eu le courage de suivre dans cette voie originale.

Maintenant, j’ai un peu peur que le Vendée Globe devienne une bagarre d’architectes : la forme des foils, la recherche de puissance, je ne sais pas dans quelle mesure, les skippers ont eu leur mot à dire. À l’arrivée de la Transat Jacques Vabre, ils étaient plusieurs à se demander comment ils allaient faire en solitaire. En un an, on ne peut plus changer son fusil d’épaule. Après, il y a des évolutions qui me semblent logiques : que les marins veuillent se protéger est dans l’ordre des choses, d’autant que les bateaux vont de plus en plus vite. Déjà que nos bateaux ne sont pas vraiment confortables…

 

VG : et pour l’avenir ?

JLC : l’évolution est fulgurante. Ça va vite,  loin… Très vite, très loin. En 2016, les foils ont été utilisés en moyenne 15% du temps. Ils pouvaient être rentrés si besoin. Là, les appendices ont pris une dimension phénoménale. Ce qui veut dire aussi des risques de rencontre avec des OFNI multipliés. Avec nos dérives droites, on n’offre pas beaucoup de surface. Un foil déployé dans l’eau, c’est une manière de ratisser la mer. Ensuite, je pense que 2020 va permettre de tirer les enseignements : là, on part quand même dans l’inconnu, on a franchi un palier. Et n’oublions pas que plus on innove, plus on prend de risques. Le Vendée Globe 2016 avait été une exception au regard du nombre de concurrents qui ont rejoint l’arrivée. Ce ne sera pas la même musique.

 

VG : et Jean Le Cam, il se situe où ?

JLC : je me dis que je suis très content de naviguer sur mon bateau. Il va y avoir une vraie bagarre entre les IMOCA à dérives droites, une dimension sportive indéniable. On sera une quinzaine avec quelques bons clients comme Damien Seguin qui finit sa préparation chez nous.

Maintenant, mon programme est simple jusqu’au Vendée Globe. Pas de transat à l’ordre du jour, inutile de prendre le risque de casser du matériel. En revanche quelques jolies opérations partenaires comme un passage à Brest 2020. Faire se rejoindre les marines anciennes et modernes, c’est toujours un plaisir.

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