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Les marins au temps du confinement

Photo sent from the boat Queguiner - Leucemie Espoir, on January 13th, 2017 - Photo Yann EliesPhoto envoyée depuis le bateau Queguiner - Leucemie Espoir le 13 Janvier 2017 - Photo Yann EliesPot au Noir

Chantiers arrêtés, course transatlantique probablement reportée, mises à l’eau et entraînements renvoyés à une date ultérieure… Comme nous tous, les skippers du Vendée Globe sont cloués au sol et naviguent à vue dans le brouillard en attendant l’éclaircie. Comment font-ils pour rester mobilisés vers leur objectif de l’année, le tour du monde en solitaire sans escale et sans assistance qui partira le 8 novembre prochain des Sables d’Olonne ? Les témoignages d’Arnaud Boissières, Jérémie Beyou, Clarisse Cremer, Samantha Davies, Sébastien Destremau, Louis Burton et Fabrice Amédéo.

Solidarité

Aujourd’hui, comme l’ensemble de la population, les skippers du Vendée Globe vivent à l’heure de la crise sanitaire. Les chantiers de construction et de préparation des bateaux sont à l’arrêt. Les navigations interdites. Une partie des équipes techniques est au chômage complet ou partiel. Les marins, eux, sont confinés chez eux. « On n’a pas le choix que de rester philosophe ! Ce n’est que du sport, ce n’est rien par rapport aux conséquences sur la vie économique. Et puis devoir s’adapter, c’est un exercice mental dont nous avons l’habitude en voile », relativise Clarisse Crémer (Banque Populaire X) dont le bateau devait être remis à l’eau lundi.

Chez les marins, le message dominant est sans équivoque : la solidarité avant tout. Samantha Davies est particulièrement sensible à ce thème. « Avec Mécénat Chirurgie Cardiaque, on est en contact avec les gens du milieu hospitalier. En ce moment, il y a des enfants en France avec une chirurgie programmée, qui ont besoin de lits de réanimation et qui vont devoir attendre. C’est compliqué pour eux, pour les familles. Alors on veut être de bons exemples et respecter les consignes à 100% ».

Bénéfices collatéraux

Depuis le jardin de sa maison de Saint-Malo, Louis Burton (Bureau Vallée 2) va même plus loin : « Nous avons le devoir de rester un vecteur d’enthousiasme ! Et si l’on philosophe un peu, on peut se dire que c’est la nature qui nous met un grand coup de latte derrière les genoux et nous oblige à laisser respirer la planète ». Une pensée largement partagée par Sébastien Destremau dont le bateau (Faceocean) venait d’entrer en chantier lorsqu’il a fallu plier bagage.

Contraints de demeurer chez eux, les marins en profitent pour se consacrer à des tâches parfois négligées, faute de temps. « J’ai une société à gérer, alors je fais de l’administratif, confie Arnaud Boissières, un des premiers à avoir annoncé la mise en sommeil des travaux sur son bateau La Mie Câline-Artisans Artipole. Je vais aussi accentuer ma préparation physique. Sans pour autant devenir un Arnold Schwarzenegger ou un Jérémie Beyou, je vais y consacrer plus de temps ! Ça permet d’être bien dans sa tête, d’évacuer le stress ». Clarisse Cremer et Sam Davies suivent les vidéos ou les programmes envoyés par leur coach sportif respectif ; Jérémie Beyou aligne les kilomètres sur son vélo d’appartement. A Toulon, Sébastien Destremau s’est remis à pédaler dans les collines du Mont Faron, lui qui avait mis sa prépa physique en dernière ligne de ses priorités.

Quand ils ne transpirent pas, les navigateurs planchent sur la météo, les road books, les études de cas sur le parcours du tour du monde, les routages. Chez Charal ou Banque Populaire, on s’attelle aussi à l’analyse des données de performance et les polaires* du bateau.

Cet épisode contraignant a enfin une vertu imprévue, celle de permettre à ces hommes et à ces femmes, totalement happés dans leur quotidien par leur projet de tour du monde, de passer plus de temps en famille. « Avec Romain (Attanasio, skipper de Pure), on avait peur de ne pas être de très bons parents cette année. Mais là, on en profite vraiment tous ensemble », se réjouit Sam Davies.  « Le positif dans tout ça, confirme Fabrice Amédéo, c’est de passer tout ce temps avec mes enfants. C’est une chance d’une certaine manière. C’est ce qu’il y a de bon à prendre à sept mois du Vendée Globe ».

Incertitude sur les courses transatlantiques et la reprise des navigations

Le planning de ce printemps était effectivement très chargé pour l’ensemble des prétendants au Vendée Globe : sorties de chantiers d’hiver, mises à l’eau, jauge, navigation pour les 60 pieds modifiés et surtout pour les bateaux neufs. Les deux courses transatlantiques en solitaire, véritables tests de fiabilité en situation, et occasion pour certains de valider leur qualification, étaient au cœur de ce programme.

Aujourd’hui, onze marins doivent encore se qualifier pour pouvoir présenter leur dossier d’inscription au Vendée Globe. Et quatre d’entre eux ** doivent théoriquement disputer une transat en course et en solitaire. La Transat CIC, dont le départ devait être donné de Brest le 10 mai, risque d'être reportée. Elle devait être suivie de la Transat New York – Vendée (départ le 16 juin).  Mais face à l’incertitude, tous les acteurs  - organisateurs, classe Imoca, direction de course du Vendée Globe - se concertent pour élaborer des solutions de remplacement en fonction de l’évolution de la crise sanitaire.

Tous les coureurs, y compris les mieux avancés dans leur projet, militent pour qu’une course en solitaire longue distance puisse avoir lieu dès que la situation se débloquera. « Chez Charal, on n’est pas les plus à plaindre dit Jérémie Beyou. Le bateau a beaucoup navigué (même s’il doit tester de nouveaux foils, ndr), l’équipe est rodée. Mais sur le programme à venir, il faudra tenir compte des différents profils d’équipe, parce qu’on a besoin de tout le monde, c’est important ! C’est important pour la qualité du Vendée Globe et la fiabilité des bateaux ».

*Vitesses maximales du bateau dans toutes les conditions de vent et de mer, à toutes les allures et dans toutes les configurations de voilures/réglages. Des polaires précises sont  des informations indispensables pour pouvoir élaborer des routages cohérents via les logiciels de navigation utilisés pas les solitaires en mer.

**  Selon les règles de l’avis de course du Vendée Globe, Clément Giraud, Kojiro Shiraishi, Isabelle Joschke et Armel Tripon doivent disputer une course transatlantique en solitaire pour se qualifier.

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