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Ari Huusela, le skipper qui rapporte des masques

Ari Huusela avril 2020
© DR

Ari, comment la crise sanitaire est-elle vécue en Finlande ?
« Le pays a été confiné en grande partie, mais c’est terminé depuis une semaine. Les gens se promènent dans les parcs. On peut toujours voyager, même si on déconseille aux personnes de se rendre dans leur résidence secondaire. De mon côté, j’ai l’intention d’aller skier en Laponie, d’ici une semaine. Il y a des mesures de distanciation sociale à respecter, les pistes sont fermées, mais comme il est tombé beaucoup de neige, on peut faire du ski de randonnée. Ce sera l’occasion pour moi de travailler ma préparation physique. »

Finalement, vous n’avez presque pas arrêté de voler ?
« J’ai effectué quelques vols jusqu’au 2 avril. Deux semaines plus tard, mon employeur, Finnair, m’a rappelé pour savoir si je pouvais faire deux voyages vers la Chine pour récupérer des masques, des vêtements et des équipements de protection. Juste en mode transport de matériel. Nous étions dans un Airbus A 350 avec 336 sièges vides ! Six pilotes étaient à bord pour assurer ce vol de 24 heures. Nous avons fait un stop de seulement 2 heures à Shanghai. Nous sommes restés dans l’avion le temps du chargement. En ce moment, 5 des 24 longs courriers de la Finnair effectuent ces missions de transport depuis l’Asie. Mais j’espère pouvoir retravailler (normalement) bientôt. Cela dit, je pense que la crise du coronavirus va impacter le trafic aérien pendant plusieurs années. »

Quelles sont les conséquences pour vous, pour votre emploi ?
« Je suis plutôt dans une situation favorable. Au moment du départ du Vendée Globe, j’aurai 58 ans : mon anniversaire est en octobre. Même si j’ai encore très envie de voler, je pourrai alors choisir, si la situation ne s’améliore pas, de partir à la retraite et de me concentrer sur autre chose comme… naviguer. »

© DRLa Finlande semble être un pays très progressiste, avec une jeune femme Premier Ministre à sa tête …
« Oui, nous avons eu de la chance avec l’arrivée de Sanna Marin (34 ans) il y a quatre mois. Elle a été claire et très efficace dans ce contexte compliqué. D’autres jeunes femmes sont aussi au gouvernement. Et l’économie finlandaise est plutôt solide. Notre problème est le vieillissement de la population et le taux de natalité qui n’est pas assez élevé. Plus le fait que nous allons devoir couvrir des dépenses dues à la crise du Covid 19. Mais globalement, la situation n’est pas trop mauvaise. Et c’est la même chose pour la compagnie dans laquelle je travaille (Finnair), dont le capital est détenu à 55% par l’Etat. Nous avons de la trésorerie. »

Comment tout cela affecte t-il votre programme pour le Vendée Globe ?
« C’est quand même un peu délicat en ce moment. Nous sommes en discussion avec un partenaire important, même s’il nous manquera toujours une partie du budget. Cela dit, si ça marche, nous serons en bonne position pour faire tout ce dont nous avons besoin avant le départ. On a beaucoup travaillé sur la nouvelle quille et le nouveau bulbe. Nous avons trouvé une compagnie finlandaise pour les réaliser. De même, ce sont des ingénieurs finlandais qui ont assuré les calculs de structure, en collaboration avec l’architecte du bateau Merf Owen. Il était important pour nous et pour les sponsors de faire travailler des entreprises locales. L’idée est d’emmener le bateau à Caen, au chantier V1D2, au tout début de l’été, pour tout finaliser et tester. Si tout va bien, fin juillet, le bateau sera prêt. Nous attendons aussi des voiles qui doivent arriver d’Italie de chez OneSails, un designer qui sera un nouveau venu dans l’univers de l’IMOCA. »

Vous êtes confiant dans votre capacité à être prêt, en termes de préparation et de navigation à bord de ce bateau qui a déjà trois tours du monde ?
« Oui, même si le temps passe vite ! Je suis heureux avec ce projet et très impatient d’y aller. J’ai fait 25 000 milles avec ce bateau. Et même si je ne fais pas de courses cet été, je me sens prêt. Je me suis entraîné en mer Baltique, j’ai fait des opérations d’hospitalité à Helsinki. J’ai un bon bateau et je suis déjà qualifié grâce au nombre de milles parcourus en compétition (Route du Rhum, Bermudes 100 Race, Transat Jacques Vabre).»

Qu’avez-vous appris pendant les courses effectuées ces deux dernières années ?
« Beaucoup de choses, notamment sur la confiance en moi et la confiance dans le bateau. J’ai appris que je pouvais surmonter des situations difficiles (le mauvais temps au départ de la Route du Rhum, par exemple) et que je devais aussi être plus proactif avec le bateau, anticiper davantage sur les manœuvres, les changements de voiles. Ces courses m’ont aussi permis de bien travailler sur mon pilote automatique et sur mes instruments de navigation. »

 

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