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A la rencontre de Stéphane Le Diraison

Stéphane Le Diraison

Né le 5 juin 1976 à Hennebont, dans le Morbihan
Vit entre Boulogne Billancourt et la Bretagne Sud (Lorient/Vannes)

MON PARCOURS

Mes études : Parcours universitaire jusqu’à la maîtrise (master 2) en ingénierie mécanique. Puis 3e cycle aux Arts et Métiers à Bordeaux, spécialité mécanique et matériaux composites.
Ma première vie : « Même si j’ai toujours beaucoup navigué,  j’ai eu une « vraie » vie professionnelle jusqu’en 2015.  J’ai travaillé dans différents secteurs d’activité autour de l’ingénierie pour de gros bateaux. Mais mon dernier poste en tant que salarié était responsable des énergies marines renouvelables chez Bureau Veritas. J’étais en charge de la filière éolienne offshore et hydrolienne en mer ».
La découverte de la mer et des bateaux : « J’étais encore dans un couffin. J’ai grandi à Lorient. Très précocement, j’ai pris la mer avec mes parents, sur un « Flirt », un petit  6 mètres de chez Jeanneau. On allait à Belle-Ile, Groix, aux Glénan… mon père était un passionné ».
Mon envie de prendre le large : « Il n’y a pas de début. Cela fait partie intégrante de ma vie. A Lorient, mes voisins de pontons de l’époque s’appelaient VDH et Alain Gautier. Je regardais avec curiosité et passion ce qu’ils faisaient. Mais ce qui a été déclencheur, finalement, c’est l’accident de deux-roues que j’ai eu à 16 ans. Je suis resté de longues semaines à l’hôpital. C’était au moment où Alain Gautier disputait son 2e Vendée Globe. Je suivais tout ça dans les journaux. Je me suis projeté là-dedans. Ça a été un énorme déclic émotionnel. C’est là que j’ai ancré l’idée que j’en serai un jour. Il a eu un avant et un après cet accident. J’ai gagné 10 ans de maturité d’un coup. C’est presque une chance que j’ai eue dans la vie. Ça m’a rendu déterminé dans tout ce que je fais. Parce que justement, je sais pourquoi je le fais.  Ça a été fondateur dans ma vie, dans mon parcours ».
La course au large, projet de vie : « Dès la sortie de l’hôpital. J’avais racheté une épave une bouchée de pain quand j’avais 15 ans. J’avais commencé à naviguer dessus avec une appétence pour le solitaire. A 15 ans, déjà, j’étais habité par l’envie d’être sur l’eau. Mais j’étais très humble, j’avais tout à apprendre. Je n’avais pas d’expérience en compétition, en régate. Alors je me suis retroussé les manches et j’ai fait mes gammes sur un tas de bateaux. J’ai construit mon parcours méthodiquement : mini de série, Proto, Class 40 puis IMOCA. A l’arrivée de la Route du Rhum 2014 en Class40, Pierre-Christophe Baguet, le maire de Boulogne-Billancourt me lance le défi d’être au départ du Vendée Globe 2016 ».
Un résultat ou l’expérience qui me rend fier : « Le Vendée 2016. Être au départ dans un laps de temps si court était un énorme challenge. La seule certitude quand on prend le départ du Vendée Globe, c’est qu’on va se mettre au défi. Le pacte est de faire face quoi qu’il arrive. On sait que dans plus de 50 % des cas, on n’arrivera pas au bout.  Mais malgré tout, ça a été une expérience extrêmement forte. Ma fierté est d’avoir respecté le pacte. Le bateau a démâté dans le sud de la Tasmanie, mais j’ai réussi à le ramener tout seul à la voile jusqu’à Melbourne avec le sentiment du travail accompli. Melbourne n’était finalement qu’une escale avant le prochain Vendée Globe ! »

DU TAC AU TAC

  • Ta qualité principale dans la vie ? « La détermination ».
  • Ton principal défaut ? « Je souffre d’une certaine impulsivité. Je suis capable de prendre des décisions engagées rapidement. De m’enflammer ou de me bloquer. J’essaie de pondérer tout ça ! »
  • Si tu étais un animal : « Un Albatros. Il est libre, il voyage, il est un peu hors du temps ».
  • Si tu étais un végétal : « Je suis fasciné par les grands chênes pour leur robustesse, leur longévité ».
  • Si tu étais un film : « Breaking Bad, bien que je regarde très peu de séries ».
  • Si tu étais un livre : « Magellan, de Stefan Zweig. A l’époque, c’était pareil, il fallait trouver des sponsors pour partir en expédition ! »
  • Si tu étais une musique : « J’ai un faible, voire une passion pour l’opéra. Alors je dirais le morceau «Addio del passato » dans l’acte III de La Traviata, de Verdi ».
  • Si tu étais une couleur : « Le bleu, sans hésiter »
  • Ton rêve de bonheur : « ‘Le bonheur est un état d’esprit, il s’agit de la façon dont on regarde les choses’. C’est Walt Disney qui a dit cela. Mon idéal est d’être capable de saisir le bonheur partout ».
  • Ton héros dans la vie : « Ernest Shackleton pour son expédition incroyable en Antarctique ».  
  • Un aphorisme : « La phrase de Nietzsche : ‘Tout ce qui ne tue pas rend plus fort’ ».
  • Si tu n’étais pas coureur au large, tu serais : « Un chanteur d’opéra. Un ténor. Être capable de remplir de sa voix une salle de 300 personnes et de susciter l’émotion, c’est quelque chose de magique ».


MON VENDEE GLOBE 2020

Mes ambitions :
« Faire le tour du monde en 80 jours. Parce que c’est un symbole. C’est aussi un temps qui signifie qu’on est dans la course, dans la compétition. Pour mon bateau, 80 jours, c’est un objectif ambitieux qui nécessite une navigation sans faille, propre, inspirée ».
Ce qui m’empêcherait d’atteindre mon objectif (en dehors de la casse) : « J’ai un bateau de génération 2008. Même si on l’a boosté et qu’il a gagné en performance, intrinsèquement, ça reste un  bateau qui a 12 ans ».
Mon arme fatale : « Mon expérience de 2016. Quand on a vécu une avarie aussi sévère dans des conditions aussi sévères... Ma façon d’appréhender le mauvais temps n’est plus la même ».
Ce que serait pour moi un Vendée Globe réussi : « Au moment de couper la ligne d’arrivée, avoir le sentiment d’avoir tout donné et d’être allé chercher mes limites. D’avoir puisé dans des énergies insoupçonnées ».
Ce que j’ai envie de partager : « L’émotion de cette aventure. Les marins sont souvent pudiques avec leurs émotions. Je voudrais les partager en restant moi-même. Cela ne veut pas dire que je suis faible, mais je ne veux pas être dans l’intox du ‘Tout va bien’. Il faut être sincère dans ce partage ».
En trois mots, le Vendée Globe, c’est : « Défi. Hors. Norme. »
En trois images, le Vendée Globe, c’est : « L’arrivée d’Ellen MacArthur. Elle est deuxième, mais elle semble être vainqueur. Elle était allée au bout de ce qu’elle pouvait donner. La performance d’Yves Parlier avec son mât réparé. Le parcours 2008 de Michel Desjoyeaux, son opiniâtreté. C’était une leçon de mental ».
Je ne partirais pas autour du monde sans : « Des livres. Parce que quand on part pour si longtemps, on n’a pas la possibilité de descendre en marche ! Il faut être capable de descendre virtuellement du bateau. C’est aussi un facteur de performance, la possibilité de prendre du recul. Quand j’ouvre un livre, c’est comme si je sortais du bateau ». 
Pour l’environnement : « Time for Oceans, c’est la réunion de ma vie d’avant, en tant qu’ingénieur pour le développement durable, et de ma passion pour la mer. Mon but est d’accompagner les entreprises partenaires du projet, la ville de Boulogne et ses habitants dans leurs démarches vers la transition écologique. Tous les partenaires ont décidé de se réunir sous la bannière Time for Oceans. Notre équipe travaille aussi sur l’aspect low tech dans la construction navale : réfléchir à des réalisations sans utiliser de moules, réintégrer des bois légers comme le balsa, éviter le préimprégné, employer des cuissons à des températures moins élevées, utiliser de la fibre de lin ou des résines biosourcées… A chaque solution envisagée, on regarde l’impact que cela peut avoir sur la performance et l’environnement. Et on fait bouger ces deux curseurs ».

 

 

 

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