22 août 2020 - 16h:00 • 2269 vues

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Jérémie Beyou aborde ce Vendée Globe 2020 dans la peau d'un favori. Pour le skipper de la baie de Morlaix qui, avec la maturité, a su acquérir une certaine sérénité, cette édition se présente sous les meilleurs auspices : un bateau neuf qu'il a eu le temps de développer et d'améliorer, une équipe solide, un partenaire fiable et motivé. Nombre d'atouts qu'il entend faire fructifier.

MON PARCOURS

Né le 26 juin 1976
Vit à Landivisiau
Mes études : « Bac E à Morlaix, une école de commerce à Brest »
Ma première vie : « J’ai toujours été baigné dans des histoires de mer, grâce au Figaro »
Mes premiers bords : « C’était en famille, en petite croisière avec les parents à la manœuvre. On n’est pas une famille de marins : il n’y a que mon père qui pratiquait en croisière. Je n’étais donc pas prédestiné à tout ça, mais ça m’a tout de suite plu, dès mes premiers bords en Optimist, en baie de Morlaix. »
Mon envie de course au large : « J’ai vite eu envie du large. Mes premières approches de la mer ont été la croisière, sur le littoral breton. Pouvoir naviguer de jour comme de nuit, traverser la Manche, faire le tour des cailloux… Tout cela, je l’ai vécu gamin… et c’était sympa ! J’adorais la régate entre trois bouées, qui m’a fait découvrir la compétition, mais j’ai rapidement cherché à m’engager sur les courses en habitable en équipage. La course océanique, c’est encore autre chose, et l’envie de longues traversées et de tours du monde est venue plus tard. »
Le large est devenu un projet de vie « Rapidement ! Pendant mes études à Sup de Co’ Brest déjà, où il y avait une section sportive de haut niveau qui nous permettait de faire les trois ans en quatre ans, je n’arrêtais pas naviguer. Je faisais du Moth Europe au pôle France à Brest tandis que mûrissait l’idée de faire la Solitaire du Figaro. En projet de soutenance de fin d’études (option ‘Création d’entreprise’), j’avais monté ma Sarl, pour porter mon projet Figaro. J’en avais profité pour faire mes démarches marketing et commerciales. En réalité, ce projet fin d’études était déjà un projet de vie. Et c’est toujours la même société qui gère mes affaires de voile aujourd’hui. »
L’expérience dont je suis le plus fier : « J’ai deux enfants magnifiques ! Avec la maturité, je crois que je suis fier d’avoir cru en mes rêves, de m’y être accroché et d’avoir tout fait pour que ça se réalise. Comme d’autres, j’ai participé au Challenge Crédit Agricole – un très bon tremplin pour la course au large –, que je n’ai pas remporté, mais j’ai tout fait moi-même, avec des gens autour de moi. Je n’ai pas attendu que ça tombe tout cuit dans la bouche. C’est pareil en mer : parfois, il y a des régates qui se passent bien, limite ‘faciles’, mais quand tu regardes tes victoires, il n’y en a pas tant, et ça ne se passe que rarement comme tu l’espères. Ces victoires que je suis allé chercher, cette vie à terre que j’ai provoquée, elles sont mes réussites. Et je suis convaincu que tout le monde peut le faire. »

MON VENDEE GLOBE A MOI

Mes ambitions : « Un jour, j’aimerais bien gagner cette course. Si ce n’est pas cette fois-ci, ce sera une autre fois, mais j’aimerais bien que cela arrive cette année. Je crois savoir ce qu’il en coûte pour arriver à la victoire. Il faut conjuguer une super préparation, la maîtrise sur l’eau… et un gros brin de réussite. Ces trois éléments-là ne sont pas faciles à réunir en même temps. Même si c’est mon ambition, statistiquement, il n’y a pas tant de chances que je l’emporte. Ce n’est pas une approche négative, parce que je crois fort en mes chances, mais il y a de la concurrence. Et il va se passer mille choses pendant la course. »
Le point faible (hors casse) qui pourrait m’en priver : « Une mauvaise stratégie, ou une mauvaise modulation de la cadence sont deux pièges qui peuvent coûter cher. Comme tu ne maîtrises pas ce que font tes concurrents, tu n’es pas à l’abri que l’un d’eux fasse zéro faute. Tout le monde va vite, les bateaux sont des bombes, et il y a de super skippers dessus. La différence se fera sur les bords que tu tires et l’intensité que tu es capable de mettre. En termes d’intensité, cette édition sera vraiment en haut de la pile. » »
Mon arme fatale : « J’ai envie. J’ai très envie. J’ai très, très envie. Si ça se présente bien, il faudra venir me chercher. »
Ma réussite serait : « D’avoir tout donné, de ne pas voir de regrets. C’est bateau, mais il n’y a rien de pire que de finir en regrettant plein de choses. Souvent, quand tu n’as pas de regrets, c’est que tu as gagné. Tu peux tomber sur un os, un gars qui fait une course exceptionnelle, et accepter de reconnaître la victoire de plus fort que toi. Mais dans tes choix, dans ta façon de courir, tu dois tout faire pour ne pas regretter quoi que ce soit. »
J’ai envie de partager… « J’aimerais bien arriver à partager l’intensité de ce qu’il se passe à bord. Ce sont des bateaux de dingues. Être tout seul au milieu de l’océan à fond de balle sur ces machines-là, c’est un truc à part, mais c’est hyper dur à retranscrire. Même les images n’y parviennent pas vraiment. Peut-être le son peut-il le faire, qui a une force qui permet de faire comprendre aux gens que c’est chaud. Mais quand c’est chaud, c’est compliqué de filmer et d’envoyer du son. Je vois là la limite du partage qu’on essaie d’organiser. Souvent, on raconte mieux après coup, d’autant que, sans image, cela laisse une part d’imaginaire à chacun. »
Mes trois mots pour le définir : « Extrême. Trois fois. »
Mes trois images qui le résument : « La victoire d’Alain Gautier a marqué ma jeunesse. J’étais – et je reste – fan absolu d’Alain. Alain, c’est la classe.
Mon arrivée la dernière fois, cette troisième place était méritée, je trouve. Ça m’a fait du bien. Il y a eu aussi la victoire et la course de Vincent Riou : j’étais proche de son projet à ce moment-là : j’avais fait la Transat Jacques Vabre avec lui. Quand il a gagné le Vendée Globe, je me suis dit : « S’il est capable de le faire, peut-être que moi aussi ? » Le fait que mon pote gagne le Vendée Globe m’a donné l’impression que j’étais capable de le faire. »
Les skippers qui m’inspirent : « Alain, Vincent, dont je viens de parler. C’est la classe et le sang-froid. Jamais un ‘pet’ de jeu. Ce sont des qualités que j’aimerais bien avoir : savoir ne pas exploser, ne pas être trop nerveux. Alain est calme, posé. Son Vendée Globe, il l’avait maîtrisé d’un bout à l’autre. Et puis l’image était belle : le bateau était tout blanc, nickel, Alain avait son écharpe rouge à l’arrivée, et il avait eu à peine un petit signe de la main pour célébrer sa victoire… Je trouve ça génial. »
Je ne partirais pas autour du monde sans… « connexion satellite et pilote automatique. Oui, je suis pragmatique. »


DU TAC AU TAC

Ta qualité principale : « L’opiniâtreté ».
Ton défaut : « C’est un peu la même chose : j’ai du mal à lâcher mon os ».
Si tu étais un animal : « Le bœuf ».
Si tu étais un végétal : « J’aime bien les plantes grasses de bord de mer, les pieds dans le sable ».
Si tu étais un film : « Le film du Vendée Globe de Loïc Peyron, avec tout ce qu’il avait filmé de son premier Vendée Globe. C’était un ‘inside avant l’inside’. Et le film de Christophe Auguin sur sa victoire. Celui-ci fout vraiment les jetons ».
Ton livre : « L’Equipe au quotidien me va très bien »
Ta couleur : « Black ».
Le bonheur dont tu rêves : « Gagner le Vendée Globe ».
Ton héros dans la vie : « Bruno Jourdren, mon premier entraîneur (navigateur de talent, il perd l’usage d’un bras dans un accident de moto à 18 ans, retourne à la voile sans presque dire un mot, devient médaillé d’argent paralympique aux JO de Pékin 2008, emporte la Transat AG2R 1998 avec Marc Guessard, et entraîne les plus grands, ndlr). J’admire aussi Franck Cammas pour sa méthode, et l’ensemble de son parcours. »
Ton aphorisme : « On ne lâche rien ! »  
Si tu n’étais pas coureur au large : « Ce serait dur ! Mais je serais dans le sport. Je transpire le sport, sur le terrain ou à côté ».

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