24 Octobre 2020 - 14h26 • 2649 vues

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Le skipper de Bureau Vallée 2 fait partie des récidivistes du tour du monde en solitaire. À deux semaines de son troisième départ, il insiste sur les prouesses physiques et mentales qu’exigent les nouveaux IMOCA.

Comment te sens-tu à 15 jours du départ ?
" C’est mon troisième départ, mais je n’avais pas terminé mon premier Vendée Globe en 2012, j’avais été victime d’une collision. Ça va, on est assez serein, toutes ces histoires de confinement, ça nous a un peu poussés à être prêts plus tôt que d’habitude. D’habitude, on est toujours un peu en train de bricoler ici. Là, on a navigué moins longtemps, et on s’est consacré à la préparation. J’ai plutôt la sensation de finaliser, de peaufiner. En plus, il y a la perspective d’une vraie semaine de repos avant le départ avec le confinement imposé.

Tu n’as pas disputé de course en 2020, hormis les runs du Défi Azimut. Comment s’est passée cette année particulière pour toi et ton équipe ?
J’ai le bateau depuis quatre ans, alors je pense que je dois être celui qui a fait le plus de milles avec. C’est vrai que ça a été une année très particulière, et nous n’avons pas un énorme budget alors on n’a pas pu faire tout ce qu’on voulait. On a pris du retard sur la mise à l’eau… Et l’année du Vendée, il y a toujours un enjeu entre naviguer beaucoup, prendre des risques de casser ou y aller plutôt « piano » et travailler sur la préparation. On a plutôt choisi cette option-là. On avait pas mal de petits trucs à améliorer, à renforcer. Les bateaux qui sont sur le même niveau de performance, on les connaît déjà car ils sont sur le plateau depuis un moment. Mon bateau a gagné la précédente édition du Vendée Globe sous les couleurs de Banque Populaire avec Armel Le Cleac’h. On s’était engagé à le racheter juste avant le Vendée Globe et puis il a gagné, donc c’était cool ! On l’a récupéré en avril 2017. C’est un bon bateau, fiable. On a eu quand même pas mal de petits ennuis, ça nous a permis de voir les fragilités qu’il pouvait avoir. On espère avoir fait le tour de la question et avoir un bateau qui est au max de sa fiabilité, c’est hyper important pour le Vendée.

Qu’avez-vous optimisé sur le bateau ?
On a beaucoup travaillé sur l’ergonomie, le confort à bord du skipper. Je pense qu’on ne se rendait pas forcément compte, quand les bateaux à foils sont sortis, à quel point ça allait être invivable, à quel point ça allait mouiller etc. D’ailleurs, quand on voit comment les cockpits sont fermés et protégés sur la génération suivante de bateaux, on comprend !

On a  aussi installé un système de vérin pour pouvoir régler l’incidence des foils. On a travaillé sur les voiles, le gréement. On a fait une prépa la plus performante possible tout en étant dans un budget raisonnable.

© Stéphane Maillard

Physiquement, es-tu préparé et as-tu des protections corporelles ?
J’ai un kiné et un ostéo qui me suivent depuis quatre ans, parce que ce sont des machines qui fatiguent, qui fatiguent les articulations etc. Je suis très bien suivi à ce niveau-là. Au niveau préparation physique aussi. Ensuite j’ai un casque, des genouillères. On a aussi ajouté pas mal de mains courantes, pas mal de choses pour se tenir à bord.

Et au niveau de la préparation mentale ?
C’était la première fois que je le faisais cette année. Il y a quatre ans, pour la première fois, des skippers abandonnaient une course parce que les bateaux étaient devenus invivables. Ça veut quand même dire que tu as intérêt à être sacrement prêt dans ta tête parce qu’il faut une résistance énorme. Il faut trouver des solutions pour supporter ça, garder la motivation et la foi ! On a bossé là-dessus, notamment sur l’idée de « réduire » la taille de la planète dans sa tête. Parfois sur le Vendée Globe, tu peux avoir 1500 milles de retard ou 1500 milles d’avance et il faut rester motivé parce qu’à l’échelle d’un tour du monde, ce sont des écarts qui peuvent être comblés. Ensuite, il faut être capable d’aller retrouver des images positives rapidement quand tu as un coup de mou au moral. J’ai associé des images agréables avec des huiles essentielles. Je respire ça, et c’est censé - je vous dirai si ça a fonctionné – me ramener dans des moments agréables que ma coach Claire Desmars m’a fait lui raconter, avec les enfants par exemple. L’idée c’est vraiment d’associer des idées positives à des sensations olfactives ".

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