27 Octobre 2020 - 18h30 • 3057 vues

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Le tour du monde à la voile, en course, Kevin Escoffier connaît. Mais à bord de PRB, le Malouin va tenter de conjuguer au plus que parfait sa vraie découverte du solitaire, les performances de son monocoque âgé mais surboosté et sa soif de vaincre.

C’est ton premier départ de Vendée Globe de « l’autre côté de la barrière » : en 2016, tu étais responsable du bureau d’études chez Banque Populaire. Quel est ton sentiment ?
« Il y a un peu moins de monde par rapport aux précédentes éditions auxquelles j’ai pu assister. Cette année, je porte les couleurs d’un sponsor vendéen qui a beaucoup de supporters d’ici. Ça fait vraiment plaisir ! Les gens sont motivés à venir sur le village, quand tu vois les démarches qu’il faut faire pour venir voir nos bateaux : aller sur Internet, réserver son créneau… C’est normal dans le contexte, mais c’est contraignant, il y a un peu d’attente… Les gens sont vraiment des passionnés et ça, ça fait vraiment plaisir.

Je me trouve étonnamment serein. Je pense que la pression va monter tranquillement. Je remonte chez moi samedi (il y a trois jours, ndr) pour me confiner en Bretagne pour 12 jours. On va vivre au rythme des tests Covid et se confiner parce qu’on ne veut prendre aucun risque. Avec le protocole sanitaire mis en place par l’organisation, on ne peut pas prendre le départ si on est testé positif, ou seulement 8 jours après, ce qui n’est pas envisageable pour moi.

Tu as l’air solide sur tes appuis, et tu as l’air d’évoluer dans projet structuré. Est-ce que vous avez coché toutes les cases ou est-ce qu’il y aura un peu d’improvisation quand même sur ce Vendée Globe ?
© Jean-Marie Liot / Alea / VG2020
L’idée, c’est qu’il y en ait le moins possible. Je laisse une part de feeling aux navigations, mais pour pouvoir improviser, il faut que la base soit solide et ça fait un an et demi qu’on travaille pour ça. J’ai l’avantage d’avoir eu l’habitude de travailler dans des teams très structurés, ça m’a permis d’apprendre. J’ai travaillé également sur la Volvo Ocean Race, où l’on fait 9 étapes en 9 mois de course. Cela m’a permis d’acquérir de l’expérience sur les phases de départ, ce qui me rend plus serein. À chaque fois que j’ai dû prendre une décision sur le projet, je l’ai prise en pensant sur le long terme dans l’optique du Vendée Globe.

Comment appréhendes-tu le fait d’être seul pendant si longtemps ?
La solitude ne me fait pas peur. Quand on fait de l’équipage, c’est compliqué également ! Quand tu pars en vacances avec ta famille ou tes amis pendant deux semaines, tu peux avoir des phases de tension. Ce qui fait que je ne redoute pas la solitude, c’est le but à atteindre, c’est la compétition. Le fait de naviguer en solitaire était un point d’interrogation quand j’ai accepté le projet. J’ai axé ma préparation en naviguant un maximum en solitaire, je suis revenu du Brésil jusqu’à Port-la-Forêt tout seul après la Jacques Vabre. Ce qui m’a rassuré, et disons que ça a validé cet aspect, c’est la Vendée – Arctique – Les Sables d’Olonne, où j’ai pris beaucoup de plaisir à naviguer tout seul et à affronter les autres en solo. Je pense ne pas avoir été trop ridicule pour une première régate en solitaire.

Comment est-ce que tu te situes dans la flotte ? Quelles sont tes ambitions ?
Mon ambition, c’était d’avoir un bateau fiable et performant. Le but, c’est de finir. Je ne dis pas ça pour être trivial ou ne pas répondre à la question. Évidemment, je vais jouer la compétition, et bien évidemment que le but n’est pas de finir en 90 jours et en naviguant les deux pieds sur le frein. Je vais naviguer de la même façon que sur la Transat Jacques Vabre et la transat retour, lors desquelles l’idée était de trouver un rythme – de sommeil, d’utilisation du bateau, etc – que je pensais être capable de tenir sur le Vendée Globe. J’aimerais être devant tous les bateaux de l’ancienne génération, et si au passage je peux aussi mettre un ou deux bateaux neufs derrière… Je le ferai ! Il ne faudra pas se limiter aux réglages que l’on avait trouvé avant de partir. Il faudra continuer à bosser, trouver des moyens d’aller plus vite, de faire de belles manœuvres… Se faire un peu plaisir fera passer le temps plus vite.

Comment gères-tu le dossier « vêtements » ?
© Eloi Stichelbaut / PRB
Je prends des grosses grosses polaires hautes et basses. Je travaille avec un partenaire vêtements, North Sails, qui développe des vêtements pour le large. Le Goretex, c’est obligatoire : on a besoin d’avoir des vêtements qui respirent. On est quand même beaucoup moins exposé que sur une Volvo Ocean Race où l’on passait « 4 heures sous la lance à incendie » - c’était notre expression. J’ai pris le même sac de couchage que sur la Volvo. Un ciré à zip parce que comme on est abrité sous la casquette, on peut passer du temps sans avoir les cols latex.

Il pèse combien ton sac de vêtements ?
Je ne l’ai pas encore pesé. Pour donner une idée, sur le tour du monde en équipage, pour 30 jours, on avait 6,5 kilos - sans les bottes et le ciré - pour tous nos effets personnels. J'embarque aussi un peu de lessive pour prendre moins d’affaires. Par expérience, à chaque fois que je repars en mer, j’élimine des trucs. J’embarque des casquettes aussi, c’est très important pour protéger la tête, les yeux, et tenir chaud.

Tu as la réputation d’être un bon bricoleur, embarques-tu beaucoup de matériel ?
On a comparé les listes des différents projets sur lesquels j’ai pu travailler avec les listes de PRB et on a adapté ce matériel au bateau. Il y a pas mal de colle à prise rapide, des patchs de composite à utilisation rapide, un dessalinisateur qui est obligatoire, une génératrice… Une hydrogénératrice de spare. C’est quand même super intéressant de pouvoir fonctionner sans moteur. J’ai des partenaires qui sont très impliqués là-dedans, comme WWF, mais c’est aussi pour le confort. Ça me permet d’embarquer moins de gasoil. J’ai aussi un safran de spare.

Tu peux changer un safran « facilement » ?
Non, c’est un petit dossier quand même, mais c’est faisable. La navigation à grande vitesse fait que, quand le bateau sort de l’eau par exemple, l’effort est important sur les safrans. On a vu qu’il y avait déjà eu des casses, il y a eu des abandons sur le dernier Vendée Globe à cause de casse de safran.

As-tu un pilote automatique de spare ?
C’est déjà à poste, tout est doublé. En fait, il y a deux choses : le calcul du vent et le pilote automatique. J’ai deux systèmes en double et les deux systèmes peuvent être interchangeables.

Si tu avais une baguette magique qui te permettait d’exhausser un vœu, quel serait-il ?
Gagner avec une baguette magique, ça fait perdre de la saveur à la victoire ! Ce qu’on cherche en solitaire, c’est de savoir ce qu’on vaut, c’est aussi le but. Même si les victoires sont aussi liées à ton bateau et à son potentiel, c’est toi qui as bossé pour l’avoir, cet outil. La victoire ce n’est pas forcément d’arriver le premier ; la victoire, c’est de faire des belles manœuvres, une belle régate, une belle trajectoire. C’est d’abord ça. J’ai envie de savoir que cette place - même si ce n’est pas exactement celle dont je rêvais - soit méritée, et pas obtenue grâce à une baguette magique ! »

 

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