13 Novembre 2020 - 17h50 • 72902 vues

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À chacun sa façon d’aborder Thêta, la plus grande dépression affrontée depuis ce début de Vendée Globe. Alex Thomson (1er à 15h) et Jean Le Cam (2e) ont choisi la trajectoire la plus engagée quand Charlie Dalin, Thomas Ruyant et Kevin Escoffier la contournent davantage par l’Ouest. Dans le même temps, les écarts se creusent avec le reste de la flotte. À 15h00, 620 milles séparaient Alex Thomson de Sébastien Destremau (31e). 

Thêta, « la catapulte »

Sur la cartographie, l’homme à terre, affairé depuis cinq jours sur les trajectoires pixélisées de la cartographie, voit une spirale qui gonfle irrémédiablement et qui grossit. En mer, Thêta n’a rien d’un graphique théorique et cyclique. C’est une dépression tropicale, la 29e de l’année - un triste record - qui charrie en son cœur des vents puissants (plus de 40 nœuds) et des creux conséquents (4m à 4,50m). « C’est le premier hors d’œuvre de ce Vendée », expliquait Kito de Pavant durant l’émission Vendée Live ce midi.

Dans les rangs des marins, chacun appréhende la dépression à sa façon. Il y a ceux qui la redoutent comme Clarisse Crémer (Banque Populaire X), qui écrivait cette nuit « avoir peur ». Il y a ceux qui jouent la prudence : « Il faut parvenir à bien placer le curseur entre vitesse et précipitation », ajoute Louis Burton (Bureau Vallée 2). Et puis ceux qui gardent le sourire, comme Kevin Escoffier, affairé à manœuvrer plus à l’Ouest malgré 30 nœuds de vent à la mi-journée. Car le skipper de PRB sait que cette dépression a valeur de juge de paix avant l’alizé : la dépasser au plus vite, c’est l’assurance de filer vers le Sud et de creuser l’écart, comme « une espèce de catapulte », dixit Burton. Et dans la flotte, tout le monde l’a compris.

Sir Thomson et « le roi Jean », duo de tête face à Thêta

© Olivier Blanchet / AleaLa fameuse dépression tropicale commençait à se combler, progressivement, en se déplaçant lentement vers l’Est. Les premiers à l’aborder en début de journée ont donc eu les conditions les plus rudes. C’est Alex Thomson qui s’est rapproché le plus de son centre à bord de HUGO BOSS. « Il s’agit de la route la plus engagée, la plus proche de la trajectoire optimum avec un vent de travers de 20 à 25 nœuds », soulignait dans la matinée Christian Dumard, le météorologue du Vendée Globe.

À 35 milles du Britannique, Jean Le Cam et son IMOCA à "dérives droites" étaient toujours là. Le « roi Jean » qui dispute son 5e Vendée Globe, savourait lors des vacations : « On est quand même à quatre jours de course, et je suis dans les temps des ‘foilers’. Papi fait de la résistance ! » Le marin de Yes We Cam! prévoyait de sortir de la dépression vers 21h. Le duo Thomson-Le Cam s’est fait rejoindre par un troisième homme : Nicolas Troussel. À bord de CORUM L’Épargne, lui aussi a pris une trajectoire plus proche du centre de la dépression.

Un trio en embuscade

© Jean-Marie Liot / AleaDerrière, Thomas Ruyant (LinkedOut), Charlie Dalin (Apivia) et Kevin Escoffier (PRB) ont fait preuve de prudence. En début de journée, ils ont décidé de se décaler à l’Ouest pour s’éloigner de la route optimale et éviter des conditions trop éprouvantes. « Je veux rester maître de mon destin », confiait d’ailleurs Kevin Escoffier alors qu’il naviguait par 30 à 35 nœuds. En milieu d’après-midi, le vent était moins fort (20 nœuds de moyenne) la mer légèrement moins formée que pour Alex Thomson et Jean Le Cam. 

Derrière les leaders, l’écart se creuse

« Thêta aspire bien le premier tiers de la flotte, mais le fait qu’elle ne s’active plus au Nord va bloquer le reste des concurrents », souligne Jacques Caraës, le directeur de course. Ainsi, pour les skippers suivant Alan Roura (La Fabrique, 18e à 15h), il va falloir s’armer de patience avec des vents moins forts, ne facilitant pas la transition vers l’alizé. « Le jeu va se refermer, on va voir accélérer les bateaux à foils », confirme Benjamin Dutreux (OMIA – Water Family). Les écarts commencent déjà à être conséquents :  à 15h, on comptait déjà plus de 620 milles de retard pour Sébastien Destremau (merci, 31e) par rapport à Alex Thomson.

Les « messieurs bricolage »

© Jean-Louis Carli / Alea / VG2020« Le Vendée Globe, c’est une emmerde par jour », disait Michel Desjoyaux. Et les skippers l’expérimentent au quotidien. Nicolas Troussel (CORUM L’Épargne) assure « passer plus de temps à réparer qu’à naviguer ». Sébastien Simon (ARKEA PAPREC) a profité de la proximité avec les Açores pour monter en haut du mât sans parvenir à résoudre complétement le problème (girouettes endommagées). Maxime Sorel (V and B - Mayenne) a constaté des problèmes de pilotes automatiques. Enfin, Louis Burton a transformé le pont de Bureau Vallée 2 en « atelier de composite » pour réparer une fissure sur une cloison. « J’appréhende la prochaine fois qu’on va refaire du près dans une mer formée », explique-t-il à l’unisson des autres skippers.

 

Par la rédac du Vendée Globe / Antoine Grenapin