24 Novembre 2020 - 09h00 • 28830 vues

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Jointe ce mardi matin, Alexia Barrier subissait encore les caprices du pot au noir. Mais la navigatrice de TSE - 4myplanet a eu de la visite, cette nuit...

« Je suis en train de galérer dans un grain du pot au noir, et dans un vent qui m’emmène au Sud-Est, alors que je veux aller au Sud-Ouest. Il ne me laisse pas le choix ! Je dois être la seule en tribord amures de toute la flotte actuellement, mais j’ai hâte de repasser en bâbord amures pendant dix jours. Si jamais je m’ennuie, je pourrai attaquer une écharpe : j’ai embarqué de quoi tricoter ! 

Les nuits sont pénibles à cause des grains, cela fait deux nuits que je ne dors pas. Heureusement, j’ai un petit capital sommeil, j’ai fait une belle nuit de cinq heures par tranches de 40 minutes il y a deux jours. Je ne suis pas au bout du rouleau. Il faut que je garde du jus pour la suite ; j’ai bien mangé, je suis bien hydratée, c’est important. Mais si je pouvais faire une sieste de trente minutes tout de suite, je serais la plus heureuse ! J’ai mes alarmes qui sonnent fort pour m’indiquer quand le vent tourne ou varie en force, mais je n’ai pas envie de lâcher l’affaire. Je suis dans un groupe que je ne veux pas lâcher, parce que c’est chouette de naviguer avec les autres. 

Hier, j’ai passé une super journée. J’ai croisé un nuage qui m’effrayait et qui, au bout du compte, m’a mis sur la route et m’a donné des vitesses de 12 à 15 nœuds. Le bateau glisse bien, mais je n’ai pas un bateau récent et il faut « charbonner » pour gagner un nœud, quand d’autres touchent 18 nœuds en pyjama. Il demande beaucoup de réglages, mais j’ai mes sensations, et j’adore mon bateau, mon Pingouin. Comme il a plu sans discontinuer, c’est sport : il fait chaud dans le bateau et, dès que tu dois sortir pour régler 10 cm de bout, je suis obligée de mettre une salopette. Et je rentre trempée. Mon bateau, c’est une buanderie. 

Comment illustrer musicalement le pot au noir ? Avec Jeff Buckley. Ce n’est pas très gai, mais c’est très joli. On y voit de ces couleurs… Si ce devait être un film, ce serait 50 nuances de gris, tu vois ? Dès qu’il y a un trait de lumière, les nuages sont époustouflants, c’est planant, assez cool comme ambiance. 

Il m’est arrivé un truc incroyable : une tribu de libellules africaines s’est posée sur le bateau en pleine nuit, elles m’ont tenu compagnie. Sans doute ont-elles été attirées par la lumière de ma lampe frontale. Elles sont restées là, stoïques malgré les voiles et l’ambiance ’17 nœuds-vent pas dans la bonne direction’. Elles devaient être une trentaine ; elles sont assez grandes, avec de grands yeux comme les femmes de la Côte d’Azur avec leurs grosses lunettes ».