29 Novembre 2020 - 20h17 • 57697 vues

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Les premiers solitaires se sont faits rattraper par la première dépression australe et ont repiqué vers le Sud-Est. Seul le leader Charlie Dalin poursuit sa trajectoire vers le cap de Bonne-Espérance, au risque de se faire bouler par une vague scélérate au large de l’Afrique du Sud, connue pour ses humeurs mauvaises ! Après trois semaines de mer, la flotte du Vendée Globe s’étire sur tout l’Atlantique Sud depuis que Jérémie Beyou a franchi l’équateur ce dimanche…

Il y a des zones océaniques où il ne fait pas bon de traîner quand la mer s’oppose au vent… En France, mieux vaut éviter le raz Blanchard (entre la pointe du Cotentin et l’île d’Aurigny) ! Au Nord de l’Écosse, le passage sous l’archipel des Orcades n’est pas non plus mieux pavé. Mais en effectuant le tour du monde à la voile, il y a aussi deux endroits où le goulet et les courants marins ne sont pas très coopératifs !

Devant le cap Horn, le détroit de Drake ne fait qu’à peine 450 milles entre la Terre de Feu et les îles Shetlands du Sud : entre les eaux du Pacifique et celles de l’Atlantique Sud, il y a aussi des remontées d’icebergs détachés de la banquise antarctique et des dépressions malveillantes qui viennent du plus immense des océans de la planète et qui butent sur la Cordillère des Andes.

Rester sur ses gardes quand le vent s’oppose au courant !

Mais les phénomènes océaniques sont bien plus marqués au Sud de l’Afrique du Sud ! L’océan Indien envoie ses eaux chaudes par le courant des Aiguilles qui longe les côtes du Mozambique jusqu’à Port Elizabeth avant de se glisser dans les eaux plus froides de l’Atlantique Sud jusqu’aux Quarantièmes Rugissants avant de s’éparpiller vers l’archipel de Crozet…

Ces « gyres océaniques » forment des vortex influencés par la force de Coriolis, perpendiculaire au mouvement d’un corps en déplacement et provoquant des tourbillons. La rotation de la Terre sur elle-même en est à l’origine et c’est la raison pour laquelle les vents des dépressions dans l’hémisphère Nord tournent dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, à l’inverse de ce qui se passe dans l’hémisphère Sud.

Or ce qui intéresse l’atmosphère, concerne aussi les océans ! C’est pourquoi le Gulf Stream fait le tour de l’Atlantique Nord. C’est aussi la raison pour laquelle la « gyre subtropicale » de l’océan Indien démarre devant l’Australie Occidentale pour s’achever entre Madagascar et le continent avant de se renforcer le long de l’Afrique du Sud… C’est ce grand brassage océanique qui provoque des mouvements contraires lorsque la brise vient du Sud-Ouest au large du cap de Bonne-Espérance.

La mer peut prendre des tours dans les gyres…

Il va donc falloir être sur ses gardes quand le leader Charlie Dalin (Apivia) va franchir la ligne imaginaire du premier cap de ce tour du monde. Même s’il possède près de 300 milles d’avance sur Thomas Ruyant (LinkedOut) de plus en plus en ballottage avec Kevin Escoffier (PRB) et Jean Le Cam (Yes We Cam!), le jeune Figariste ne connaît pas ces zones à risque qui ont vite fait de bousculer n’importe quel navire à portée de vagues.

Car lorsque le vent s’installe au secteur Sud-Ouest face à un courant des Aiguilles portant au Sud-Ouest, l’état de la mer devient chaotique, voire dangereux ! Que va décider le leader la nuit prochaine ? C’est toute la question de ce passage après trois semaines de mer… Or derrière, après l’abandon d’Alex Thomson (HUGO BOSS) sur avarie de safran, la flotte s’étire sur plus de 3 000 milles puisque Jérémie Beyou (Charal) vient tout juste de franchir l’équateur.

Tout le monde fait le tour de cet anticyclone de Sainte-Hélène fort peu coopératif et déjà, il y a comme un air de séparation entre le groupe de tête en passe de rentrer dans l’océan Indien, Stéphane Le Diraison (Time for Oceans) à près de 1 500 milles aux abords des Quarantièmes Rugissants ou Alexia Barrier (TSE-4myplanet) au large du Brésil à plus de 2 500 milles de la tête de la flotte… Il y a désormais un premier cap à franchir et une entrée plutôt musclée dans le plus tordu des océans de la planète ! Comment l’aborder ?