06 Décembre 2020 - 11h34 • 17401 vues

Partager

Article

Romain Attanasio (PURE - Best Western Hotels & Resorts) était à la vacation de 9h30 ce matin. 

"Je m’étais fait un peu happé par la molle et là, j’ai sacrément retrouvé de la vitesse, le bateau va à fond, je suis à 20 nœuds. J’ai fait toute la nuit sous grand-gennaker et ce matin je savais que je devais affaler car le vent allait forcir, j’ai dû affaler dans 25 nœuds ! Depuis, le bateau dévale des vagues qui passent par-dessus le monocoque. 


J’ai attrapé la dépression devant moi que je vais garder pendant cinq jours. Je serai un peu sous l’eau ces prochains jours... J’espère ne rien taper à cette allure-là : si je tape quelque chose à 22 nœuds, je n’ose même pas imaginer ce que ça me fera. J’ai eu Sam (Davies) il y a peu de temps au téléphone, c’est terrible. On n’avait pas prévu dans notre scénario que l’un de nous deux s’arrête, on savait que c’était possible car quand on sait qu’il y a 50% des concurrents qui finissent, on savait qu’il y avait potentiellement des chances pour que l’un de nous deux s’arrête. C’était un peu brutal surtout qu’elle avait préparé cette course de manière très performante. Elle a vraiment envie de repartir hors course, ça serait super. Elle est encore un peu choquée. Moi je continue, et c’est le jeu, c’est la vie du Vendée Globe, c’est une course cruelle.

Ce n’est pas simple, le bateau surfe les vagues, il part à fond un peu gîté et là comme les vagues sont de côté, il tape : il faut se tenir partout, il y a des moments d’accalmie quand tu rates un surf par exemple. C’est marrant, il y a que dans le Grand Sud qu’on est content de rater un surf, ça donne quelques secondes de répit.

On n’est pas très loin avec Clarisse (Crémer). On discutait hier, c’est sympa, ça me donne un objectif de rester toujours vigilant sur la performance. On est un peu isolés entre le groupe qui a pu s’échapper devant et ceux qui sont restés plantés derrière. Il y a eu les premiers qui se sont fait rattrapés et nous, on est le groupe de la chance qui a pu traverser Sainte-Hélène facilement. J’ai dû ralentir avec mon problème de grand-voile et de chariot, donc je n’ai pas pu suivre le groupe dans lequel j’étais qui a rattrapé les premiers. C’est incroyable le groupe hétéroclite qu’il y a maintenant. Depuis le début de la course, les groupes n’ont pas été logés à la même enseigne. C’est pas mal avec Clarisse là, mais il ne faut pas qu’on ait de problème ! Si j’ai un problème, elle pourra venir me récupérer mais si elle a un problème, elle risque d’attendre un peu… Donc il faut qu’on reste prudent.

Avec les événements passés, quand je pense à Kevin (Escoffier), je ne peux pas m’empêcher de penser à ce qu’il pourrait m’arriver en cas de problèmes. J’ai tout bien préparé et vérifié toutes les choses que je devrais amener en cas d’urgence. Ça serait inconscient de pas y penser mais ça reste des cas exceptionnels. Aujourd’hui on est quand même à fond, le bateau va bien, j’ai quelques soucis à régler régulièrement, ma barre se desserre, j’ai déchiré un peu mon grand gennaker ce matin donc je vais devoir le réparer là. Le Vendée Globe, c’est un problème par jour, chaque jour amène son lot de soucis, à chaque fois on se dit qu’on n’y arrivera jamais, mais on trouve toujours une solution dans l’heure. C’est incroyable ce qu’on est en train de vivre."

Romain Attanasio / PURE-Best Western Hotels & Resorts