09 Décembre 2020 - 11h36 • 16916 vues

Partager

Article

Jérémie Beyou (Charal) était à la vacation de 9h30 ce matin. Il revient sur ses difficultés et sa manière d'appréhender les choses aujourd'hui. 

" La descente de l’Atlantique et le contournement de Sainte-Hélène étaient longs et pénibles. Je suis au bord d’une dépression au portant, il faut tirer des bords donc ça va vite mais je ne progresse pas très rapidement vers le but. J’essaye de faire avancer le bateau au mieux même si la mer est courte et le vent irrégulier. C’est dur d’avoir des vitesses stables là.

J’aimerais bien être dans le groupe de devant pour aborder l’océan Indien, en termes de sécurité c’est mieux. Le problème, c’est que les quelques milles qu’ils ont d’avance font qu’ils restent en avant du front plus longtemps que moi. Une fois que le front me rattrape, je reprends du retard. Il faut que j’arrive à les dépasser avant que le phénomène ne m’arrive dessus. Je suis parti dix jours après tout le monde, mais je ne suis pas là pour prendre des risques inconsidérés : désormais mon challenge est de ramener le bateau et le skipper au bout de la course en bon état. J’essaye de ne pas faire n’importe quoi.

Charal est un super bateau qui ne demande qu’à aller vite, mais on est qu’au début de la course donc je pense que la pire des choses à faire serait d’appuyer et de tout casser. Je m’en voudrais beaucoup. J’essaye d’y aller en souplesse, même un cran en dessous. Je ne vais pas me retrouver 15ème ou 10ème juste en forçant sur le bateau, il faudrait un concours de circonstances et des conditions météo pour que j’arrive à gagner des places. J’essaye vraiment de ménager le bateau même s’il en a sous le pied. Si je vois qu’il y a des opportunités pour revenir sur le groupe de devant, j’essayerais d’en profiter et d’appuyer un petit peu dessus. Là je suis vraiment dans la gestion, c’est un Vendée Globe différent pour moi et faut que je fasse avec ça. Il faut que j’arrive à faire le tour du monde en gérant bien le bateau et en espérant que la météo s’ouvre un petit peu devant moi pour que je puisse gagner des places.

Je me concentre vraiment sur la glisse du bateau, le faire glisser sans trop forcer dessus. Forcément je regarde la météo mais je ne m’attarde pas. Après le cap de Bonne-Espérance, ce n’est pas clair et ça n’a pas l’air d’être favorable pour moi. Je vis au jour le jour et me concentre plus sur la vie à bord, sur faire avancer le bateau tranquillement, je parle à mes proches d’autres choses que de la course, c’est une épreuve tellement différente pour moi que j’ai besoin de ne pas trop me projeter pour que ça aille bien moralement. " 

Jérémie Beyou / Charal