24 Décembre 2020 - 07h41 • 17279 vues

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Bloqué par une bulle anticyclonique, Damien Seguin a eu la surprise de découvrir deux baleines soufflant aux abords de son monocoque, un spectacle magique sur un Pacifique apaisé. Mais il est fort difficile de trouver la porte de sortie pour rallier le cap Horn…

« J’étais impatient de vous parler parce qu’il y a quelques minutes, j’ai eu mon cadeau de Noël ! C’est un des plus beaux cadeaux que j’ai reçus : c’était incroyable… Pendant cinq minutes, j’ai vu deux baleines à dix-vingt mètres du bateau qui m’ont escorté. C’était un spectacle absolument magnifique. Je ne m’y attendais pas du tout parce que je sortais de ma sieste, et dans ce calme anticyclonique où il n’y a pas de mer et pas beaucoup de vent, je découvrais ces deux mammifères marins gigantesques ! Et qui sont venus à la surface de l’eau un nombre incalculable de fois… Ce sont des animaux tellement grands, tellement impressionnants : j’ai les larmes qui sont montées aux yeux, un spectacle formidable !

Il y a des moments comme cela qui sont tellement hors du temps, hors de la course ! Le Vendée Globe nous offre de telles images… Rien que pour nous. On se sent tout petit habitant de la planète. Depuis hier, c’est plutôt calme ici : on arrive dans l’anticyclone et tout s’est apaisé. Le ciel est bleu quasiment sans nuages : c’est assez agréable comme navigation. C’est une journée pleine d’émotion qui m’a aussi permis de bricoler. Il y a trois heures, j’étais en haut de mon mât pour réparer un des deux aériens en tête de mât. Et ces baleines à suivre, c’est extraordinaire…

Tous les Vendée Globe sont singuliers, ont leur particularité, mais cette édition est géniale : c’est mon premier tour du monde en solo et c’est super à vivre ! C’est un mélange de tout : c’est difficile, c’est long, c’est compliqué, mais à côté de ça, il y a des instants où on est tellement en harmonie avec le bateau et la nature. Nulle part au monde, je n’aurais pu vivre ces moments-là, et tout ça en plein milieu du Pacifique.

C’est vrai que sur la course, cet anticyclone permet un regroupement général de la flotte des poursuivants : il n’y a plus que trois bateaux devant et encore, le troisième n’est pas loin… Et on se retrouve à huit-neuf bateaux pour un nouveau départ ! C’est incroyable. C’est motivant même s’il y a des concurrents qui reviennent par derrière.

Les anticyclones, c’est compliqué à négocier. Pour l’instant, on accompagne les hautes pressions à la même vitesse et on repartira ensemble quand elles auront décidé de s’éloigner dans la zone des glaces. C’est une parenthèse avec des conditions molles mais ensoleillées. Il y a un peu de vent, frais certes, mais il fait bon dehors.

Pour le moment, on ne s’est jamais arrêté totalement : le bateau va bien et ça permet d’aérer tout l’intérieur. J’ai passé une heure dans le mât pour réparer mes soucis d’aérien que je subissais depuis longtemps. C’est beau quand on est tout en haut ! Certes je regrette un peu de ne pas avoir embarqué de décorations de Noël… Mais je vais appeler ma famille pour le réveillon. »

Damien Seguin / Groupe APICIL