13 Janvier 2021 - 17h15 • 21675 vues

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Cap au Nord, la route est droite jusqu’à la corne du Brésil… En théorie ! Car il va falloir naviguer avec doigté jusqu’à Recife, prendre en compte les lignes de grains, les nuages, les zones de courant, les petits décalages du vent entre le jour et la nuit et tout ça avec une grande lucidité. Le décalage Est (Dalin, Burton, Ruyant) et Ouest (Bestaven) aura toute son importance sur ce long bord tribord amures de plus de 700 milles. Qui sortira devant vendredi au moment d’attaquer les alizés de Sud-Est, puis l’équateur ? Mystère et boule de gomme.

Passé la zone de vents mous, le fameux front froid permanent au large d’Itajaì, qui a regroupé les neuf premiers au pointage, le flux d’alizés de l’hémisphère Sud se reconstitue lentement mais sûrement. Les concurrents naviguent par 12-15 nœuds de vent d’Est-Nord-Est et entament une course de vitesse qui ne devrait plus jamais les arrêter jusqu’aux Sables d’Olonne. « Côté météo, c'est beaucoup mieux qu'hier, c'est stabilisé. Il y a encore quelques variations de force et en direction, il faut être 'dessus' pour ajuster le tir. On commence à avoir du vent, avec un alizé qui se cale tout doucement et qui va ouvrir à mesure qu'on va progresser par le Nord. » expliquait Thomas Ruyant (LinkedOut) ce matin à la vacation.

Placer son pion sur l’échiquier

Le jeu est stratégiquement très intéressant en tête de flotte et les micro-décalages sont des petits riens qui en fait signifient beaucoup. Charlie Dalin (Apivia) en tête de flotte au pointage de 15h et décalé dans l’Est, a probablement plus d’opportunités pour jouer sur les angles, tirer la barre donc aller vite. Bestaven (Maître CoQ IV), dans l’Ouest, est plus contraint et se voit dans l’obligation de serrer le vent sous peine de se rapprocher trop près des piégeuses côtes brésiliennes.

A 15h : Dalin cavalait à 16 nœuds, Bestaven à 12,5 nœuds. Autre paramètre de taille : le vent devrait adonner, c’est-à-dire tourner vers l’Est, avantage donc aux décalés dans l’Est. Mais les nuages pourraient aussi redistribuer les cartes, et c’est ce que les marins surveillent avec attention car rester coincé 6h durant à 4 nœuds sous une masse sans air, c’est dire adieu à la victoire… Le match entre les quatre IMOCA de tête est tout simplement dingue ! Les skippers savent que cela ne se joue pas à grand-chose. « Je suis dessus, aux réglages, à l’attaque » annonce Louis Burton (Bureau Vallée 2). Le mental, la lucidité et l’état des bateaux feront sans aucun doute la différence.

Vers un Atlantique Nord rapide

Les quatre premiers groupés en 34 milles (Apivia, Maître CoQ IV, Bureau Vallée 2 et LinkedOut), naviguent au grand large de Caravelas au Brésil. Mer d’un bleu profond, soleil, chaleur, des conditions idéales pour naviguer « C’est un peu les mêmes conditions de navigation que quand on s’entraîne à Port-La-Forêt. La mer est plate, le vent est léger, j’ai l’impression d’être en Bretagne » décrivait l’Allemand Boris Herrmann en visio ce matin, dans le deuxième groupe en chasse aux côtés de Damien Seguin, Giancarlo Pedote, Benjamin Dutreux et Jean Le Cam.

Le skipper du foiler SeaExplorer – Yacht Club de Monaco affichait un moral au beau fixe : « Depuis hier, mon routage avec le GFS (modèle météo américain, ndlr) arrive aux Sables d’Olonne dans 13 jours. C’est bien pour le moral. Évidemment, une prévision à plus de dix jours dans l’Atlantique Nord n’a pas beaucoup de sens, mais ça donne une petite idée de comment ça pourrait se passer. »

D’après Christian Dumard, consultant météo auprès de la Direction de Course, l’Atlantique Nord devrait se dérouler comme dans les livres : « Un long bord tribord amures dans les alizés de Nord-Est jusqu’aux Canaries, une dépression à accrocher et un bon flux de Sud-Ouest pour rejoindre les Sables d’Olonne. Cela pourrait être rapide… »

Stéphane Le Diraison au cap Horn

A 14h03 très exactement, le skipper de Time for Oceans doublait le cap Horn. Enfin ! Lui qui a vécu l’enfer dans le Pacifique Sud. Prochains à doubler le caillou mythique : Didac Costa dans une poignée d’heures, puis le Japonais Kojiro Shiraishi cette nuit. Il ne restera plus que six concurrents dans le plus grand océan du monde. Manu Cousin a passé la distance symbolique des 500 milles avant le Horn : « J’y serais jeudi soir ! » claironnait-il dans une vidéo envoyée du bord, bonnet vissé sur la tête, tandis qu’en tête de flotte, on crève de chaud…  

La rédaction du Vendée Globe / Olivia Maincent