14 Janvier 2021 - 11h45 • 4368 vues

Partager

Article

Il a hâte, le skipper de Groupe Sétin, d'aborder le cap Horn. Ce devrait être de loin, mais qu'importe : la symbolique du franchissement du mythique cap sera tout aussi forte pour Manuel Cousin.

" Ça commence à sentir le cap Horn ! Je suis en train de faire une petite sieste en prévision de la fiesta qu'il va y avoir à bord. Ces deux derniers jours, je n'ai pas dormi : le vent était très instable à l'arrière de la dépression. Il variait de 15 à 30 nœuds en force : il fallait régler tout le temps, c’était compliqué de se reposer. Maintenant que c'est plus stable, je peux dormir un peu. Je ne te cache pas qu'après un petit tour du bateau, c’est ce que je vais faire. 

Le Sud, c'est beau, mais c'est usant. Pour ma part, j’ai hâte de passer la ligne du cap Horn. Je ne vais pas le voir, mais psychologiquement, c'est super important, c'est mon premier. Je l'attends avec grande impatience, j'ai hâte de mettre le clignotant à gauche et de remonter le bon vieil Atlantique. 

Quelle image je garde du grand Sud ? C'est difficile, je suis encore tellement dedans, la tête dans le guidon, et concentré à ne pas faire de bêtise. Je dois faire super gaffe jusqu'à ce soir, il faut être dessus. Quand je regarde en arrière, je me souviens de ces paysages magnifiques et de mon premier albatros. J’espérais une houle plus rangée, j'ai trouvé une mer hyper dure. Il paraît qu’elle est rarement comme ça, voire jamais. Je garderai donc ce souvenir d’une mer hachée, très dure, très casse-bateaux.

Dans les points positifs, il y aura eu ces décors sublimes, tout en nuances de gris, et puis le décalage horaire : j'ai été surpris de le vivre dans le Pacifique. En réalité, il m’a hyper perturbé. Les décalages sont énormes et les nuits super courtes. Ce qui est très bien pour manœuvrer, parce que c’est plus simple de jour, mais j’ai eu du mal à me caler, en sommeil et en nutrition, alors que c'est généralement facile pour moi en transat. J’en garderai aussi mes galères de safrans et mon problème de pilote automatique, mais tout cela a besoin d’être décanté.

J’ai fait plusieurs fois les routages pour voir si j’allais pouvoir faire un détour pour aller voir le caillou, mais il est loin : j’y perdrais 20 heures. Le but est quand même d’aller vite. J’aurais accepté de perdre une heure ou deux, mais là, c’est trop. Ce sera une bonne raison d’y revenir ! Je suis réfugié aux Sables, mais je n’oublie pas mes racines normandes. Mes amis m’aident pour ça : je vais fêter ça avec une petite goutte de calvados ".

Manuel Cousin / Groupe Sétin