15 Janvier 2021 - 11h42 • 5696 vues

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Stéphane Le Diraison (Time For Oceans) était à la vacation de 10h ce matin. 

" Depuis le passage du cap Horn, qui était un moment exceptionnel, il y a eu 12 heures de décharge émotionnelle. Je sortais du Pacifique et j’avais envie d’être tranquille. J’ai assumé le fait de sous-toiler le bateau, j’ai pris du temps pour moi, pour me reposer, manger, me sécher, ranger l’intérieur du bateau et ça m’a fait le plus grand bien.

Ensuite, au niveau des îles des Etats, il était temps de faire un choix concernant l’option que j’allais prendre. A ce moment-là, je me suis dit que j’allais passer à l’Est des Malouines en restant sur un schéma conventionnel, et en me décalant le plus possible vers l’Est. A mi-chemin, avec l’actualisation des fichiers météo, j’ai vu que la dépression qui nous barrait le chemin était quand même costaud. Aller faire du près là-dedans était pour moi une mauvaise idée.  J’ai donc changé d’avis, ça m’a couté 50 milles, mais ça m’a permis d’admirer le paysage. Ça tranche avec ces 66 jours de mer où je n’avais rien vu à part l’île Macquarie. C’est sympa et ça donne le sentiment d’être dans l’aventure.

Depuis la fin du grand Sud, ce n’est plus la même chose en termes de conditions de mer. C’est désormais un petit peu maniable. Ça me donne l’impression que c’est facile, il n’y a plus ces monstres qui déferlent. Autre point extrêmement positif, c’est que les températures remontent. Ce n’est pas encore les grandes chaleurs, mais je peux me passer du bonnet quand je suis à l’intérieur, je ne suis plus transi de froid quand je sors de mon duvet, c’est vraiment plus sympathique comme conditions de navigation. Et puis forcément en faisant cap au Nord, chaque jour sera un peu mieux que le précédent.

Didac (Costa) et moi échangeons beaucoup. On navigue ensemble depuis le cap Leeuwin. Le côté frustrant est que sur le papier mon bateau est plus rapide. Cependant, c’est une leçon de réalisme. Il a un bateau qui est plus vieux, mais qui est aussi beaucoup plus simple, donc il se fatigue moins. Avec mon bateau qui est une usine à gaz, je me fatigue car j’ai sans cesse des choses à réparer. Entre un bateau compliqué avec des soucis et un bateau simple où il n’y en a pas, il semblerait que le résultat soit le même.

Là je fais du Nord, l’idée est de profiter des vents portants et dès que je vais commencer à m’approcher de l’Uruguay, je devrais être dans le Nord de la dépression et il faudra faire de l’Est pour profiter du vent portant de l’Ouest. Il ne faut pas être trop gourmand et faire du longe côte, même si le côté touristique est très sympathique. Je suis attentif, je fais ce qu’il y a de mieux à faire dans ce temps et d’ici trois jours, je me calerai dans l’Est pour me retrouver dans un angle correct dans des vents d’alizés.

J’avais un mauvais timing avec la dépression. C’est une décision qui a été dure à prendre, ça m’a fait perdre du temps, mais maintenant je fais du longe côte et je profite du vent portant. On a des bateaux qui sont fait pour aller vite au portant et au reaching, et on le voit bien car je vais à 16 nœuds en moyenne depuis les Malouines. " 

Stéphane Le Diraison / Time For Oceans