15 Janvier 2021 - 14h10 • 11352 vues

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Message reçu ce midi du Pip Hare. La skipper de Medallia revient sur les conditions météo qu'elle va devoir affronter ces prochains jours. 

" Il est 4 heures du matin et je suis assis devant mon écran d'ordinateur pour essayer de comprendre pour la énième fois la météo dans l’océan Atlantique.

Naviguer dans les mers du Sud a été difficile pour plein de raisons, mais ça a été assez direct. La zone des glaces nous a donné une limite au Sud et nous avons fait notre chemin d’Ouest en Est, en oscillant un petit peu vers le Nord ou un petit peu vers le Sud, juste comme il fallait. Le météo dans l'Atlantique ne semble pas si simple. L'objectif étant maintenant de se diriger vers le Nord. Cela signifie qu'il faut traverser les systèmes météorologiques plutôt que de rouler avec eux et, tout à coup, les choses semblent beaucoup plus compliquées.

Pour l'instant, je me dirige vers le Nord en traversant un flux de vents forts d’Ouest généré par un système de hautes pressions qui se trouve au Nord de moi. J'ai dû me séparer de mon groupe avec qui je naviguais dans le grand Sud. Je n'ai pas réussi à les tenir en termes de vitesse dans ces conditions et mon arrêt pour étanchéifier la réparation de mon gouvernail m'a coûté quatre heures, ce qui, combiné au déficit de vitesse, a suffi pour me détacher de la bande. Je suis maintenant totalement seule, je dois trouver ma propre route. C'est en fait la première fois depuis plusieurs semaines que je n'ai pas eu de concurrent à proximité.

La semaine prochaine s'annonce très difficile et quel que soit le chemin que je prends, il y aura des défis à relever : des vents forts ou pas de vent. Je suis nerveuse à l'idée de prendre la bonne décision de navigation et j’ai beau faire plein de routages, aucune voie magique ne se présente à moi. L'écran de mon ordinateur est illuminé par les couleurs des nombreuses routes que j'ai générées. Une chose est sûre, c’est que mon logiciel de routages ne se soucie pas de moi ! Il m'enverrait dans les pires conditions si le chemin y était plus rapide. 

À ce stade de la course, je dois plus que jamais penser à éliminer les risques, à préserver moi et le bateau, et à m'éloigner un peu de ma nature compétitive pour garder en tête l’objectif à long terme. Ce matin, il est devenu assez clair que ma stratégie pour les deux prochains jours sera de naviguer en toute sécurité et intelligemment, et non de courir après des bateaux que je ne pourrai pas suivre. 

Si je continue sur la route la plus rapide vers l'arrivée, je pourrais rencontrer des vents de plus de 50 nœuds lorsque le front de ce système passera au-dessus de moi. Ce n'est une bonne idée pour personne. Je dois donc naviguer intelligemment et éviter ce système, ce qui signifie que plus tard dans la journée, je vais tirer des bords et naviguer vers l’Ouest, loin de la ligne d'arrivée, afin de pouvoir passer au centre du système dépressionnaire et éviter le pire des vents.

Bien sûr, ça fait mal, mais pour l'instant je pense à l'arrivée. Il me reste un peu plus de 6 000 miles à parcourir, c'est proche et pourtant je sais qu’il peut encore se passer tellement de choses qui m'empêcheraient d'y arriver. Encore une pilule amère, mais je l'avalerai volontiers si elle me permet, ainsi qu'à Medallia, d'arriver aux Sables d’Olonne. "

 

Pip Hare / Medallia