18 Janvier 2021 - 16h20 • 27824 vues

Partager

Article

Le Vendée Globe est toujours aussi incertain alors qu’en tête de course, neuf hommes sont séparés par moins de 220 milles. Si Charlie Dalin et Louis Burton semblent avoir pris une légère option, leurs poursuivants sont loin d’avoir rendu les armes. De son côté, Yannick Bestaven, longtemps leader, a reconnu être affaibli par des soucis techniques.

L’incertitude à son paroxysme

Une nouvelle semaine débute pour les marins du Vendée Globe. Et à moins de quinze jours des premières arrivées, impossible de se prononcer sur l’issue de cette édition qui a déjà gagné le titre de la plus incertaine de l’histoire. « On n’aura pas d’idée précise avant que les premiers rejoignent La Corogne », souligne Jacques Caraës, le directeur de course. Cette incertitude, Jean Le Cam (Yes We Cam!) s’en amuse : « moi, je ne fais pas de prévisions. On demande toujours de prévoir ce qu’on ne peut pas prévoir. L’histoire n’est jamais finie avant la ligne d’arrivée. »

Les privilégiés des Alizés

Dans ce match où chaque mille grappillé compte, deux skippers ont pris une légère option : Charlie Dalin (APIVIA) et Louis Burton (Bureau Vallée 2). Ils sont les premiers à avoir passé le Pot-au-noir. « Tu penses que tu en es sorti, mais pas vraiment : j’ai un amas nuageux gigantesque avec pas mal d’instabilité en ce moment », confie Louis Burton.

Le skipper de Bureau Vallée 2 assure « être d’attaque » et tout faire « pour être le moins pénalisé par le vent faible ». « Désormais, Charlie et Louis vont tenter de faire du Nord-Ouest le plus rapidement possible », décrypte Sébastien Josse, consultant pour le Vendée Globe. Une dorsale les oblige à faire une aile de mouette avant d’attraper des vents de Sud-Ouest de Terre-Neuve qui leur permettront d’être au portant jusqu’au Cap Finisterre. Charlie Dalin bénéfice d’un écart en latéral de 145 milles sur Louis Burton, qui devrait l’avantager dans les jours à venir. Par ailleurs, il aurait une route d’autant plus intéressante qu’il pourra l’effectuer en bénéficiant de son foil à bâbord amure. 

Les poursuivants n’ont pas dit leur dernier mot

Derrière, la résistance s’organise. « Si les premiers s’apprêtent à effectuer une courbe plus ouest, leurs poursuivants auront une route plus directe qui devrait les avantager », souligne Jacques Caraës. En somme, un resserrement est à prévoir dans les prochains jours.

Néanmoins, dans cette bataille de tous les instants, Boris Hermann (SeaExplorer – Yacht Club de Monaco) est légèrement en retrait, la faute à une bulle sans vent dans laquelle il a été englué une bonne partie de la nuit. En revanche, Damien Seguin (8,4 nœuds sur les dernières 24 heures) et Benjamin Dutreux (10,2 nœuds) étaient ceux qui s’en tiraient le mieux ces dernières heures.

Bestaven et Le Cam pas épargnés par les soucis mécaniques

Pour les neuf hommes de tête, la gestion du rush final s’annonce particulièrement délicate. « Ils devront veiller aux soucis techniques, confie Christian Dumard, le météorologue du Vendée Globe. Les bateaux sont déjà usés et ils vont devoir tirer dessus, ce qui est inédit à ce moment-là de la course. » Ce midi, lors du Vendée Live, Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) a d’ailleurs dévoilé qu’il avait des problèmes à gérer depuis une dépression au Cap Horn. « Je n’ai plus de balcon, plus d’enrouleur et il y a certaines voiles dont je ne peux plus me servir. Ça a ajouté dans la difficulté de traverser le Pot-au-noir mais j’ai l’impression d’en sortir là. » Un peu plus tôt, Jean Le Cam avait reconnu lui aussi avoir « bricolé » alors que son support moteur s’était décollé. 

À chacun son aventure

Le rush final et les incertitudes qu’il engendre ne doivent pas faire oublier qu’il y a d’autres marins, un peu plus loin, qui progressent eux aussi. Armel Tripon (431 milles, L’Occitane en Provence) qui a parcouru le plus de milles en 24 heures, Clément Giroud (Compagnie du Lit / Jiliti) qui s’est offert la joie – toujours aussi forte – de franchir le Cap Horn, Miranda Merron (Campagne de France) qui avait vécu ce moment la veille et qui s’est calée au cœur d’une dépression ou encore Manuel Cousin (Groupe SÉTIN) qui s’échappe des Falklands… Dans un temps so brisith. « Il peut faire très gris, façon anglais ». Cela ne l’a pas empêché d’apprécier voir la terre, ce qui ne lui était plus arrivé depuis le Cap Finisterre !

Fin d’aventure pour Destremau, port en vue pour Joschke

Sébastien Destremau (merci) est arrivé hier à Christchurch en Nouvelle-Zélande. « Je n’abandonne pas le Vendée Globe, je me retire », a-t-il expliqué dans une vidéo. De son côté, Isabelle Joschke, qui a annoncé abandonner à cause d’une avarie sur un vérin de quille, se rapproche lentement des côtes brésiliennes. La navigatrice de MACSF, actuellement engluée dans une zone de pétole hésite encore entre s’arrêter à Rio de Janeiro ou Salvador de Bahia. Il lui resterait encore près d’une semaine de navigation pour y parvenir.

Par la rédac du Vendée Globe / Antoine Grenapin