20 Janvier 2021 - 19h29 • 11137 vues

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Tous les leaders sont désormais dedans : les alizés soufflent des Canaries (28° Nord) jusqu’en Guyane (5° Nord), 13-15 nœuds dans le Nord et jusqu’à 20-25 nœuds au large du Surinam. Ces vents « réguliers » de secteur Nord-Est le long des côtes africaines, prennent une composante Est au milieu de l’Atlantique avant de « virer » vers Haïti au secteur Sud-Est. Mais qu’est-ce donc que ces vents qui trouvent leur équivalent dans l’hémisphère Sud ?

« Et pourtant, elle tourne ! ». Et oui, c’est bien parce que la Terre tourne sur elle-même et autour du soleil sur une orbite inclinée de 23°26 (les tropiques du Cancer au Nord et du Capricorne au Sud) qu’il y a un temps perturbé d’Ouest en Europe au printemps et à l’automne, des hivers froids et secs et des étés chauds et parfois humides. La France est en effet positionnée à un « carrefour » entre l’anticyclone des Açores et celui de Sibérie, sous les jets streams (forts courants de vent d’Ouest en altitude) et sous l’influence des dernières extensions du Gulf Stream, entre le 42° et le 51° parallèle Nord, ce qui correspond à la mi-distance entre le pôle et l’équateur, c’est à dire la zone où les saisons sont les plus marquées.

La température moyenne de la Terre est de 15° C

En revanche sous les tropiques, les différences de température comme les durées du jour et de la nuit sont faibles entre l’hiver et l’été (+27° à +32° à Abidjan) et on observe plutôt des périodes sèches et des périodes humides alors qu’au pôle, le climat est relativement stable avec seulement une grosse variation de la durée du jour et de la température moyenne qui passe « normalement » de –27° à +18° en Sibérie. Entre les deux, le climat maritime pondère les extrêmes et aux Açores, la température varie de 14° en hiver à 22° en été et la durée de la nuit passe de 14h à 6h.  

Parce qu’il fait toute l’année très chaud à l’équateur et plutôt froid aux pôles l’hiver, les masses d’air associées dans l’atmosphère se mélangent puisque la température globale moyenne de la Terre reste quasiment identique dans le temps (actuellement aux environs de 15° C, avec des variations à grande échelle comme les glaciations ou le réchauffement climatique qui joue à quelques degrés près). L’air froid étant plutôt stable et dense, a tendance à rester comme un couvercle en s’étalant tandis que l’air chaud est plus instable avec l’effet de s’élever dans l’atmosphère.

Or ces deux énormes masses d’air équatorial et d’air polaire se mélangent grâce à des courants d’altitude (les jets streams ou courants jets) mais aussi en surface grâce aux perturbations. Ce phénomène possède son équivalent dans les océans avec les courants marins : Gulf Stream et Labrador dans l’Atlantique Nord…

E pur si muove !

Et c’est bien parce que la Terre tourne sur elle-même et autour du Soleil, que le déplacement des masses d’air ne se fait pas du Nord au Sud pour l’air froid et du Sud au Nord pour l’air chaud, mais qu’il est dévié vers la droite dans l’hémisphère Nord sous l’effet de la force de Coriolis (vers la gauche dans l’hémisphère Sud) tout comme les courants marins. Or la couche océanique concernée par les variations de température est de 50 mètres alors qu’elle atteint 2 000 m dans la couche atmosphérique.

Ainsi à cause des différences de chaleur spécifique, il faut cent fois plus d’énergie pour faire varier d’un degré l’eau de mer par rapport à l’air, donnant un rôle de régulateur des climats aux océans, la chaleur accumulée de jour (et pendant l’été) étant restituée de nuit (et pendant l’hiver).

L’automne et le printemps sont donc des périodes intermédiaires entre les stabilités estivales et hivernales, phases de transition qui jouent le rôle de mixeur entre les masses d’air, à l’origine des dépressions qui sillonnent l’hémisphère Nord sur l’Atlantique entre Terre-Neuve et l’Europe de l’Ouest, sur le Pacifique entre la presqu’île du Kamchatka et l’Amérique de l’Ouest. A l’origine aussi de la stabilité des anticyclones des Açores et des Bermudes dans l’hémisphère Nord qui fusionnent souvent comme un vaste haricot au Sud du 40° et jusqu’au 7° Nord, des côtes africaines jusqu’à l’arc antillais. Et à son équivalent dans l’hémisphère Sud avec l’anticyclone de Sainte-Hélène.

L’effet miroir des anticyclones des hémisphères Nord et Sud

En termes de représentation, un anticyclone correspond à un plateau tandis qu’une dépression ressemble à un cratère. Encore à cause de la force de Coriolis, le vent n’est pas tangentiel aux isobares et, dans les anticyclones, le vent « sort » de 15°-20° en mer et de 30°-40° sur terre. Puisque dans l’hémisphère Nord, les vents tournent dans le sens des aiguilles d’une montre autour d’un anticyclone, les alizés correspondent aux vents de secteur Nord-Est qui s’installent sur les Canaries pour suivre la courbure des isobares et prendre une orientation Est au milieu de l’Atlantique sur le 20° N, puis ils remontent au Sud-Est dans la mer des Antilles. C’est ce vent « régulier » qu’empruntèrent les voiliers du 17ème et 18ème pour transporter leurs cargaisons vers les Caraïbes…

Pour les concurrents du Vendée Globe, ces alizés de Nord-Est aux Canaries prennent une direction Est-Nord Est à l’approche de l’archipel du Cap-Vert puis deviennent Est sur le 8° parallèle Nord. Mais les alizés ne sont pas aussi réguliers que cela : ils fluctuent en force (de plus ou moins 10 nœuds) et en direction (de plus ou moins 10°) selon le jour ou la nuit et selon la couverture nuageuse.

De plus, les lignes de grains associés aux alizés ou à une onde d’Est venue d’Afrique, modifient aussi l’orientation et l’intensité des alizés. Il ne faut donc pas croire que pour aller vite de l’équateur dépressionnaire aux hautes pressions açoriennes, il suffit de régler ses voiles pour un vent moyen ! Les alizés sont beaucoup plus sollicitants qu’on ne le croit… Et leur force et leur direction est donc directement lié à la position et à la « corpulence » des anticyclones des Açores (Atlantique Nord) et de Sainte-Hélène (Atlantique Sud).