19 Janvier 2021 - 21h40 • 10806 vues

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Message du bord de Stéphane Le Diraison (Time for Oceans) reçu ce soir, mardi 19 janvier.

Mon passage du Cap Horn aura été à l'image du Vendée Globe, la course de tous les contrastes et de toutes les émotions. En approche de l'île Mythique, le vent soufflait rageusement, la mer était grosse, le ciel gris et menaçant. Quand le gros rocher est apparu, je me suis senti transporté, j'avais le sentiment de vivre un rêve éveillé ! Je me suis remémoré le chemin parcouru depuis des années pour être là... Il n'y a pas de mot pour décrire une telle émotion et ce sentiment d'accomplissement. Ma joie et ma fierté ont littéralement explosé en apercevant le phare qui matérialise la fin de l'océan Pacifique.

Presque sans transition le vent passe de 35 nœuds à 15 nœuds, la mer se range et devient disciplinée, le ciel s’éclaircit, tous ces signes exacerbent l'impression de changer de monde. La décharge émotionnelle est telle que je resterai plusieurs heures avant de renvoyer de la toile pour optimiser la vitesse du bateau. C'est une parenthèse dans la course, mon corps et mon esprit n'ont plus la force nécessaire pour agir, j'ai besoin de décompresser et de savourer l'instant.

Les jours qui suivent sont réjouissants : la température remonte, la mer reste maniable même quand le vent souffle et puis surtout il y a le cap au nord-est : désormais je fais route (ou presque) sur les Sables d'Olonne ! Au passage, mon option météo m'a fait passer à quelques milles des Malouines, quelle chance inespérée de pouvoir découvrir cet archipel magnifique, en plein jour et avec du soleil !

Au moment où j'écris ces quelques lignes, je me trouve au large de l'Uruguay, les conditions sont excellentes, le soleil illumine la journée et permet de sécher les vêtements détrempés par des semaines de navigation dans le grand sud. Pourtant une ombre ternit le tableau : j'ai croisé à plusieurs reprises des navires de pêches usines. Ces monstres des mers opèrent en flottilles et raflent tout ce qui vit sous la surface à grands coups de filets. Inutile de vous dire que l'ambiance n'avait pas l'air d'être propice à la sélection des espèces... Disons les choses : ces ogres des mers opèrent un véritable carnage, sans discernement avec pour seul objectif de satisfaire la demande toujours croissante.

Nous connaissons tous l’existence de ces bateaux génocidaires, les voir en opération est choquant et souligne la propension des hommes à détruire leur environnement. Que pouvons-nous faire ? En tant que consommateur notre pouvoir est immense, nous avons le choix des espèces que nous achetons. Par exemple il est possible d'acheter du thon qui a été péché avec des techniques de pêches non destructrices ou de boycotter la dorade sébaste, poisson des grands fonds qui met des années à atteindre la maturité.

Il est temps d'agir, il est encore temps d'agir !

Stéphane Le Diraison / Time for Oceans