01 Février 2021 - 17h00 • 22452 vues

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Rayonnant depuis près de 80 jours, Armel Tripon irradiait encore en conférence de presse d’avoir vaincu l’Everest des mers. C’est la même euphorie qui « menace » les quatorze skippers encore en course et qui, jour après jour, se rapprochent de la maison.

Jaloux, nous ? Même pas. Ceux qui ont suivi les retrouvailles d’Armel Tripon avec le plancher des vaches, ce lundi matin, ont eu droit à un vaccin antimorosité sans prescription ni limite d’âge. Comme à bord de L’Occitane en Provence, Armel Tripon a tenté de répondre à l’injonction d’un camarade photographe qui lui demandait d’avoir l’air sérieux de celui qui revenait des Enfers. Un exercice impossible pour le skipper nantais, porté par la félicité. Pousser les portes en cherchant derrière laquelle se cacherait une pointe de frustration était peine perdue.

© Bernard Le Bars / Alea / VG2020« La temporalité de cette course est assez incroyable, a raconté Armel Tripon ce matin aux Sables d’Olonne. C’est unique, sur sa durée, sur les mers et les paysages rencontrés, mais surtout sur l’engagement qu’on y met. Parfois, on se retrouve pendant un moment à devoir réparer quelque chose et mettre la course de côté. Sur une transat, ça n’existe pas. Ces moments de parenthèses sont hallucinants. On a aussi le temps d’apprécier les choses, l’univers qui nous entoure, cette nature sauvage et brute. Ça fait l’effet d’une grande intensité. Je suis fier d’avoir terminé, d’avoir rempli ma mission. Je pense que c’était une vraie gageure d’être au départ en si peu de temps. Voir le niveau d’engagement sur cette course qui est dingue. C’est beau de voir que chacun a ses problèmes et va au bout. C’est une belle philosophie. Chacun se démène pour aller au bout ».

C’est cette philosophie qui pousse Clarisse Crémer sur l’eau, actuellement aux portes du golfe de Gascogne. La navigatrice de Banque Populaire X est à 517,1 milles des Sables, qu’elle devrait rejoindre mercredi au petit matin, vraisemblablement avant 10 heures, heure à laquelle le chenal ne sera plus accessible. Poussée par l’avant d’une nouvelle dépression qui succèdera à Justine, Clarisse mène bon train sur l’Atlantique, rassérénée par la capacité de son bateau à résister aux montagnes russes qui jalonnent sa route.

A sensiblement la même vitesse (16,7 noeuds), Jérémie Beyou (Charal) se dépêche de ramener son IMOCA à bon port. Les ETA le voient pour l’heure sur la ligne dans la nuit de vendredi à samedi : il lui reste 977,1 milles à parcourir. 90 milles dans son Nord-Ouest, mais bien plus proche au classement (10 milles environ), Romain Attanasio (Pure – Best Western) s’active pour rester au contact. Il est également attendu samedi.

© /Alan ROURA : LA FABRIQUE Il faudra attendre un peu plus pour connaître l’épilogue du match qui, à moins de 2 000 milles de la tête, met aux prises Arnaud Boissières (La Mie Câline – Artisans Artipôle, 1761,1 nm), Kojiro Shiraishi (DMG Mori Global One, 1795,4 milles), Stéphane le Diraison (Time for Oceans, 1865,3 nm), Alan Roura (La Fabrique, 1871,6 nm), Pip Hare (Medallia, 2030,0 nm) et Didac Costa (One Ocean One Planet, 2038,5 nm). Laissons le jeune Suisse résumer la situation, par écrit, ce matin : « Ça va être la guerre. Ça risque d’être un finish assez mémorable. Je pense que notre flotte va arriver assez groupée. Qui sera en tête ? Pas simple. Sur le papier, c'est Kojiro qui gagne, mais pour le reste du trio… Jaune ? Bleu ? Orange ? » Le benjamin doit se presser : il n’a presque plus de café.

Manuel Cousin (Groupe Sétin), qui pointe 700 milles derrière (2 724,0 nm de l’arrivée, exactement, à 15 heures), aux portes du pot au noir ? Ce n’est jamais mauvais présage pour un amoureux du café, mais c’est un peu loin pour avitailler le Suisse en or noir. Le Vendéen d’adoption mène actuellement le jeu dans ce match à trois qui l’oppose à Clément Giraud (Compagnie du Lit – Jiliti) et Miranda Merron (Campagne de France, 2 937,7 nm). Premier ralenti, Manuel Cousin avançait à 10,9 nœuds sur 4 heures cet après-midi, moins bien que Clément Giraud (14,9 nœuds) et Miranda Merron (14,0 nœuds).

A 4 717,6 milles des Sables, Alexia Barrier (TSE – 4myPlanet) tient la dragée haute à Ari Huusela (STARK, 4 788,0 milles). Les deux semblent s’être partiellement dépêtrés de la zone anticyclonique qui les collait à la piste. Ce ne sont pas encore les alizés dans lesquels Sam Davies (Initiatives-Cœur) progresse hors course, mais ça commence à y ressembler. Mais pour l’heure, au près dans 18 nœuds de vent, ça secoue !