02 Février 2021 - 17h00 • 38782 vues

Partager

Article

Demain, mercredi, Clarisse Crémer conclura son tour du monde. Dans l’après-midi, la future navigatrice la plus rapide autour du monde (en solo et en monocoque) retrouvera la terre ferme, les proches et les contingences terrestres. Une aspiration profonde qui anime les 14 marins encore en course.

J-1 ! Dans 24 heures, Clarisse Crémer aura très vraisemblablement rejoint la ligne d’arrivée rallongée il y a un peu plus d’une semaine par la direction de course afin de permettre aux marins de négocier les conditions de vent et de mer qui secouent la côte vendéenne et, plus largement, la côte atlantique. Demain matin encore, il fera gros temps sur les Sables d’Olonne, avec une houle de 5 mètres qui rend périlleux, voire impossible, le transbordement des équipiers et des différents acteurs de la course, mais aussi l’arrivée sous voiles des IMOCA dans le chenal. Avec raison, Clarisse Crémer a choisi de protéger son Banque Populaire X jusqu’aux derniers bords, et donc de ralentir un brin.

Ralentir lui permettra peut-être de se prémunir de l’infortune qu’a subi Boris Herrmann dans la nuit de mercredi à jeudi dernier. Le récit de la collision avec un chalutier a saisi d’effroi la navigatrice : « L’histoire de Boris m’a fait un peu froid dans le dos. Je vais être obligée d’être aux aguets jusqu’à l’arrivée. J’ai traversé le rail, il y avait du monde, mais j’ai eu de chance, j’ai juste dû ralentir à un moment donné pour laisser passer un cargo. Je les vois bien à l’AIS donc c’est déjà ça ».

Secouée encore ce mardi par presque 40 nœuds de vent et une mer de 5 mètres au moins, Clarisse sur le Gascogne se prépare donc à un nouvel exercice : « Ça ne va pas être facile de ralentir dans 30 nœuds donc je pense que je vais être sous 3 ris grand-voile seule et j’essaierai d’accélérer pour viser une arrivée demain après-midi. Ce n’est pas facile de prévoir une arrivée exacte, c’est un nouvel exercice ! »

Des conditions de mer et de vent analogues rendent la vie de Jérémie Beyou assez rock n’roll à l’abord des Açores, qu’il envisage de traverser : « Les conditions ne sont vraiment pas drôles. On a un vent de 35 nœuds avec des rafales entre 45-50. C’est très variable, il y a des grains qu’on ne voit pas trop venir et une mer chaotique, c’est vraiment chaud. De plus, on est à proximité des îles, ce n’est pas évident pour ajuster la trajectoire. On a passé une sale nuit alors qu’on n’a pas encore pris le plus fort du vent. L’enchaînement du pot-au-noir sans fin, de la dorsale compliquée qu’il y avait derrière, plus cette dépression en plein milieu des Açores, c’est usant. Pour les arrivées, les systèmes météo ne sont pas favorables non plus, on prend du retard. Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas ».

Attendu initialement dans la nuit de vendredi à samedi, le skipper de Charal voit son ETA glisser : ce sera samedi. Très légèrement dans son nord, et très légèrement en retrait sur la distance à parcourir jusqu’à la ligne (1217,8 milles au classement de 15h, soit 19 de plus que Beyou), Romain Attanasio vit le même scénario météo. Les corps sont malmenés, secoués, usés. A quatre jours de leur arrivée, la stabilité du ponton s’impose pour eux comme une urgence.

Privé de la bascule de sa quille depuis des semaines, Alan Roura subit, beaucoup, encore, les conditions sans pouvoir chercher les allures de confort, ou tout simplement la meilleure vitesse dans ce qu’il reste de l’anticyclone des Açores, perturbé par le train des dépressions. Pris entre deux feux, le jeune Suisse entrevoit le bout du tunnel : « Ça fait du bien de voir qu'en une semaine, je pourrais normalement voir la maison apparaître devant l'étrave de La Fabrique ! J’ai une météo de boucher qui m’attend dans environ 2 jours, ça va être punk jusqu'au bout ! En temps normal, avec un bateau à 100%, je serais en train de me friser les moustaches. Là, je suis partagé entre le fait que ça va envoyer du lourd et que ça va avancer, et le côté sécu de La Fabrique jusqu'au bout. Mais je me vois mal laisser les copains partir sans moi, alors je vais tenir le rythme. Va savoir pourquoi, on a une mer de face, avec le bateau qui accélère (à peine hein, à 12 nœuds), qui monte sur la vague et retombe de tout son poids comme une grosse patate. Et moi qui ne vois absolument rien. À quel moment je vais me prendre la vague, je n’en sais rien. Alors je m’accroche à ce que je trouve ! »

C’est le même tambourin qui tape à la coque d’Alexia Barrier, en plein contournement de l’anticyclone de Sainte-Hélène : « Depuis cette nuit, raconte-t-elle, ça tape pas mal au près en bâbord amures. Jusque-là c’était acceptable mais là, je ne sais pas qui est chargé des effets spéciaux du Vendée Globe. Ce serait cool qu’il parte un petit peu en vacances, pour qu’on puisse avoir une mer plate et 15 nœuds de vent pendant une journée. Il y en a ras-le-bol des grosses vagues et des bateaux qui tapent. Ça ne va pas durer très longtemps, je vais virer de bord dans environ 24 heures donc le vent va adonner en tribord gentiment. Tout va bien car chaque jour je me rapproche un petit peu plus des Sables d’Olonne. La vie est belle ! »