11 Mars 2021 - 20h05 • 13112 vues

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Vainqueur à 31 ans de l’édition 1992-93, longtemps consultant sécurité de l’épreuve et directeur du projet d’Isabelle Joschke, Alain Gautier est un témoin privilégié du Vendée Globe. A l’occasion de l’arrivée de « sa » navigatrice, il s’exprimait sur cet opus qu’il qualifie d’historique et d’inoubliable.

Que retiens-tu de cette 9e édition ?

« En 2012 et 2016, on avait connu deux Vendée Globe assez similaires. Si on peut  toutefois comparer les éditions, car il est rare que des Vendée Globe se ressemblent…
On se rappelle de 2008 avec la remontée incroyable de Michel Desjoyeaux, la bagarre de 2004 avec Riou et Le Cam. Chaque Vendée Globe a son histoire. Mais 2012 et 2016 se ressemblaient un peu avec des duels loin en tête, entre Gabart et Le Cléac’h puis Le Cléac'h et Thomson.
Cette année, cela n’a pas du tout fonctionné pareil ! On a eu un Vendée Globe complément inédit, notamment parce que la bagarre a duré toute la course. On n’avait jamais vu ça, autant de bateaux aussi proches les uns des autres. C'était génial à suivre.
Il y a eu des opportunités pour des skippers auxquels on ne pensait pas au départ. Naturellement, il y avait les quatre gros favoris (Beyou, Dalin, Ruyant, Thomson, ndlr). Sur les quatre, on se disait qu’il y en aurait sûrement un qui arriverait à faire un Vendée Globe “sans histoire”. Sauf que ça ne s'est pas du tout passé comme ça ! On a eu un Vendée Globe que l’on peut qualifier d’historique. On dit souvent que ceux de devant bénéficient toujours des meilleures conditions météo. Mais cette année, ça n’a jamais été le cas. Il est rare que ça revienne par derrière sur les quatre tronçons du parcours. Ça été un Vendée Globe mémorable ! Pip Hare m’a sidéré avec son bateau datant de 2000. Mais il y en a d’autres ! J’ai l’impression que dans le groupe des leaders, seuls trois ou quatre bateaux naviguaient proches du 100% des polaires : Benjamin Dutreux, Damien Seguin, Yannick Bestaven et Louis Burton. Alors que d’autres ont navigué différemment, soit parce qu’ils avaient des problèmes, soit par choix. Quand on voit Louis Burton, avec tout ce qu’il a vécu, il aurait peut-être pu finir avec deux jours d’avance. C'était un Vendée Globe inoubliable. Et il y a eu peu d’abandons aussi, ce qui est remarquable. 

On a vu Jean Le Cam, 61 ans, batailler dans le groupe des leaders. Cela ne te donne pas un peu envie d’y retourner ?

« Ce n’est pas la première fois qu’on me pose la question ! Clairement, Jean a fait un truc très impressionnant, et je ne parle pas du sauvetage de Kevin qui est quelque chose à part. Sportivement parlant, il a préparé son Vendée Globe en ayant très peu navigué, en ayant optimisé son bateau au maximum. En termes de jauge mais aussi sur de nombreux détails qui se révèlent essentiels, notamment dans le  Grand Sud. Il fait un début de course magistral, un peu aidé par la météo, c’est vrai !  Alors ça peut titiller des gens comme moi, ou comme Bilou, même si je pense que Bilou dit plus souvent que moi qu’il aimerait bien le refaire. Pour l’instant ce n’est pas dans mon état d’esprit. Il faut bien se rendre compte de ce qu’est un Vendée Globe ! Vu de la terre, c’est génial, on s’est régalés à suivre la course. Mais on connait tous les sacrifices. Jean l’a bien dit, parce que sa course n’a pas été simple, loin de là. Il y a la préparation, ces deux/trois ans de ta vie où tu es focus sur cet objectif. Jean, quand on voit la somme de travail qu’il a accumulé - parce qu’il n’avait pas beaucoup de budget - il faisait des journées de 12 heures 7 jours sur 7 ! C’est énormément d’engagement et pour ça, il faut le vouloir. Jean, dans sa tête, c’était très clair. Dans la mienne ça ne l’est pas du tout ! J’ai déjà beaucoup donné dans la course au large en termes d’investissement et de vie personnelle. Donc pour l’instant, ça ne fait pas partie de mes priorités, mais comme je dis souvent - et ça fait bondir ma femme - never say never ! »

 

La rédac du vendée Globe / Propos recueillis par C.El