12 Janvier 2022 - 17h33 • 4901 vues

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Construire la route qui mène de l’envie originelle à la ligne de départ du Vendée Globe est une tâche presque infinie. Nous vous proposons de découvrir les bâtisseurs, ces femmes et ces hommes aux mille compétences et expertises qui œuvrent sur un projet de Vendée Globe et qui donnent vie, corps et sens au rêve des skippers. 

É​pisode 1 :
Il était une envie

Chacun à sa façon, Isabelle Joschke et Benjamin Dutreux ont fait tomber les murs de l’impossible afin de s’aligner au départ du Vendée Globe 2020. La navigatrice de MACSF et le skipper de OMIA – Water Family racontent ces rencontres inaugurales grâce auxquelles tout est arrivé.


Alain Gautier au soutien d'Isabelle Joschke
« Ce n’est pas facile de dire quand débute un projet, amorce Isabelle Joschke. La première fois que j’y ai réfléchi, c’est lorsque des gens du milieu de la course au large, qui avaient potentiellement des partenaires sous le coude, sont venus me suggérer l’idée d'un Vendée Globe, alors que je venais de finir ma première Mini-Transat, en 2005. Auparavant, je n’y avais pas pensé : je me demandais seulement si j’allais refaire la Mini. Cette proposition a été la petite graine, mais c’était trop tôt pour moi : je devais d’abord construire ma carrière ».

© Ronan Gladu / MACSF Pour Isabelle, la route sera pavée de bonnes intentions, de belles rencontres d’activateurs de projets… et de déconvenues. Approchée par Luc Talbourdet, alors patron d’Absolute Dreamer, l’écurie de course au large de Jean-Pierre Dick, la navigatrice caresse le rêve de courir le Vendée Globe 2012. Malgré tous leurs efforts conjoints, l’aventure n’aboutira pas. « J’ai repris mon baluchon et continué à faire du Figaro, raconte la navigatrice. J’ai mené un projet de mon côté pour 2016 en créant Horizon Mixité, pour défendre la mixité et donner une identité à mon projet. Un état d’esprit, même. De 2011 à 2013, j’ai connu une période difficile sur le plan du sponsoring, puis j’ai rencontré Generali, qui m’a accompagné en Figaro les deux saisons suivantes, et j’en étais très contente. Et, au moment où je ne demandais rien de plus, Alain Gautier (patron de l'écurie de course au large Lanic Sport Team, ndlr) et Generali m’ont proposé le Vendée Globe 2020 ».

© Lanic Sport Team Ce n’est pourtant pas avec Generali qu’Isabelle Joschke partira sur la 9e édition : la direction générale du groupe a changé, les projets de sponsoring également. Portée par la recommandation d’Eric Lombard, l’ancien directeur général de Generali, Isabelle et le vainqueur du Vendée Globe 1992-93 entrent en contact avec MACSF début 2018. Rendez-vous est pris pour la fin d’année. Entretemps, la navigatrice court sous les couleurs de Monin, grâce à Alain Gautier, qui coache sur l’eau son patron, Olivier Monin. Fin 2018, le travail fourni par le Vannetais aboutit, lors de ce second rendez-vous. Isabelle Joschke : « Avec Alain, nous nous sommes présentés à MACSF tels que nous sommes, sans vendre la lune, ce n’est pas notre manière d’être. Honnêtement, chat échaudé craignant l’eau froide, j’avais tourné la page. Mais de son côté, pendant ces longs mois, MACSF avait bien réfléchi à son projet et à l’identité que l’entreprise souhaitait donner à l’aventure. Alain avait bien bossé ».

Benjamin Dutreux et ses proches

Pour Benjamin Dutreux, le Vendée Globe était « probablement un rêve caché : j’ai grandi avec lui, mais je pensais que cela m’était inaccessible. L’idée n’est venue qu’à partir du moment où, après ma 4e Solitaire du Figaro, je me suis senti crédible. J’ai alors posé une question à mon frère (Marcel-Junior, président de Eole Performance, le chantier naval des frères Dutreux, ndlr), et à Alice (Potiron, coordinatrice de projets communication et sponsoring, ndlr) : ‘Le Vendée Globe et moi, c’est farfelu ou pas ?’ »

La trajectoire de Benjamin Dutreux vers le Vendée Globe fut rapide, mais abrupte. Après que son frère et Alice Potiron, amie de longue date, ont embrassé le projet, il a fallu partir en quête de partenaires. « On se demandait de qui on devait s’entourer, et on a commencé par s’adresser à mes partenaires du Figaro pour les tenir au courant et profiter de leurs conseils : on savait déjà qu’ils ne seraient pas nos partenaires principaux pour le Vendée Globe. Ils nous ont encouragés, nous ont fait « pitcher » la bonne idée et offert des contacts. On a enchaîné avec la fabrication des dossiers et la détermination du positionnement et de la stratégie. Pour moi, cela signifiait un coup d’arrêt dans ma carrière : quand tu cherches de gros sponsors, tu n’as pas le temps de courir la Solitaire. On a vite remarqué que, pour être écouté, il nous fallait un bateau, et j’ai pris contact avec Kojiro Shiraishi, qui vendait le sien ».

Entouré par une petite équipe de trois-quatre personnes pour noyau dur, le plan « Opération Dutreux » prend forme, et le skipper se fait touche-à-tout. « Comme tout entrepreneur, on est obligé de tout faire, au départ : la technique, la communication, la recherche de partenaires, la bricole. C’est un vrai métier d’artisan qui se lance, à ceci-près qu’il faut aussi incarner le projet et faire le bon manager ». Benj’ garde de cette période le souvenir « du stress de l’entrepreneur ». Un stress financier, lié à la prise de risque (l’achat du bateau autant que le risque qui pèse sur l’équipe). « J’aime bien l’adrénaline, mais vivre cette tension au quotidien, ce n’est pas simple ».

 Malgré le retrait de son premier partenaire principal, mis en difficulté par l’épisode 1 de la crise sanitaire, Benjamin Dutreux réussira à partir avec Omia pour nouveau sponsor. Au final, le Vendée Globe aura mobilisé pas loin de quarante personnes, entre le chantier, les proches, les soutiens qui donnent des coups de main et les fournisseurs. Plus d’une vingtaine de fournisseurs aura émis des factures à l’attention des porteurs du projet à l’occasion de ce 9e Vendée Globe.

À venir :
Épisode 2 : Team Manager, quelle affaire !
Épisode 3 : Le chef d’entreprise qui dit oui
Épisode 4 : Apporteur d’affaires
Épisode 5 : Avec la bénédiction de la banque